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Cette phrase sur les smicards attribuée à Emmanuel Macron fait hurler, l’Élysée dément

« Les smicards préfèrent des abonnements VOD à une alimentation plus saine », affiche le journal « La Marseillaise » en une, citant des propos rapportés et attribués au chef de l’État.

La Une de l’édition du 24-25 février 2024 de La Marseillaise fait polémique
La Une de l’édition du 24-25 février 2024 de La Marseillaise fait polémique

POLITIQUE - Le président a-t-il vraiment dit ça ? Ce samedi 24 février, une partie de la classe politique s’est indignée d’une citation, attribuée à Emmanuel Macron en une du journal La Marseillaise, et jugée « méprisante » envers les allocataires des revenus minimum. L’Élysée dément catégoriquement.

« Les smicards préfèrent des abonnements VOD à une alimentation plus saine ». Selon le journal, c’est en ces termes que le président se serait adressé aux syndicalistes du Modef (Mouvement de défense des exploitants familiaux) lors d’une réunion à l’Élysée le 15 février. « Au-delà du mépris de classe dont le chef de l’État est malheureusement coutumier (...) cette réflexion est inquiétante tant elle illustre une incapacité à comprendre les enjeux de la crise actuelle et donc l’impéritie du président à apporter des solutions sérieuses », cingle la Marseillaise dans son édito.

Macron taxé de « mépris de classe »

Dans un contexte de colère agricole, et alors que s’ouvrait le même jour (avec des heurts) le Salon de l’Agriculture, la phrase attribuée au président de la République a provoqué une avalanche de réactions outrées. « Le mépris de classe jusqu’au bout de la part de celui qui, de toute sa vie, n’aura jamais eu d’arbitrage à faire entre manger mieux et avoir accès à la culture », écrit le Premier secrétaire du PS Olivier Faure.

Même son de cloche chez les Insoumis, écologistes et communistes qui dénoncent à l’unisson le « mépris » du chef de l’État. « Salauds de pauvres », écrit ainsi la députée écologiste Sarah Legrain, en référence au film La Traversée de Paris avec Jean Gabin en 1956.

« À ce rythme de mépris, ça va mal finir. Les Français et françaises sont à bout, beaucoup n’en peuvent plus d’être humiliés, de survivre, d’être sur le point de basculer. Une partie est en train de craquer, de lâcher prise. Et vous, Président de la République, vous faites ça ? », s’émeut sa collègue Sandrine Rousseau. « Indécence et mépris de classe, épisode 1987868 » pour le sénateur communiste Ian Brossat quand le coordinateur de la France Insoumise Manuel Bompard écrit « Fermes ta gueule » reprenant les mots contestés de Gérard Larcher à Jean-Luc Mélenchon.

À l’extrême droite aussi la phrase a fait réagir. La députée du Pas-de-Calais et ex-présidente du RN Marine Le Pen a accusé Emmanuel Macron d’« accentuer la crise politique » dénonçant un « mépris de classe permanent, (une) communication blessante et provocatrice » et l’« incompétence dans sa fonction. » « Depuis 2017, la seule ligne constante de Macron, c’est le mépris du peuple ! », abonde le porte-parole du parti Julien Odoul.

L’Élysée dément, le Modef maintient sa version

Contacté par LCI, l’Élysée dément catégoriquement et assure que le président de la République ne s’est jamais exprimé en ces termes. Cette une est « scandaleuse », juge le Palais. À l’AFP, l’entourage d’Emmanuel Macron concéde que « le sujet de la part de l’alimentation dans le budget des ménages » a pu être évoqué. Mais réfute absolument ces mots, ajoutant que « publier entre guillemets des propos rapportés sans vérification est par ailleurs curieux déontologiquement ».

Interrogée par l’AFP, Lucie Illy, vice-présidente du Modef et présente à cette réunion, a affirmé que « le président ne s’est pas exprimé en ces termes, mais le fond est le même ».

Mais auprès de La Marseillaise, le président du Modef Raymond Girardi maintient. « Oui, nous y étions plusieurs et je confirme bien que nous avons entendu cela », déclare-t-il ce samedi, estimant que « pour nous le sujet n’est pas la répartition des achats pour les faibles revenus. Les produits de qualité doivent être à la disposition de tous. »

Emmanuel Macron a souvent été accusé au cours de ses mandats d’une forme de « mépris ». En 2017, il évoque ainsi « les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien » avant de s’en prendre, en pleine contestation de la loi Travail, aux « fainéants. » Dans une interview au Parisien en avril 2023, il avait concédé « une vraie faute » à propos de ses mots sur « ceux qui ne sont rien ».

VIDÉO - "Je préfère le dialogue à la confrontation": Emmanuel Macron s'apprête à débattre avec des délégations d'organisations syndicales