La polémique Maeva Ghennam, une preuve de plus des injonctions sur le sexe féminin

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FEMMES - “Ça rajeunit le vagin, c’est trop bien.” Vraiment? Vendredi 3 septembre, la star de la téléréalité Maeva Ghennam a fait la promotion de la chirurgie esthétique de la vulve, accompagnée de son gynécologue, auprès de ses plus de 3 millions d’abonnés sur Instagram. Ces propos de l’ancienne candidate des Marseillais montrent à quel point les injonctions qui pèsent sur le corps des femmes, et, ici particulièrement, sur leurs parties génitales, sont fortes.

“Ce que j’ai fait est trop bien, j’ai fait des machines au niveau de mon vagin, de la radiofréquence et de la mésothérapie sans injection”, liste-t-elle devant son gynécologue. ”Ça rajeunit le vagin, c’est trop bien. Je trouve que c’est super important d’avoir un beau vagin. J’ai vraiment de la chance, j’ai vraiment un beau vagin, je n’ai pas les lèvres qui dépassent [...] Là, c’est comme si j’avais 12 ans”, se réjouit-elle.

Au cours du week-end qui a suivi cette publication et face aux réactions, Maeva Ghennam a tenu à s’excuser, regrettant le fait de dire “beaucoup de conneries”. “Ce que j’ai dit, c’est très grave (...) Quand j’ai dit que j’avais un vagin de 12 ans, je me suis très très mal exprimée. Je ne parlais pas de l’intérieur du vagin, je parlais juste du maillot”, s’est-elle justifiée.

Une vulve est une vulve

Mais combien de jeunes filles auront assimilé ce message et songeront par la suite que leur vulve est trop ceci ou pas assez cela?

“Gravissime. Une vulve d’une enfant de 12 ans ne devrait jamais être un référentiel de beauté (...) Par ailleurs, une vulve qui a les lèvres qui dépassent n’est pas moche, ni belle d’ailleurs, c’est une vulve. C’est tout”, peut-on lire sur le compte Instagram féministe “Je suis une sorcière”. “Vous n’avez pas besoin de raccourcir vos lèvres comme vous n’avez pas besoin de lingettes intimes qui détruisent votre flore, comme vous n’avez pas besoin de vous épiler, comme vous n’avez pas besoin de ressembler à une enfant”, poursuit-elle.

Pour l’association Osez le féminisme, cette promotion d’une vulve jugée parfaite relève surtout d’un problème systémique, et c’est à celui-ci qu’il faudrait s’attaquer plus qu’à celle qui le promeut, en l’occurrence Maeva Ghennam.

“Normes objectifiantes”

“Quand une femme confond vagin et vulve, et traite son corps comme un objet de performance esthétique à améliorer selon des normes objectifiantes et pédocriminelles, c’est à elle qu’il faut s’attaquer? Ou au système patriarcal qui lui a inculqué ces notions?!”, s’interroge l’association sur Twitter.

“Toutes les filles apprennent depuis l’enfance que leur corps sert à un but: être beau et désirable par les hommes. Ces injonctions, nous les vivons toutes”, affirme Osez le féminisme.

Face à ce bad buzz, la ministre déléguée à la Citoyenneté, Marlène Schiappa, a elle aussi rappelé, dans une lettre dévoilée par Télé Loisirs, que les gynécologues sont engagés pour défendre les droits des femmes et les protéger”. Cette opération esthétique “pose problème” à la ministre, qui s’interroge “sur le fait de promouvoir des pratiques chirurgicales spécifiques et non prouvées par des études scientifiques”. “Je souhaite connaître votre position sur cet enjeu fondamental”, ajoute-t-elle dans ce courrier adressé à Joëlle Belaisch-Allart, présidente du collège national des gynécologues et obstétriciens français.

Engouement pour la chirurgie

Depuis quelques années, preuve que les injonctions pesant sur les femmes à ce sujet se font toujours de plus en plus pressantes, les interventions chirurgicales de “rajeunissement vaginal” connaissent un succès grandissant.

Selon une étude de la Société Internationale de Chirurgie Esthétique et Plastique portant sur l’année 2017, elles sont les interventions qui se sont développées le plus vite avec une croissance de 23% par rapport à l’année précédente. Elles devancent le lifting du bas du corps (22%), le lifting fessier (17%) et la rhinoplastie (11%).

Outre la vaginoplastie, le terme “rajeunissement” (ou rénovation vaginale) recouvre des interventions aussi diverses que la restauration de l’hydratation du vagin après un cancer, le traitement de l’incontinence ou la labiaplastie, autrement dit les opérations de chirurgie des lèvres génitales. C’est cette dernière qui soulève le plus de questions. Certaines femmes se plaignent d’une atrophie ou hypertrophie des grandes lèvres et/ou des petites lèvres. Il est ainsi possible de gonfler les grandes lèvres en les remplissant d’acide hyaluronique ou de graisse.

Pour Gilbert Montale, chirurgien plasticien, interrogé dans Grazia, l’argument fonctionnel explique de moins en moins le recours à ce type d’interventions. “Les jeunes femmes d’aujourd’hui demandent une nymphoplastie à but esthétique (si les lèvres pendent trop par exemple), c’est un choix subjectif. Tandis qu’auparavant, les femmes recouraient davantage à cette intervention pour régler un problème d’inconfort ou de douleurs pendant les rapports.”

Sarah Piazza, psychologue clinicienne à l’université Paris Diderot et autrice d’une étude portant sur une trentaine de femmes ayant eu recours à la nymphoplastie en France, avance quant à elle, interrogée dans L’Express: “Mon hypothèse est que la gêne physique est mise en avant alors qu’elles sont préoccupées par la question de l’esthétisme et surtout de la norme. Elles parlent d’une vulve ‘informe’, ‘dégoûtante’”.

De plus en plus de femmes essayent de montrer à quel point il existe autant de vulves que de femmes, et qu’aucune vulve n’est plus belle qu’une autre. C’est par exemple le cas sur le compte Instagram “The Vulva Gallery”. Mais avec des promotions comme celle de Maeva Ghennam, ce message devrait encore avoir un bon bout de chemin à parcourir.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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