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Le potentiel géothermique de l'Europe est encore largement inexploité

Le potentiel géothermique de l'Europe est encore largement inexploité

Il est temps de commencer à exploiter les bassins géologiques des Pays-Bas, de l'ouest de l'Allemagne et de la Belgique comme sources d'énergie géothermique, a déclaré un expert scientifique à Euronews, alors que les députés européens ont massivement soutenu une résolution - 531 pour, deux contre - lors d'une session plénière ce jeudi 18 janvier, appelant l'UE à accélérer les efforts en vue de l'utilisation de cette énergie.

Plusieurs pays de l'UE produisent de la chaleur à partir de l'énergie géothermique, tandis que d'autres ont annoncé des plans pour évaluer le potentiel de cette source renouvelable.

L'énergie géothermique provient de la chaleur générée par la croûte terrestre et est principalement utilisée pour la production d'électricité, le chauffage urbain et les processus industriels. Une stratégie de la Commission européenne sur les énergies renouvelables, présentée en mai 2022, appelle à tripler le volume de la demande énergétique totale de l'UE couverte par la géothermie d'ici 2030.

S'adressant aux députés européens en séance plénière cette semaine, le commissaire Didier Rynders a reconnu le "rôle jusqu'à présent limité" de la géothermie dans le bouquet énergétique de l'UE, mais a noté son "potentiel de croissance". Il exprime ainsi le soutien de l'exécutif de l'UE aux États membres et à l'industrie pour stimuler le déploiement de la géothermie par le biais de la loi sur l'industrie à zéro émission nette.

L'énergie géothermique représentait 0,5 % du marché mondial de l'électricité renouvelable en 2022, selon l'Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA). Dans l'UE, cependant, elle ne génère que 0,2 % de l'électricité.

Martin Arndt, coordinateur d'un projet financé par l'UE pour faciliter l'utilisation de l'énergie géothermique, déclare à Euronews que le continent dispose d'un potentiel important pour exploiter l'énergie géothermique dans les bassins géologiques situés sous Paris, aux alentours de Munich, en Allemagne du Nord et dans les régions du Fossé rhénan supérieur, qui ont tous fait l'objet de nombreuses explorations.

"L'énergie géothermique est particulièrement intéressante pour les pays qui dépendent fortement des importations dans le secteur de l'énergie", avance Martin Arndt.

Une autre région à fort potentiel, selon l'expert, est le nord-ouest de l'Europe, qui comprend le nord de la France, la Belgique, l'ouest de l'Allemagne, les Pays-Bas et les îles britanniques, et qui a été étudiée par Martin Arndt et son équipe.

La semaine dernière, la région néerlandaise du Brabant du Nord a signé un plan d'action en partenariat avec la municipalité de Helmond et l'agence Energie Beheer Nederland pour promouvoir l'énergie géothermique, marquant ainsi l'intérêt des Pays-Bas pour la géothermie en tant que "source de chaleur durable pour l'avenir".

Les données de l'IRENA révèlent que l'Italie est le pays le plus avancé en matière d'énergie géothermique dans l'UE, puisqu'elle représentait la majeure partie de l'électricité produite à partir de la chaleur de la croûte terrestre en 2021. D'autres pays de l'UE, tels que l'Autriche, la Croatie, le Danemark, l'Allemagne, la Hongrie et le Portugal, progressent également dans le développement des ressources géothermiques.

À Aarhus, au Danemark, 36 000 foyers, soit 20 % de l'ensemble des foyers, seront bientôt alimentés en énergie géothermique, a déclaré l'eurodéputé Niels Fuglsang (Danemark/S&D) lors de la session plénière à Strasbourg, citant cette ville comme "un excellent exemple de ce dont nous avons besoin à plus grande échelle". Sa compatriote Pernille Weiss (Danemark/PPE) a appelé l'exécutif de l'UE à proposer rapidement des actions concrètes pour exploiter tout le potentiel de cette source d'énergie.

Commentant le vote du Parlement, Philippe Dumas, secrétaire général du Conseil européen de l'énergie géothermique, avance que les législateurs ont placé l'énergie géothermique fermement sur le radar politique de l'UE, notant que l'exécutif de l'UE ne peut pas ignorer un soutien aussi puissant.

Comment exploiter l'énergie géothermique ?

Alors que l'énergie géothermique pourrait être exploitée partout en Europe, Martin Arndt précise que sa faisabilité dépend de la géologie locale et des technologies disponibles pour extraire la chaleur. Il a expliqué que le meilleur potentiel se trouve là où la demande à la surface peut être compensée par l'apport de chaleur d'un réservoir dans le sous-sol.

Toutefois, pour accéder au réservoir, il faut forer un puits d'exploration, une étape cruciale du processus, qui s'appuie sur une solide connaissance géologique du sous-sol et sur des études sismiques. Le processus de forage est souvent mal perçu par les communautés locales et soulève des préoccupations environnementales, ajoute l'expert.

"Pendant la phase de production, l'activité sismique peut susciter des inquiétudes au sein de la population, d'où la nécessité d'une communication ouverte et axée sur les citoyens", déclare Martin Arndt.

Un autre risque est l'incertitude quant au succès du forage d'exploration, qui pourrait être "improductif ou ne pas produire suffisamment de chaleur", ce qui pourrait compromettre l'ensemble du projet et les investissements associés. L'exploitation complète de la géothermie se heurte également à des obstacles tels que les procédures d'approbation, la bureaucratie et la pénurie de travailleurs qualifiés.

Le législateur Marc Botenga (Belgique/Gauche) a déclaré au Parlement que bien qu'il soit d'accord avec le développement de la géothermie, il s'opposait à la direction prise dans le texte de compromis convenu par la Commission et l'équipe du Parlement menée par le rapporteur Zdzisław Krasnodębski (Pologne/ECR).

Marc Botenga, qui s'est abstenu lors du vote de décembre sur le projet de rapport au sein de la commission parlementaire de l'industrie, de la recherche et de l'énergie (ITRE) et en séance plénière ce jeudi, rejette l'approche classique de l'industrie centrée sur les partenariats public-privé, estimant qu'elle risquait de permettre des "projets potentiellement nuisibles". Il préfèrerait que le développement et le suivi de la géothermie soient assurés par le secteur public.

"Cela garantirait également un contrôle public et démocratique sur les prix du chauffage et de l'électricité générés par l'énergie géothermique", ajoute-t-il.