Publicité

Pourquoi Emmanuel Macron a tout faux quand il compare le RN à l’extrême gauche

Emmanuel Macron lors de sa conférence de presse à l’Élysée mardi 16 janvier.
LUDOVIC MARIN / AFP Emmanuel Macron lors de sa conférence de presse à l’Élysée mardi 16 janvier.

POLITIQUE - C’était le moment le plus politique de sa conférence de presse du mardi 16 janvier. Entre plusieurs appels du pied à la droite et des annonces qui n’en étaient pas vraiment, Emmanuel Macron est monté au créneau contre le Rassemblement national, dont la tête de liste pour les élections européennes, Jordan Bardella, caracole en tête des sondages, loin devant la liste Renaissance.

Emmanuel Macron reprend, lors de sa conférence de presse, un slogan d’Éric Ciotti et d’Éric Zemmour

Dénonçant avec force le « parti de l’appauvrissement collectif » et « du mensonge », le chef de l’État a fait allusion à deux reprises à « l’extrême gauche » pour tailler en pièces le projet de Marine Le Pen et promouvoir sa volonté d’agir sur les « causes » de la progression du RN. Une première fois, d’abord, sur l’aspect économique et social du discours lepéniste.

« C’est le parti qui a le programme qu’il a complètement piqué à l’extrême gauche. C’est le parti qui continue à vous expliquer que la retraite à 60 ans est possible sans vous expliquer comment la financer. C’est le parti qui vous explique qu’il faut augmenter le SMIC sans expliquer comment ça ne désindustrialisera pas le pays », a-t-il affirmé, dénonçant des « choses impossibles sur le plan économique et social ». Or, cette démonstration ne tient pas lorsqu’on se penche sur le programme économique du RN, ainsi que sur les votes de ses élus à l’Assemblée nationale.

Le RN contre la hausse du SMIC

Premièrement : le RN n’est pas pour la hausse du SMIC. En juillet 2022, le groupe présidé par Marine Le Pen a même voté contre une proposition de la NUPES à ce sujet. Et de concert avec… Renaissance et Les Républicains. Quant à la retraite à 60 ans, la formation d’extrême droite a récemment amendé son projet, puisqu’il s’agit désormais d’instaurer un âge de départ minimum à 60 ans uniquement pour les Français ayant travaillé avant 20 ans, l’idée étant de mettre en place « une durée de cotisation comprise entre 40 et 42 annuités en fonction de l’âge d’entrée sur le marché du travail ». Pas vraiment la retraite à 60 ans pour tous.

Mais outre ces subtilités techniques (et les évolutions opportunistes de Marine Le Pen sur le sujet), il est plus que hasardeux de qualifier le programme économique du RN « d’extrême gauche ». Exemple parmi d’autres : l’impôt sur les successions que le parti lepéniste veut (comme LR) supprimer.

Ou encore l’exonération de l’impôt sur le revenu pour les moins de 30 ans, ce qui permettra à un jeune bien né ou devenu riche (comme un footballeur) d’échapper à l’impôt. Pas vraiment marxiste comme projet. Tout comme la baisse des cotisations patronales que Marine Le Pen préconise pour augmenter les salaires.

Auprès du HuffPost, l’économiste Éric Heyer décryptait durant la présidentielle le projet de Marine Le Pen en ces termes : « elle fait de l’affichage social, mais on reste en fait sur une ligne libérale, car ses mesures fiscales sur la TVA concernent tous les Français. Elles ne sont pas fléchées et ciblées sur ceux qui en ont le plus besoin ». Difficile, là encore, de voir en quoi le projet du RN serait d’extrême gauche. Pour autant, dans sa conférence de presse Emmanuel Macron a dressé un autre parallèle entre ces deux familles politiques.

Aucune condamnation morale

Selon lui, le RN est « le parti du transformisme, c’est-à-dire qu’il y a six ans et demi il était pour sortir de l’Europe et de l’euro et maintenant il est pour y rester mais pour ne plus respecter les traités comme l’extrême gauche, même programme ». Or, là encore, si La France insoumise (on devine que c’est ce parti qu’Emmanuel Macron cible en évoquant « l’extrême gauche ») a toujours affiché sa volonté de pouvoir désobéir aux traités dans le cadre d’un rapport de force avec Bruxelles (comme peuvent le faire certains pays membres), il ne s’agit pas d’aboutir à la fin de l’UE au profit de l’instauration d’une Europe des Nations comme le souhaite Marine Le Pen.

En outre, les sympathisants LFI perçoivent majoritairement l’Union européenne comme étant une bonne chose. Par ailleurs, les esprits taquins remarqueront que les écologistes accusent souvent l’exécutif de contourner les règles européennes sur la pêche. Cela étant dit, la volonté du chef de l’État de faire du Rassemblement national un ersatz de l’extrême gauche passe à côté de l’essentiel : la dénonciation de la logique xénophobe du projet de l’extrême droite et sa condamnation morale.

Une position parfaitement assumée par Emmanuel Macron, lequel avait désavoué publiquement Élisabeth Borne qui avait attaqué le RN sur ce terrain-là, en décrivant la formation lepéniste comme « héritière de Pétain ». Ce recadrage en règle avait été applaudi à l’époque par… Le Rassemblement national, un parti qui ne cesse de progresser depuis 2017. On a connu angle d’attaque plus efficace.

À voir également sur Le HuffPost :

Emmanuel Macron dans une pièce de théâtre, l’archive qui refait surface après son annonce pour les collégiens

Au forum de Davos, le discours de Javier Milei, le président de l’Argentine, concentre tous les regards