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"Je pars, je me mets en grève": Adele Haenel officialise et explique son retrait du cinéma

Elle parle d'une "grève", mais ses mots sonnent comme un départ à la retraite. Dans une lettre adressée à Télérama et publiée ce mardi par l'hebdomadaire, l'actrice Adèle Haenel explique les raisons de sa désertion des plateaux de tournage depuis son coup d'éclat politique aux César il y a trois ans. Elle y accuse notamment le milieu du cinéma de complaisance envers les prédateurs sexuels.

Au soir de l'édition 2020 de la remise des prix, la star de Portrait de la jeune fille en feu avait quitté la salle Pleyel en pleine cérémonie lorsque le César de la meilleur réalisation était revenu à Roman Polanski, malgré les nombreuses accusations de violences sexuelles qui le visent. Adèle Haenel elle-même, quelques mois plus tôt, avait accusé le réalisateur Christophe Ruggia d'avoir abusé d'elle lorsqu'elle avait entre 12 à ses 15 ans.

"J’ai décidé de politiser mon arrêt du cinéma pour dénoncer la complaisance généralisée du métier vis-à-vis des agresseurs sexuels et, plus généralement, la manière dont ce milieu collabore avec l’ordre mortifère écocide raciste du monde tel qu’il est", écrit l'artiste de 34 ans en préambule.

Celle qui accuse le cinéma de vouloir rester "léger" alors que "la biodiversité s'effondre, que la militarisation de l’Europe s’emballe, que la faim et la misère ne cessent de se répandre", poursuit: "Remplir de vent l’espace médiatique a un but, celui de rendre l’ordre bourgeois aussi naturel que le bleu du ciel et de rendre inaudibles, marginales, les voix de celleux qui organisent la résistance pour que tous les humains puissent vivre dignement et qui essayent d’arracher un avenir à cette planète."

"Ça les dérange que les victimes fassent trop de bruit"

Elle accuse le monde du cinéma de "se donner la main pour sauver la face des Depardieu (accusé de violences sexuelles par treize femmes, NDLR), des Polanski, des Boutonnat (président du CNC, accusé d'agressions sexuelles sur son filleul, NDLR). Ça les incommode, ça les dérange que les victimes fassent trop de bruit, ils préféraient qu’on continue à disparaître et crever en silence. Ils sont prêts à tout pour défendre leurs chefs violeurs, ceux qui sont si riches qu’ils se croient d’une espèce supérieure (...)".

"Vous ne m’aurez pas comme spectatrice. Je vous annule de mon monde. Je pars, je me mets en grève, je rejoins mes camarades pour qui la recherche du sens et de la dignité prime sur celle de l’argent et du pouvoir."

Si elle ne se retrouve plus dans le cinéma, une indutrie de "détachementé, de "vacuité" et de "cruauté", Adèle Haenel assure n'avoir pas abandonné sa fibre artistique pour autant: elle explique collaborer avec l'artiste Gisèle Vienne, chorégraphe, plasticienne et metteuse en scène franco-autrichienne.

Comme le précise Télérama, cette lettre est parvenue au magazine tandis qu'il enquêtait sur la disparition cinématographique d'Adèle Haenel. Ces derniers mois, l'actrice a pris part au mouvement social contre la réforme des retraites. Fin mars, notamment, elle s'est rendue en Normandie pour apporter son soutien aux grévistes de la raffinerie Total.

Article original publié sur BFMTV.com