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PFAS : cette proposition de loi contre les polluants éternels qui pourrait signer la mort de Tefal

Les députés discutent jeudi 4 avril d’une proposition de loi interdisant l’utilisation de PFAS.

Des salariés de Tefal manifestent devant l’Assemblée nationale, ce 3 avril.
ALAIN JOCARD / AFP Des salariés de Tefal manifestent devant l’Assemblée nationale, ce 3 avril.

SANTÉ - Faut-il interdire les PFAS, ces polluants éternels présents un peu partout dans les produits de notre quotidien ? Voilà la question que se poseront jeudi 4 avril les députés. Portée par le député écologiste Nicolas Thierry, cette proposition de loi vise précisément à « interdire à partir de 2025 la fabrication, l’importation, l’exportation et la mise sur le marché de tous les produits contenant des PFAS ».

« Maires de France, nous demandons une eau saine et sans polluants éternels » - TRIBUNE

Problème, de nombreuses marques utilisent ces substances. C’est le cas de Tefal, l’entreprise du groupe SEB connue pour ses ustensiles de cuisine. Elle serait ainsi grandement menacée par cette mesure. Selon Tefal, ce sont 1 500 emplois à Rumilly, 3 000 en France et 15 000 en Europe qui pourraient disparaître si cette loi était votée.

Dans La Tribune Dimanche, le président de SEB Thierry de La Tour d’Artaise plaide pour que la France s’aligne sur les négociations à l’échelle de l’Union européenne, et ne prenne pas les devants sur la régulation. L’entreprise a même organisé une manifestation ce mercredi 3 avril à Paris, devant l’Assemblée nationale, pour demander le « retrait » du projet de loi sur les PFAS. Des centaines de salariés de la marque, soutenus par leur direction qui a affrété des bus de plusieurs sites, se sont rassemblées au son d’un concert de casseroles. « Touche pas à ma poêle » et « Sauvons les poêles Made in France » indiquaient les pancartes des manifestants.

Un scandale à Rumilly

Les PFAS, ou per- et polyfluoroalkylées de leur nom complet, sont « un groupe très vaste de plusieurs milliers de substances aux propriétés chimiques spécifiques, dont une bonne partie n’est pas très bien connue des scientifiques » résume pour le HuffPost Anis Tilli, chercheur au CNRS en chimie organique. On en retrouve dans de nombreux produits de la vie courante comme des vêtements techniques, des emballages alimentaires, mais aussi… Dans l’eau.

À Rumilly, l’un de ces polluants a été détecté dans l’eau potable en août 2022. Il s’agit du PFOA, une molécule persistante, bioaccumulable et toxique interdite d’utilisation depuis 2020. Pour faire face au problème, le réseau d’eau potable de la ville a été raccordé à celui du Grand Annecy.

Mais les autorités avaient connaissance du problème depuis 2017 et n’ont pas agi ni même informé les habitants. Suite à des tests sanguins, des habitants de la commune haut-savoyarde ont découvert qu’ils avaient des taux de PFOA cinq fois supérieurs à la moyenne française (2,08 µg/L). Trois entreprises sont soupçonnées d’être la cause de ce scandale, dont l’entreprise Tefal.

Les PFAS, systématiquement problématiques ?

La marque de son côté affirme que le seul PFAS qu’ils utilisent est le PFTE, qui sert à produire le revêtement antiadhésif des poêles et casseroles. « Nos revêtements sont fabriqués à partir de PTFE (polytétrafluoroéthylène, ndlr), une substance reconnue depuis plus de 50 ans pour son innocuité », martèle le service communication.

Il est vrai que le PFTE n’est pas reconnu dangereux et remplit des conditions sanitaires strictes. Mais la recherche sur ce PFAS doit être approfondie. D’autant plus qu’une étude de chercheurs du centre mondial pour l’assainissement de l’environnement (GCER) a découvert que « des milliers, voire des millions de microplastiques et de nanoplastiques en téflon pourraient être libérés au cours d’un processus de cuisson », lorsque l’ustensile est abîmé. Pour cela, il suffit d’un peu trop frotter avec une éponge ou de passages à répétition au lave-vaisselle.

Cette étude vient rejoindre toute la littérature scientifique sur les PFAS. Cette dernière n’est pas exhaustive. « Il existe entre plusieurs milliers et des millions de PFAS différents, difficile de généraliser leurs caractéristiques », note Anis Tlili. Ce qui est sûr, c’est qu’un certain nombre d’entre eux sont nocifs pour l’humain et l’environnement. Ce qui est sûr également, c’est que cette proposition de loi fait craindre une fermeture de l’usine, alors que la marque estime respecter les impératifs de santé publique.

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