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La pollution change l’odeur des fleurs, et c’est une très mauvaise nouvelle

Les papillons de nuit sont grandement impactés par un polluant, le radical nitrate.
Image d’illustration Les papillons de nuit sont grandement impactés par un polluant, le radical nitrate.

BIODIVERSITÉ - Il n’y a pas que les abeilles, bourdons et autres pollinisateurs qui raffolent de pollen. La nuit aussi, ça butine fort. Certaines plantes dépendent même d’insectes nocturnes, comme les papillons de nuit. Problème, la pollution atmosphérique vient menacer tout ce joyeux petit écosystème selon une étude publiée le 8 février 2024 dans la revue Science.

Cette caméra permet de voir les couleurs comme une abeille ou un oiseau (et c’est fascinant)

Des chercheurs ont découvert qu’un polluant, le radical nitrate (NO3) présent dans l’air principalement la nuit réduit drastiquement la capacité de ces pollinisateurs à traquer les odeurs florales.

À l’origine, cet élément chimique se forme lorsque le dioxyde d’azote, pur produit de la combustion d’énergies fossiles ou naturelles (comme les feux de forêts), vient rencontrer l’ozone dans l’atmosphère. S’il est surtout présent la nuit, c’est parce que tel un vampire, il est n’aime guère la lumière du soleil.

Un polluant nocturne

Pour cette étude, les chercheurs (une équipe de l’université de Washington, aux États-Unis) se sont penchés sur l’onagre pâle. Cette fleur sauvage vit dans les régions arides du continent américain et son odeur prononcée aguiche deux espèces de papillons de nuit : le Sphinx du tabac (Manduca sexta) et le Sphinx orangé (Hyles lineata). Ces deux insectes utilisent leurs antennes pour renifler le pollen à plusieurs kilomètres de distance.

Pour mieux connaître ce parfum si envoûtant, les scientifiques l’analysé, décortiquant chaque composé chimique. Ensuite, ils ont déterminé quelles molécules étaient sensibles au radical nitrate. Une fois cette étape réalisée, ils ont fait passer un test aux papillons de nuit. Dans un couloir avec du vent, ils ont placé des fleurs artificielles sur lesquelles se trouvaient différents mélanges chimiques, avec et sans radical nitrate.

« Nous avons vu que les papillons de nuit étaient très sensibles à l’odeur de la fleur et étaient prêts à avancer contre le vent pour tenter de se nourrir de cette fleur artificielle », relate à l’AFP Jeff Riffell. Ce dernier ajoute qu’à l’inverse, « si nous ajoutions du NO3 (radical nitrate), tout d’un coup cela empêchait l’une des espèces de papillon de reconnaître la fleur. Et pour l’autre espèce, cela réduisait de 50 % son attraction à la fleur ».

Concrètement, cela confirme que la pollution atmosphérique ne nuit pas seulement à l’activité des insectes pollinisateurs diurnes, mais aussi nocturnes. Un nouveau problème pour ces animaux déjà grandement menacés. Toutes espèces comprises (et non seulement les pollinisateurs), les populations d’insectes ont diminué de 70 à 80 % en Europe des dernières décennies dans les régions dominées par les activités humaines et l’agriculture intensive.

Un problème alors que dans le monde, près des trois-quarts des 240 000 espèces de plantes à fleurs dépendent de pollinisateurs. Résultat, à l’échelle mondiale, l’impact alimentaire du d’une moindre pollinisation entraînerait près d’un demi-million de morts prématurés par an. Un chiffre effrayant, et probablement en dessous de la réalité selon les auteurs de cette étude.

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