Policiers brûlés à Viry-Châtillon: des enquêteurs accusés d'avoir falsifié des procès-verbaux

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Photo prise le 8 octobre 2016 de la voiture de police incendiée à Viry-Châtillon (Essonne). - AFP
Photo prise le 8 octobre 2016 de la voiture de police incendiée à Viry-Châtillon (Essonne). - AFP

Cinq ans après la retentissante affaire des policiers brûlés à Viry-Châtillon (Essonne), de nouveaux éléments viennent conforter l'idée que des interrogatoires qui ont eu lieu dans le cadre de l'enquête ont été retranscrits par des policiers à la défaveur des accusés.

C'est d'ailleurs ce que déplorent, un mois après le procès, cinq avocats des jeunes acquittés, qui viennent de porter plainte contre les policiers chargés de l'enquête pour "faux" et "violences" et "escroquerie au jugement" devant le parquet d'Evry. Selon Mediapart, "ils dénoncent les violences physiques, morales et psychologiques, dont auraient été victimes leurs clients en garde à vue".

Les propos d'un "témoin central" modifiés

Les policiers chargés d'enquêter sur l'attaque de 2016 ont, selon des documents consultés par Mediapart et des vidéos diffusées ce mardi par le site d'investigation, rédigé des procès-verbaux qui ne correspondaient pas aux dires des suspects lors de leur garde à vue. Mais ces éléments révèlent aussi que les policiers ont fait usage de méthodes d'intimidation contre les jeunes alors mis en cause.

En janvier 2017, onze personnes suspectées d'être impliquées dans les violences envers les forces de l'ordre sont interpellées à la suite d'écoutes téléphoniques, parmi lesquels un adolescent de 19 ans au parcours personnel compliqué, qui deviendra "un témoin central de l'affaire". Après trois jours de garde à vue, Mediapart raconte que le jeune homme passe de statut de mis en cause à témoin, et qu'il livre aux enquêteurs une liste de 22 jeunes impliqués, dont 13 seront par la suite directement mis en cause dans l'affaire.

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Deux ans plus tard, le jeune homme qui continue de nier toute implication n'assiste pas au procès. Des avocats contestent le procès-verbal et demandent alors à avoir accès à l'intégralité de son témoignage vidéo. C'est là qu'ils découvrent que les propos du jeune homme en garde à vue ne correspondent pas à la retranscription écrite sur le procès-verbal.

Quant à la liste de présumés coupables, elle a été rédigée entre deux interrogatoires, sans que l'on sache dans quelles conditions elle a été recueillie. Le procès-verbal indique aussi que le jeune homme aurait déclaré: "si je parle, je suis mort" lors d'une audition. Des mots qu'ils n'a en fait jamais prononcés, selon les vidéos.

Puis le procès-verbal indique que lors d'un cinquième interrogatoire, le jeune homme accepte que l'interrogatoire se déroule sans son avocat, "s’excuse pour son comportement" et "comprend que l’avocat n’ait pas voulu poursuivre avec (lui)". Dans la retranscription vidéo pourtant, pas de trace du consentement sur l’absence de son avocat, ni d'excuses.

Des "procès-verbaux truqués"

Le site d'investigation accuse également les enquêteurs d'avoir "rédigé des procès-verbaux truqués, ne correspondant pas aux déclarations de plusieurs mis en cause". Il publie ainsi les vidéos de deux adolescents de 18 et 20 ans mis en cause, au cours desquelles on entend l'un d'eux dire:"Je ne suis pas fou, je ne l'ai pas faite, cette attaque. Dans ma tête, je ne l'ai pas fait". Pourtant, ces propos ne figureront pas dans le procès-verbal, tout comme la proposition faite au second jeune homme de témoigner sous X, un "statut que la loi interdit aux personnes mises en cause", rappelle Mediapart.

Le 18 avril dernier, 5 des 13 accusés ont été reconnus coupables de tentative de meurtre sur des policiers par la cour d'assises des mineurs de Paris. Trois d'entre eux, condamnés à 18 ans de réclusion, se sont pourvus en cassation. Huit ont été acquittés, pour certains au bénéfice du "doute", ou parfois pour "faute de preuves", suscitant l'indignation des syndicats de policiers et d'une partie de la classe politique.

Article original publié sur BFMTV.com

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