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Pourquoi Elyze, le "Tinder" de la présidentielle, s'attire les foudres des internautes ?

Malgré de nombreuses maladresses techniques et une sécurité douteuse, l'application "Elyze" rencontre un véritable succès avec plus d'un million de téléchargements en deux semaines.

Téléchargée plus d'un million de fois en deux semaines, l'application "Elyze", qui propose aux utilisateurs de découvrir le nom du candidat de la présidentielle qui leur correspond le plus, connaît un véritable succès mais fait l'objet de nombreuses critiques.

C'est l'application phare de ce début d'année présidentielle. Lancée au début du mois de janvier, l'application "Elyze", surnommée le "Tinder de la présidentielle", fait un véritable carton avec 1,2 million de téléchargements en à peine deux semaines.

Il s'agit d'une application mobile dédiée à l'élection présidentielle 2022, créée pour "permettre à un maximum de citoyens de découvrir de façon ludique et accessible les propositions des différents candidats". Elyze propose aux internautes de "liker" des propositions pour leur permettre de "matcher" avec un candidat, celui qui leur ressemble le plus. Une application pensée pour amener les jeunes à s'intéresser à la campagne et les inciter à se rendre aux urnes en avril prochain.

Conçue par deux étudiants déjà à l'origine du mouvement Les Engagés, l'application promet d'être neutre et impartiale et invite même les équipes de campagne des candidats à les contacter pour rectifier d'éventuelles erreurs concernant les propositions. Malgré cela, Jean-Luc Mélenchon soupçonne l'application de favoriser Emmanuel Macron.

Bugs et imprécisions

Un bug reconnu par l'un des fondateurs de l'application au Parisien, même s'il a été depuis corrigé : "On avait entré Emmanuel Macron en premier dans la base, il avait donc l'identifiant 1 et en cas d’égalité, Javascript [ndlr : le langage de programmation utilisé] classe selon ce chiffre, c'est pour cela qu'il était en tête."

Autre bug désormais corrigé, les utilisateurs pouvaient ajouter ou modifier des propositions dans l'application. Des problèmes techniques qui ont rapidement été modifiés par les deux co-fondateurs et l'application et la vingtaine de jeunes bénévoles participant au projet. Quelques imprécisions concernant les programmes sont également présentes sur l'application qui reprend par exemple les propositions d'Emmanuel Macron lors de son programme de 2017, mais des modifications vont êtres faites dans les jours à venir par les concepteurs.

Une utilisation des données qui inquiète

Mais outre ces problèmes d'ajustement, c'est l'utilisation des données que pourraient faire les fondateurs d'Elyze qui inquiète les observateurs. François Malaussena, commentateur de l'actualité politique sur Twitch, s'inquiète que "deux inconnus sans encadrement aient en leurs mains l'une des bases de données probablement les plus puissantes de l'histoire politique française".

Si François Mari, l'un des co-fondateurs, affirme qu'"[il] ne vend ni ne vendra aucune donnée à un parti politique", les conditions générales d'utilisation indiquent bel et bien la possibilité de "revendre des données d'utilisation, toujours anonymisées, à des tiers".

"Si on les vend un jour, et c'est pour ça qu'on l'a écrit dans nos règles, ce serait à un think tank pour réaliser des études sur ce que pensent les jeunes concernant telle ou telle mesure, jamais à un parti politique", justifie le co-fondateur de l'application.

Une base de données qui "peut valoir très chère"

Avec cette application, les créateurs de l'application ont accès à une base de données politiques qui comprend la date de naissance, le sexe, le code postal, les intentions de vote en 2017 et 2022 et les réponses aux propositions des candidats de la prochaine élection de plus d'un million d'utilisateurs. Malgré l'anonymat, ces informations pourraient permettre d'identifier facilement un utilisateur.

L'expert en cybersécurité Mathis Hammel explique au Parisien qu'il s'agit "presque d'une base de données de qui vote pour qui", qui "peut valoir très chère." Malgré les propos des fondateurs qui indiquent qu'ils ne les vendront pas à un parti politique, l'expert en cybersécurité estime que cela reste dangereux, car rien ne nous le garantit. "C'est une base de données qui peut aussi être vendue sur le marché noir, ça s'est déjà vu", rappelle-t-il.

En modifiant les propositions dans la base de donnée de l'application, Mathis Hammel a mis la lumière sur les limites de l'application et montré qu'il est possible d'effacer ou de modifier les mesures d'un candidat qu'on aime pour les tourner à son avantage. S'il reconnait que l'application a du sens et est de qualité, l'expert juge que l'exécution n'est pas bonne et qu'elle manque de transparence. C'est pour cette raison que dans les prochains jours, les développeurs vont publier le code de l'application en open data, de façon à ce qu'il soit accessible à tous.

"Pour tout Twitter, on est à la solde du gouvernement"

François Mari ne s'en cache pas, son équipe et lui ont été surpris du succès de l'application et se sont retrouvés dépassés par les événements, d'où les lacunes technique d'Elyze. "Clairement, on a été dépassé par notre succès. On ne s'attendait pas du tout à avoir un million de téléchargements en quelques jours". Sur Twitter, le jeune homme de 19 ans qui a mis en place la structure Tech de l'application a reçu de nombreux messages haineux et envisage désormais de supprimer son compte sur le réseau social. "Il faut voir les messages privés que l'on reçoit, pour tout Twitter, on est à la solde du gouvernement..."

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