Quand Paris Match rencontrait l'écrivain Russell Banks, mort à l'âge de 82 ans

© Patrick Fouque

Un ancien marine contraint de se lancer dans des braquages pour survivre, une veuve joyeuse qui revit en Floride après la mort de son mari, une femme noire piégée sur le parking d’un concessionnaire de voitures, passant la nuit sous la menace effrayante d’un molosse : en douze nouvelles et autant de pépites, Russell Banks nous livrait en 2015 sa vision d’une humanité un peu calamiteuse, fragile et déboussolée, malheureuse en couple ou indifférente au sort des autres. « Je n’aurais jamais écrit ces histoires quand j’étais jeune, constatait l’écrivain alors âgé de 74 ans. Ce sont vraiment les récits d’un homme plus âgé, qui a une compréhension différente de la vie. » Certaines anecdotes sentent le vécu. Ainsi a-t-il malencontreusement écrasé son chien, ce « membre permanent de la famille », en faisant marche arrière en voiture, au grand désespoir de ses filles. « Je ne m’en suis pas rendu compte, mais c’était, à l’époque, un parfait résumé de notre famille en train de voler en éclats… »

Après trois divorces, il vivait avec la poétesse Chase Twichell, muse qui, en gagnant un prix littéraire de 100 000 dollars, lui a inspiré « Big Dog », une merveille d’ironie où un artiste se vantant d’une récompense reçoit en retour de cruels sarcasmes. « Quand Chase a remporté ce prix, ses collègues ont changé de comportement. Ils se sentaient un peu menacés par cette distinction ! » plaisantait Banks.

“La littérature ne peut changer qu'un individu à la fois”

Homme engagé, défenseur d...


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