Publicité

Pourquoi l’OFB, la police de l’environnement, se retrouve visée par la colère des agriculteurs

Un brassard de l’OFB, l’Office français de la biodiversité, au bras d’un agent de la police de l’environnement.
NICOLAS TUCAT / AFP Un brassard de l’OFB, l’Office français de la biodiversité, au bras d’un agent de la police de l’environnement.

AGRICULTURE - « On est agri, pas bandit », « OFB du balai », « Office français des blaireaux ». Au cœur de la manifestation des agriculteurs s’exprime une vive colère envers les agents de la police de l’environnement, aussi appelée Office Français de la biodiversité (OFB). Au point que ses agences sont directement prises pour cible par des actions fortes.

Ce mercredi 31 janvier au matin, les agents de l’OFB de Dijon n’ont pas pu accéder à leurs bureaux. Des litres de fumier avaient été déversés devant leur porte la veille au soir. Dans le Nord et dans l’Orne, les sièges de l’OFB ont eux été enrubannés, avec quelques bottes de pailles pour sécuriser le tout.

« L’OFB fait un travail de contrôle, certes, mais avant tout un travail de répression dans le monde agricole. Et c’est une répression un peu abusive », a estimé Jean-Baptiste Goutte, président des Jeunes agriculteurs de l’Orne, auprès de Ouest-France, lors de cette action. Que se cache-t-il derrière ce fameux sigle ?

À quoi sert la police de l’environnement ?

L’OFB compte 3 000 agents, dont 1 700 inspecteurs de l’environnement, qui ont des pouvoirs de police administrative et judiciaire. Toute l’année, ces inspecteurs contrôlent les agriculteurs, les chasseurs, les pêcheurs mais aussi les particuliers, les collectivités et les entreprises, pour s’assurer du respect des normes environnementales.

Ils veillent par exemple à l’application des normes sur les pesticides, d’arrachage de haies ou encore de respect des arrêtés sécheresse. Selon leurs observations, les agents de l’OFB peuvent délivrer un procès-verbal, un avertissement judiciaire, une amende, ou un simple avertissement.

La plupart des sanctions concernent la réglementation espèces protégées, la chasse et la qualité de l’eau, et beaucoup restent de simples avertissements. « Quand on fait un contrôle, c’est à 70 % de la pédagogie et de la discussion », estime Eric Gourdin, secrétaire général UNSA-Ecologie et membre du conseil d’administration de l’OFB, interrogé par l’AFP.

Un mouvement « d’OFB bashing »

Alors que la colère des agriculteurs a pris la forme d’une mobilisation nationale depuis plus d’une semaine, les syndicats de l’OFB dénoncent une forme d’acharnement envers les agents de la police de l’environnement. « Face à l’OFBbashing du moment, il est bon de rappeler que le nombre d’exploitations agricoles est de 400 000 et que les contrôles agricoles de l’OFB, sont au nombre de 3 000, soit 0.75 % de contrôles. Loin, très loin du soi-disant harcèlement », fait valoir sur X (ex-Twitter) le Syndicat national de l’Environnement (SNE-FSU).

La Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) renchérit, et dénonce de son côté une « scandaleuse campagne de dénigrement des agents de l’OFB, qui ont la difficile mission de faire respecter le droit de l’environnement ». Le directeur général de l’OFB Olivier Thibault a quant à lui dénoncé dans une lettre interne « une stigmatisation infondée de notre établissement », et assuré « son plein soutien à tous les agents qui ont subi et subissent encore des attaques et des dégradations ces derniers jours ».

« Faut-il vraiment être armé pour contrôler une haie ? »

La colère des agriculteurs envers l’OFB, déjà portée par la FNSEA et les Jeunes agriculteurs, n’a été que renforcée par les annonces de Gabriel Attal vendredi dernier. Le Premier ministre a assuré que l’OFB allait désormais passer « sous la tutelle des préfets » afin de « faire baisser la pression » des contrôles. Le préfet supervisait déjà les actions administratives des agents de l’OFB, mais n’avait pas d’influence sur leurs missions judiciaires.

« Que va devenir l’OFB ? Va-t-on pouvoir continuer à faire notre métier correctement ? », s’interroge Véronique Caraco-Giordano, secrétaire générale du SNE-FSU, jointe par l’AFP. « Nous craignons une mainmise sur les politiques environnementales, d’autant qu’on connaît la propension des préfets à favoriser les intérêts locaux », confie-t-elle.

Plus encore, Gabriel Attal s’est interrogé publiquement devant les agriculteurs : « est-ce qu’il faut vraiment être armé quand on vient contrôler une haie ? ». Une déclaration qui fait bondir les agents de l’OFB. « Pourquoi on est armé ? Parce qu’on a affaire à toutes sortes de gens qui nous menacent régulièrement », lui répond Eric Gourdin, membre du conseil d’administration de l’OFB. Un monument aux morts au centre de formation du Bouchet (Loiret) en témoigne : il porte les noms de « peut-être une trentaine de collègues qui ont été tués » dans l’exercice de leurs fonctions.

Pour apaiser les tensions, le ministre de la Transition écologique Christophe Béchu a rendu une visite, imprévue et discrète, à des agents de l’OFB à Vincennes ce mardi, pour « rappeler l’attachement du gouvernement aux missions qu’ils exercent et pour condamner les dégradations subies », a expliqué le cabinet ministériel, sans plus de précisions.

À voir également sur Le HuffPost :

Comment Gérald Darmanin justifie le « deux poids deux mesures » qui lui est reproché pour les agriculteurs

Comme les agriculteurs, des pêcheurs manifestent leur colère à Nantes et déversent des poissons