Port du voile au bac: une enquête ouverte après des menaces de mort contre une CPE

L'entrée du lycée Charlemagne, à Paris, pendant le baccalauréat, en 2016 - FRANCOIS GUILLOT / AFP
L'entrée du lycée Charlemagne, à Paris, pendant le baccalauréat, en 2016 - FRANCOIS GUILLOT / AFP

Des menaces de mort, une plainte, des accusations d'islamophobie... Une enquête a été ouverte vendredi par le pôle national de lutte contre la haine en ligne du parquet de Paris après la plainte d'une Conseillère principale d'éducation (CPE) du lycée Charlemagne (Paris), victime de menaces de mort et de harcèlement en ligne.

Tout commence jeudi dernier, quand une élève voilée se présente au lycée Charlemagne, pour passer une épreuve du baccalauréat. La candidate n'appartient pas à ce lycée et s'y rend seulement pour l'examen. À l'entrée de l'établissement, une CPE demande à la jeune fille de retirer son voile, conformément à la loi. C'est là que les choses s'enveniment, et que deux version coexistent, pour le moment.

· La version de la lycéenne

La jeune fille explique de son côté que dès qu'elle arrive devant la porte du lycée, la CPE lui demande de retirer "son truc sur la tête". La candidate dit s'être exécutée sur le moment même, selon une interview qu'elle a donnée à Révolution Permanente. Mais d'après elle, cela ne suffit pas à la CPE qui ne veut pas la laisser rentrer, et l'accuse de provocation et de venir faire de la propagande sur le voile.

La lycéenne explique avoir été traitée comme "un monstre", une "malpropre", un "animal", et que la CPE s'est adressée à elle de façon très violente.

Une vidéo filmée à ce moment, publiée sur les réseaux sociaux, montre en effet la conseillère de l'établissement crier: "Tu la mets en veilleuse, on te demande de l'enlever tu l'enlèves, point". Toutefois, elle ne présente pas le début de l'échange et la cause directe de l'altercation.

La lycéenne assure de son côté avoir reçu plusieurs témoignages au sein du lycée qui font état de réflexions racistes, islamophobes de la part de la CPE. Révolution Permanente a d'autre part recueilli des témoignages de personnels du lycée choqués par la violence de la CPE à l'égard de la jeune fille, l'une parlant de précédents actes islamophobes dans l'établissement.

La candidate au bac pointe également du doigt dans cette situation le gouvernement qui "a mené des attaques à l’encontre des femmes musulmanes notamment contre le port du voile" ce qui a "freiné" leur liberté.

· La version de la CPE

De son côté, la conseillère de l'établissement assure que la jeune fille a refusé de retirer son voile quand cela lui a été demandé. Selon certains témoins, la lycénne était déterminée à ne pas obéir, déclarant en même temps: "Je vais passer". La CPE aurait alors continué de lui rappeller qu'elle doit enlever son voile, ce qu'elle ne fait pas.

L'altercation se déroule peu avant l'épreuve du baccalauréat, prévue à 14h. Alors qu'elle ne va pas tarder à commencer, le passage pour se rendre dans la salle d'examen est bloqué par la contestation, selon les memes sources. Afin d'éviter tout retard de début d'épreuve et débloquer l'accès, on demande à la jeune fille de se mettre de côté, et le ton monte.

La CPE perd alors ses nerfs et monte dans les tours devant les refus de la jeune fille. La vidéo relayée par Révolution Permanente commencerait donc à ce moment-là.

Toutes les sources réunies par BFMTV sont d'accord sur le fait que la jeune fille était dans la provocation, mais aussi que la CPE a perdu ses nerfs. En somme, les torts seraient partagés.

· Une plainte pour menaces de mort

Si une plainte a été déposée, c'est que l'histoire a été relayée sur le réseau social Twitter - dans des messages aujourd'hui supprimés - via l'une des amies de la lycéenne, qui a expliqué à BFMTV ne pas avoir assisté à la scène. Dans ce thread, la CPE est traitée d'islamophobe, ce qui entraine une première salve d'insultes et de menaces de mort à son encontre. Puis l'identité de la conseillère est dévoilée sur le réseau, où elle est insultée, traitée d'islamophobe, alors que les menaces continuent.

Or, depuis l'assassinat en octobre 2020 de Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie, la mise en danger de la vie d'autrui par la diffusion d'informations sur la vie privée, familiale et professionnelle est devenue un délit.

La CPE a porté plainte, et une enquête pour menaces de mort, harcèlement moral en ligne et mise en danger de la vie d'autrui par diffusion d'informations relatives à la vie privée, familiale ou professionnelle a été confiée à l'Office central de lutte contre les crimes contre l'humanité et les crimes de haine (OCLCH), selon le parquet de Paris à l'AFP.

Dimanche une jeune femme a été interpellée et placée en garde à vue du côté d'Amiens, elle est soupçonnée d'avoir mis en ligne le nom de la CPE. Lors de sa garde à vue, qui a été levée depuis, elle a expliqué qu'elle voulait que la situation de la lycéenne soit portée à la connaissance de la police, mais qu'elle a vite retiré le tweet qui identifiait la CPE, ce qui est vrai. Aucune décision à son encontre n'a été prise, mais à ce stade elle n'est pas hors cause.

Les enquêteurs vont maintenant s'attacher à traiter les tweets les plus virulents à l'encontre de la CPE, et à procéder quand c'est possible à d'autres interpellations. Ils ont d'ores et déjà entendu la CPE et l'élève, selon l'AFP. Cette dernière n'est pas mise en cause.

Article original publié sur BFMTV.com

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