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Pologne: le parlement réuni pour trancher le rapport de forces

Le parti au pouvoir a en effet remporté le plus grand nombre de sièges mais sans possibilité de former une majorité, qui en revanche se dégage pour l'opposition pro-européenne.

"C'est une situation inédite en plus de trente ans d'histoire de la Pologne démocratique", indique Stanislaw Mocek, sociologue et président de l'université Collegium Civitas à Varsovie. "Les premiers votes prévus lundi témoigneront du rapport réel des forces dans le nouvel hémicycle", estime-t-il.

Le parti Droit et Justice (PiS, au pouvoir) y dispose de 194 sièges sur 460, face à une majorité déclarée de 248 députés, membres de trois groupements pro-européens alliés: la Coalition électorale de Donald Tusk (centriste), la Troisième voie (démocrate-chrétien) et la Gauche.

L'extrême droite ultra-nationaliste, qui prend ses distances par rapport aux deux grands camps, compte 18 députés.

En dépit de l'arithmétique électorale, le président Andrzej Duda a choisi de confier la mission de former un gouvernement à ses alliés du PiS, et de charger de cette tâche le Premier ministre sortant Mateusz Morawiecki.

Lors de la première réunion du parlement, qui commence à midi ce lundi, M. Morawiecki et son gouvernement doivent donner leur démission et lancer la formation du nouveau cabinet.

Les nouveaux élus eux devront procéder à leur premiers votes afin d'élire la présidence de l'hémicycle, une première épreuve de forces.

"Vouée à l'échec"

Le PiS assure qu'il "fera tout" pour pouvoir présenter au président son nouveau gouvernement, dans le délai constitutionnel de 14 jours, puis se soumettre au vote de confiance durant les 14 jours qui suivront. "Cette mission est considérée comme vouée à l'échec, grotesque", souligne M. Mocek.

Selon lui, il s'agit de "jouer la montre" pour achever divers projets en cours, bénéficier de financements supplémentaires, nommer ses représentants à des postes importants dont certains irrévocables, de "s'assurer un atterrissage en douceur" et des "moyens de subsistance durant les temps difficiles" qui l'attendent s'il passe dans l'opposition.

"Le PiS pourrait choisir la solution à la Benjamin Netanyahu ou Donald Trump : attendre" que le nouveau gouvernement tombe ou perde dans un scrutin à venir pour tenter un retour au pouvoir, estime l'analyste politique Jaroslaw Kuisz. "Et en attendant, il pourra mettre du sable dans le rouages à chaque occasion qui se présente" et "semer des pommes de discorde entre les alliés", ajoute-t-il.

Accord de coalition

Les leaders des trois partis pro-européens ont signé vendredi un accord formel de coalition, qui doit servir de "feuille de route" pour l'alliance si elle arrive au pouvoir, avec Donald Tusk comme Premier ministre. "Nous voulons vraiment que les Polonaises et les Polonais (...) puissent voir que, désormais, nous sommes prêts à prendre la responsabilité de notre pays", a expliqué M. Tusk.

Selon le co-leader de la Gauche, Wlodzimierz Czarzasty, "le plus important maintenant c'est (...) de construire une Pologne tolérante, ouverte, bâtie sur l'Etat de droit, responsable. Une Pologne avec une place importante au sein de l'Union européenne".

Le document présente la position des alliés sur des questions brûlantes telles que la gestion économique et environnementale du pays, la reconstitution des bonnes relations avec l'UE, la reconstruction des médias publics, la séparation de l'Eglise et de l'Etat ou l'avortement.

En cas d'échec de la mission de M. Morawiecki de former un gouvernement, l'opposition prendra les rênes du pouvoir seulement à la mi-décembre.