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Pessimisme, taux de fécondité... Pourquoi la natalité baisse-t-elle si fortement en France?

La baisse de la natalité devrait atteindre un niveau historique. Entre janvier et novembre 2023, le nombre de naissances a reculé de 6,8% en France par rapport à la même période l'année précédente, selon un rapport publié par l'Institut national de la statistique, ce jeudi 4 janvier.

On compte ainsi 45.000 naissances de moins sur cette période par rapport à 2022, portant le nombre de naissances sur les onze premiers mois 2023 à 621.691, précise l'Insee. Une baisse notable qui s'observe dans toutes les régions, sans exception: elle est de 8,4% en Corse et en Normandie, 7,7% en Auvergne-Rhône-Alpes ou encore 5,6% en Ile-de-France.

Comment expliquer cette diminution du nombre de naissances? Selon les démographes, plusieurs facteurs seraient en cause.

• Diminution du nombre de femmes de 20 à 40 ans

Afin d'expliquer cette baisse, l'Insee avance un premier argument démographique: la diminution du nombre de femmes âgées de 20 à 40 ans, soit en âge de procréer.

"Le nombre de naissances dépend à la fois du nombre de femmes en âge de procréer et de leur fécondité", explique l'Insee.

Or, le nombre de femmes de 20 à 40 ans diminue depuis le milieu des années 1990. En 2018, cette classe d'âge regroupait 8,4 millions de femmes contre 9,1 millions en 1998.

À cela, il faut ajouter l’âge moyen de la maternité qui augmente régulièrement. En 2022, les femmes deviennent mères en moyenne à 31,2 ans, contre 30,6 ans en 2018 et 29,8 ans en 2008.

• Baisse du taux de fécondité

La baisse du taux de fécondité (nombre d'enfants par femme) joue également un rôle. En 2022, l'indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) s'établissait à 1,80 enfant par femmes, en baisse par rapport à 2021 (1,84).

"Les femmes les plus fécondes sont celles ayant entre 25 et 34 ans. Toutefois, le taux de fécondité des femmes de moins de 30 ans baisse depuis les années 2000 et cette diminution s’accélère depuis 2015", estimait l'Insee dans un rapport.

Par ailleurs, pour le géographe et démographe Gérard-François Dumont, il existe également un lien entre les mesures natalistes et la fécondité.

"À chaque fois qu’il y a eu des mesures positives de politiques familiales, la fécondité a augmenté car ces mesures correspondaient à ce que voulaient les familles", explique-t-il à BFMTV.

En dépit de cette baisse significative, le taux de fécondité de la France reste tout de même le plus élevé de l'Union européenne avec un ICF à 1,83 contre 1,53 en moyenne dans l'UE, selon les dernières données comparatives d’Eurostat en 2020.

• Manque d'espoir en l'avenir

Autre facteur avancé par l'Insee et pas des moindres: l'inquiétude face à l'avenir. La conjecture économique marquée par une forte inflation, le contexte géopolitique actuel centré sur la guerre en Ukraine et au Moyen-Orient, sans oublier le réchauffement climatique créent ainsi un climat d'anxiété qui peut freiner l'envie d'avoir un enfant.

"Pour fonder une famille, il faut avoir de l'espoir. Or les jeunes générations sont peut-être plus habitées par l'inquiétude quant à leur avenir", commente auprès de l'AFP Catherine Scornet, maîtresse de conférence à l'Université d'Aix-Marseille.

• Nouvelles aspirations personnelles ou professionnelles

Les démographes relèvent également des changements d'aspirations au sein de la population. Certains se projettent davantage en dehors de la maternité et choisissent de s'investir dans d'autres domaines personnels ou professionnels.

"En réalité, ça ne fait que cinquante ans qu’on peut désirer avoir un enfant ou non, avec la contraception, l’avortement… Donc peut-être qu’on est arrivé à un taux normal, réel et idéal que les gens désirent", commente Bettina Zourli, journaliste spécialisée en étude du genre, à BFMTV.

L'estimation publiée ce jeudi est pour l'instant provisoire, car l'ensemble des bulletins de naissance n'a pas encore été transmis à l’Insee. Une nouvelle estimation, plus précise, devrait être publiée fin janvier 2024.

Article original publié sur BFMTV.com