Pas de plan cul pour eux, ils préfèrent les "plans dodo"

Ils cherchent des partenaires avec lesquels partager leur sommeil plutôt que des ébats sexuels. Les trois personnes que nous avons interrogées sont adeptes des plans dodo. Et une chose est sûre, il n'est pas facile pour elles d'imposer leur style à l'ère du trash dating.

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Lorsqu'elle était célibataire, Zélie ressentait parfois le besoin d'avoir un homme à ses côtés durant la nuit. Elle n'hésitait alors pas à partager son lit avec certains de ses amis masculins, sans qu'il ne se passe rien sexuellement : “Ce n’était jamais très régulier. Mais c’était sympa d'avoir une présence masculine à côté de soi sans se sentir obligée de coucher comme dans un plan cul”.

Malgré sa jeunesse au moment des faits, Zélie faisait preuve de prudence. Elle ne proposait cette expérience qu'à ceux en qui elle avait une totale confiance et avec lesquels il n'y avait aucune once d'ambiguïté : “Si j’avais eu le moindre doute sur leurs sentiments à mon égard, je n'aurais pas dormi avec”, explique-t-elle. A quoi ressemblaient ces nuits entre amis de sexes opposés ? A celles d'un vieux couple répond la jeune femme, qui décrit plusieurs heures passées à “papoter, rigoler et dormir”. Et l'après ? “Absolument rien n'a changé dans nos relations”, affirme Zélie, coupant court aux idées reçues à ce sujet.

“On m'a déjà dit que ma demande était égoïste, voire déplacée”

Malgré son désir secret de s'endormir dans les bras d'un homme et se faire cajoler, Gaëlle, elle, ne s'imagine pas demander à ses amis de sexe masculin de répondre à ce besoin. Par peur de susciter une forme d'ambiguïté mais aussi par crainte de ne pas savoir se laisser aller. “Je n'ai jamais été tactile avec mes amis, alors me retrouver d'un seul coup dans leurs bras, je n'apprécierais pas ! Je serais hyper gênée et n'arriverais vraiment pas à en ressentir les bienfaits”, explique-t-elle. La trentenaire célibataire ne souhaite pas non plus se mettre en couple dans l'immédiat. Entourée par une famille très présente et de nombreux amis, elle ne se sent pas spécialement seule et le sexe ne lui manque pas.

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Le seul recours qu'elle envisage pour obtenir de l'affection ? Rencontrer des hommes sur des applications de dating, et tâcher de les convaincre de dormir avec elle sans coucher. Un projet qui n'a pour l'instant pas vraiment porté ses fruits. “Il m'est arrivé d'inviter à l'hôtel des mecs rencontrés quelques jours plus tôt en leur disant qu'il ne se passerait rien. L'un d'entre eux s'est vexé, persuadé que j'essayais de le tester. Certains percevaient ma demande comme égoïste et limite déplacée”. La trentenaire se retrouve dans une impasse, incapable de satisfaire son besoin d'affection, qui dit-elle, n'a rien d'un “caprice”. Et pour cause, le contact physique est réellement important. Comme démontré par de nombreuses études, les câlins ont des effets bénéfiques sur le corps et la santé. Être pris dans les bras pendant minimum 20 secondes permet la sécrétion d'ocytocine, hormone du bonheur, et renforce le système immunitaire.

“Les filles me trouvaient bizarre et finissaient par disparaître”

Karim aussi a dû faire face à de nombreux jugements lors de sa période “plans dodo”. Alors qu'il travaillait dans le monde de la finance depuis deux ans, le jeune homme s'est senti écoeuré par la “fausseté” des relations interpersonnelles qu'il observait autour de lui. “J'avais l'impression que tout le monde utilisait tout le monde et cela concernait aussi le niveau sexuel”, se souvient le trentenaire. A tel point qu'il ne souhaitait plus être en couple, ni entretenir de liaisons. Juste dormir de temps à autre avec des filles qui lui plaisaient, “sans aucune autre intention”. Mais tout ne s'est pas passé comme prévu : “Souvent elles acceptaient au début, passaient deux ou trois nuits avec moi, puis elles commençaient à me trouver bizarre de ne rien tenter et finissaient par disparaître..”.

S'il n'était pas aujourd'hui en couple, Karim serait certainement ravi que la technologie puisse l'aider à lui organiser des plans dodo en bonne et due forme. D'autres en revanche peuvent en profiter.

Une appli pour trouver un partenaire de sommeil

Une application, Hugmify, s'est en effet emparée du créneau, en proposant à ses utilisateurs de se rencontrer pour dormir ensemble. “Ne laisse plus le sexe gâcher ta première rencontre !”, peut-on lire dans l'audacieux descriptif de cette application, qui a de quoi surprendre. “On passe souvent par des systèmes où pour avoir de l'affection, de la chaleur humaine, il faut avoir des relations sexuelles. On voulait créer une appli de slow dating, pour apprendre à connaître les gens d'une autre façon”, explique Phrenel, l'un des co-fondateurs. Il n'en reste que partager son sommeil avec une personne jamais rencontrée, dont on ne connaît ni l'odeur ni les manières, a de quoi rebuter.

Certains n'y voient que des inconvénients, - ronflements, manque de place, bruits suspects -, ayant de grandes chances de mettre à mal leur sommeil. Selon une étude de l’Institut National du Sommeil et de la Vigilance datant de fin 2016, 40 % des Français vivant en couple font d'ailleurs le choix délibéré de dormir dans des lits séparés. Sans compter que pour beaucoup, l'étape est perçue comme le comble de l'intimité. Alors pourquoi prendre le risque de la partager avec un inconnu ? “Contrairement à un ami qui peut garder un certain frein dans l'affection qu'il donne en se posant trop de questions, l’inconnu aura moins de retenue. Et il n'y a pas de contrepartie à donner. On peut très bien ne plus le voir après...”, répond Phrenel. Ajoutons que rien n'oblige non plus ceux qui se rencontrent par ce biais à... dormir ensemble le premier soir !