Russie: Plus de 5.000 arrestations lors de manifestations pro-Navalny

RUSSIE: PLUS DE 5.000 ARRESTATIONS LORS DE MANIFESTATIONS PRO-NAVALNY

par Tom Balmforth et Polina Nikolskaya

MOSCOU (Reuters) - La police russe a arrêté dimanche plus de 5.000 personnes et dispersé à Moscou et à travers le pays plusieurs manifestations organisées pour protester contre l'arrestation du principal opposant au Kremlin Alexeï Navalny.

Les rassemblements, qui se sont tenus pour le deuxième week-end de suite malgré le froid et une présence policière massive, mettent un peu plus encore la pression sur Vladimir Poutine pour qu'il décide de libérer Alexeï Navalny.

Dans une démonstration de force, la police a verrouillé le coeur de la capitale russe, fermant les rues aux piétons près du Kremlin et des stations de métro tout en déployant des centaines d'officiers anti-émeute.

Une partie du cortège s'est dirigée vers la prison du nord de Moscou où Alexeï Navalny est détenu en scandant "laissez-le partir !". Des manifestants ont aussi levé leurs mains au-dessus de leurs têtes devant une rangée de policiers anti-émeute en scandant "nous ne sommes pas vos ennemis".

Alexeï Navalny a été arrêté le 17 janvier à Moscou après son retour d'Allemagne, où il était soigné pour un empoisonnement survenu en Russie l'été dernier. L'opposant, âgé de 44 ans, accuse le président russe d'avoir ordonné son assassinat, ce que le Kremlin dément.

La Russie explique qu'il n'a pas respecté les termes de sa liberté conditionnelle, des accusations montées de toute pièce selon Alexeï Navalny. Alors que la justice russe doit se prononcer la semaine prochaine, l'opposant politique risque jusqu'à trois ans et demi de prison.

La police avait prévenu que les manifestations n'étaient pas été autorisées et qu'elles seraient dispersées, comme le week-end dernier quand déjà plus de 4.000 personnes ont été interpellées selon OVD-Info, un groupe d'observation des manifestations.

La police a estimé à environ 2.000 le nombre de personnes qui ont participé à la manifestation de dimanche à Moscou. Les journalistes de Reuters ont de leur côté estimé à plusieurs milliers le nombre de manifestants, moins nombreux que le week-end dernier.

"SI NOUS RESTONS SILENCIEUX..."

Au moins 5.021 personnes ont été arrêtées dans tout le pays dont 1.608 à Moscou, selon OVD-Info.

À Saint-Pétersbourg et à Moscou, la police a utilisé la force pour arrêter les manifestants et a parfois été vue en train d'utiliser des pistolets Taser.

Yulia Navalnaya, l'épouse d'Alexeï Navalny, a fait partie des personnes arrêtées avant d'être libérée.

"Si nous restons silencieux, ils pourraient venir pour n'importe lequel d'entre nous demain", a-t-elle écrit sur Instagram avant de se joindre aux manifestations.

Le secrétaire d'État américain Antony Blinken a condamné ce qu'il a qualifié d'utilisation persistante de tactiques dures contre des manifestants pacifiques et des journalistes et a appelé à la libération d'Alexeï Navalny.

Le ministère russe des Affaires étrangères a répondu en accusant les États-Unis de faire preuve d'hypocrisie et d'ingérence et de chercher à encourager les manifestations dans le cadre d'une stratégie visant à contenir la Russie.

"Tout le monde sait bien ce que font les États-Unis dans ces cas - ils ouvrent le feu pour tuer", a-t-il déclaré.

Plusieurs nations occidentales ont demandé à Moscou de libérer Alexeï Navalny et ses alliés et appelé le président américain Joe Biden à imposer des sanctions à 35 personnes qui, selon elles, sont de proches alliés de Vladimir Poutine.

Dans la ville extrême-orientale de Vladivostok, des séquences vidéo ont montré des manifestants scandant "Poutine est un voleur" alors qu'ils s'étaient lié les mains et qu'ils défilaient par des températures d'environ -13°C. La police a arrêté plus de 120 personnes dans la ville, selon OVD-Info.

(Avec Gabrielle Tétrault-Farber, Anton Zverev, Polina Ivanova, Maria Tsvetkova, Katya Golubkova et Maria Vasilyeva, version française Gilles Guillaume et Benjamin Mallet)