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Dans « Pauvres Créatures », Emma Stone revisite l'histoire de Frankenstein sous l'angle féministe

CINÉMA - Un monstre peut en cacher bien d’autres. Dans Pauvres Créatures, sorti au cinéma depuis mercredi 17 janvier, Yórgos Lánthimos revisite l’histoire de Frankenstein pour en faire un conte féministe jouissif. Emma Stone joue Bella Baxter, la créature du Dr Godwin Baxter, interprété par un Willem Dafoe aussi effrayant qu’attachant. Au nom de la science, le savant ne se refuse rien, pas même à mettre le cerveau d’un enfant dans le corps d’une jeune femme.

Le réalisateur de La Favorite et The Lobster s’est amusé à inverser les codes du mythe de Frankenstein : c’est le créateur qui a le visage bardé de cicatrices, pas sa création, et il n’abandonne pas le « monstre » qu’il a créé, bien au contraire, il a du mal à le laisser partir. Le film suit le développement intellectuel de Bella sur plusieurs années, au fur et à mesure qu’elle découvre le monde.

À ses débuts, le personnage d’Emma Stone agit donc comme un bambin, mais dans un corps d’adulte. Un rôle atypique où tout était à inventer : « Yórgos et moi avons beaucoup travaillé sur l’aspect physique », raconte l’actrice dans une interview vidéo au HuffPost.

« Ça ne pouvait pas être littéral car lorsqu’un enfant apprend à marcher, ses os se forment et il est en pleine croissance. Ce n’est pas le cas pour Bella, elle est adulte. Donc mon jeu pouvait être plus robotique et bizarre », explique-t-elle.

Le réalisateur et l’actrice ont testé différentes façons de marcher, de ramasser des objets et même de manger, pour créer l’illusion de cette femme enfant dérangeante. Plus le personnage grandit intellectuellement, plus son comportement évolue, et le spectateur est le témoin privilégié de cette évolution accélérée.

« Pauvres Créatures », un Frankenstein féministe

Mais ce conte fantastique, qui se déroule dans un monde semblable au nôtre (en plus coloré), est avant tout le récit d’émancipation d’une jeune femme. Pauvres créatures est une satire grinçante du sexisme à l’ère victorienne, qui rappelle que le Frankenstein de Mary Shelley était déjà une œuvre profondément féministe.

Imperméable aux mœurs de l’époque, Bella Baxter n’en fait qu’à sa tête, son seul but étant d’apprendre et de profiter des plaisirs de la vie. Son comportement décalé choque la haute société et remet en question les diktats imposés aux femmes de l’époque, mais aussi d’aujourd’hui. Emma Stone la décrit comme « une créature tellement unique, elle ne vit dans aucune construction sociale ».

« Pour elle, ça ne change rien qu’elle soit une femme dans le monde, elle ne comprend pas ce que ça implique », ajoute-t-elle. « Pour nous qui regardons l’histoire, c’est fascinant de voir une femme ne pas vivre selon les codes que l’on nous inculque dès le plus jeune âge ». L’actrice s’est dite inspirée par « le niveau de liberté, l’absence de honte et la capacité à profiter de tout sans se juger » de son personnage.

Ode à la liberté sexuelle

Bien que surprises par son comportement, les femmes qu’elle rencontre en chemin l’encouragent à s’émanciper. Sa liberté, notamment sexuelle, dérange surtout les hommes, qui s’avèrent les vrais monstres de l’histoire. Le Dr Baxter la garde prisonnière de son immense demeure et veut la marier à son assistant. Après avoir découvert les plaisirs de la masturbation, Bella part finalement à Lisbonne avec un autre homme, Duncan Wedderburn (Mark Ruffalo dans son rôle le plus comique).

Elle voit ce dernier comme une pure expérience, enchaînant les rapports sexuels pour apprendre à connaître son propre corps. Mis au même plan que la nourriture ou la danse, les nombreuses scènes de sexe rappellent qu’il s’agit d’un plaisir comme un autre, malgré les tabous qui l’entourent. « Elle fait simplement ce qui lui fait plaisir. Elle fait la même chose avec des gâteaux portugais, elle en mange trop jusqu’à en vomir, ou elle boit jusqu’à en avoir mal à la tête et fait pareil avec des livres de philosophie », détaille Emma Stone.

Dans « Pauvres Créatures, Mark Ruffalo et Emma Stone  jouent un duo comique qui renverse les stérotypes de genre.
Atsushi Nishijima / Atsushi Nishijima Dans « Pauvres Créatures, Mark Ruffalo et Emma Stone jouent un duo comique qui renverse les stérotypes de genre.

Mais sa capacité à penser par elle-même et à comprendre le monde « rend les hommes dans sa vie de plus en plus fous et terrifiés ». Très vite, Duncan devient colérique, jaloux et confond son envie de posséder Bella avec de l’amour. L’héroïne préférera l’abandonner pour travailler dans un bordel à Paris, autre expérience qui lui apporte sa liberté financière mais lui montrera le pire des hommes.

De retour dans la maison du Dr Baxter, Bella a changé. Malgré les injonctions à se conformer à ce qu’on attend d’une femme dans la société, cette créature ne peut pas être contrôlée, pas même par celui qui l’a inventée. « Elle est à la fois la création et le créateur d’elle-même », résume Emma Stone. Les pauvres créatures sont finalement tous ceux qui vivent dans un monde étriqué.

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