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Personne ne se méfie de cet autostoppeur: comment "Max le Suisse" continue ses arnaques en France

Haute-Vienne, Lot-et-Garonne, Rhône… Partout en France, des automobilistes affirment avoir prêté de l'argent à un autostoppeur apparemment digne de confiance. Sans jamais être remboursés. Derrière l'arnaque se cache un homme qui sévit depuis des décennies.

Il suffit de chercher "Max le Suisse" sur internet pour prendre la mesure du CV d'arnaqueur de cet homme. Cet autostoppeur, qui se fait appeler Max, Claude, Carl ou encore Gérard, aurait convaincu des centaines de personnes de lui prêter de l'argent. Aujourd'hui octogénaire selon les témoignages, l'homme sévit depuis une vingtaine d'années sur les routes de France. Avec, à chaque fois, le même mode opératoire.

"Max" se présente comme un ancien médecin ou un homme d'affaires, qui s'est fait dérober son argent ou sa voiture. Touchées par son histoire, ses victimes lui retirent de l'argent pour l'aider, parfois jusqu'à plusieurs centaines d'euros. Il leur laisse ensuite de fausses coordonnées, promettant de les rembourser. L'argent n'est bien sûr jamais rendu.

En 2009, cet homme avait même été jugé devant le tribunal de Brive-la-Gaillarde (Corrèze), a confirmé le parquet auprès de BFMTV.com. Néanmoins, il avait été relaxé, la justice estimant que ses "victimes" lui donnaient de l’argent de leur plein gré.

"J'ai compris tout de suite"

Et malgré son grand âge, "Max le Suisse" continue apparemment de sévir. Le 29 décembre dernier, Nadège a croisé sa route à la gare d'Ambazac, en Haute-Vienne. "Il m'a raconté qu'il sortait de 53 jours de réanimation à l'hôpital à cause du Covid, qu'il s'était fait voler ses affaires et qu'il doit rentrer chez lui à Strasbourg (Bas-Rhin)", a-t-elle expliqué au Populaire du Centre.

"Il toussait et avait du mal à respirer. Il m'a vraiment fait de la peine", se souvient-elle.

Auprès de Nadège, il affirme s'appeler "Isaac Roven", avoir été urologue pendant des années à Strasbourg. "Il m'a dit qu'il était juif, que sa femme, qui souffre d'un cancer, et sa fille étaient en Israël. Il m'a montré des photos. Nous avons discuté un bon moment, et sur le coup, je n'ai pas remis en cause son histoire", a-t-elle raconté.

Elle décide de l'aider et lui achète un billet de train et un ticket de bus afin qu'il puisse rentrer à Strasbourg et lui retire de l'argent. Au moment de se quitter, "Isaac" lui donne son numéro, promettant qu'il va la rembourser.

Mais en rentrant chez elle, Nadège a un doute. "En tapant son nom, je n'ai rien trouvé alors qu'il se disait médecin. Puis j'ai décidé de taper son numéro de téléphone", a-t-elle relaté au journal local. Sur internet, elle tombe sur des dizaines de récits identiques au sien.

"Quand j'ai lu tous ces témoignages, j'ai compris tout de suite que je m'étais faite arnaquer par le même homme", a regretté la femme auprès de nos confrères.

"Rien qui puisse donner lieu à des poursuites"

En juin dernier, c'est Jean-Paul, un habitant de Dordogne, qui croise la route de l'octogénaire entre Perpignan et le Périgord, selon son récit livré à Sud Ouest. Il prend l'homme en stop, "une personne courtoise, très cultivée, qui fut un agréable compagnon de route". L'octogénaire explique s'appeler Marcus, être Suisse et s'être fait voler ses affaires.

Pris de compassion, Jean-Paul lui propose de lui avancer une nuit dans une chambre d'hôtel à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne). "Marcus" promet alors de lui rembourser les 100 euros que Jean-Paul lui a retirés au distributeur. Auprès de nos confrères, Jean-Paul affirme avoir déposé plainte, mais les gendarmes, raconte-t-il, estiment qu'il s'agit d'un don et que l'octogénaire ne l'a pas menacé pour obtenir cet argent.

Et des témoignages comme ceux de Nadège et Jean-Paul, il y en a des dizaines et des dizaines dans les journaux régionaux. Dans les années 2010, un blogavait même été crée pour recueillir les témoignages des victimes et mettre en garde les automobilistes.

Mais les automobilistes lui donnant de l'argent de leur plein gré, quasiment aucun d'entre eux n'a porté plainte. "Il accepte qu'on lui prête de l'argent", résumait Alain Aeschlimann, consul suisse à Montpellier, dans un reportage de France 2 en 2012. "Donc d'un point de vue pénal, il n'y a absolument rien qui puisse donner lieu à des poursuites." Ce qui permet à "Max le Suisse" de poursuivre son périple sur les routes de France.

Article original publié sur BFMTV.com

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