Les paradoxes de la chasse

AFP/Archives - PASCAL POCHARD CASABIANCA

Les propositions du gouvernement pour réduire les risques liés à la chasse s’avèrent très timides et ne satisfont pas les associations de protection de la nature. Révélatrice de mutations écologiques, économiques et sociétales, l’existence même de l’activité cynégétique va continuer à faire débat.

Les propositions présentées le 9 janvier 2023 pour réduire les accidents de chasse ont globalement déçu. Les chasseurs devront suivre une formation aux premiers secours, se soumettre à des tests d’alcoolémie et les lieux de chasse devront être déclarés pour que les autres utilisateurs de la nature puissent connaître les endroits à éviter via une application mobile. La principale mesure attendue, celle d’un "jour sans chasse", a été retoquée. Le débat n’est donc pas clos, d’autant que l’activité cynégétique n’est que le révélateur de changements sociologiques beaucoup plus profonds.

La chasse, une pratique en baisse

La France est un pays où l’on chasse beaucoup, mais de moins en moins. Selon le rapport sénatorial titré "la sécurité : un devoir pour les chasseurs, une attente de la société" remis au gouvernement en septembre 2022, la France compte un peu plus d’un million de pratiquants (pour quatre à cinq millions de titulaires du permis de chasse qui ont donc laissé tombé l’activité). C’est la troisième activité sportive sous licence par les Français derrière le football (près de 2 millions de licenciés) et la pêche (1,5 million). Il n’y avait que 100 000 chasseurs en 1850, principalement parce que l’activité était à l’époque trop onéreuse pour l’immense majorité de la population. La "démocratisation" date de la fin de la seconde guerre mondiale et l’on a compté jusqu’à 2,4 millions d’adeptes en 1984. Les chasseurs ont en moyenne 56 ans. 4% seulement sont des agriculteurs, 20% des ouvriers et donc ce sont les cadres qui constituent le gros des troupes, très souvent urbains. La chasse n’est donc plus le reflet du monde rural.

Si les tendances au vieillissement et au non-renouvellement des générations perdurent, il n’y aura plus que 700 000 chasseurs en 2030. La France va revenir ainsi dans la moyenne européenne si l’on compare avec des pays de taille similaire. L’Allemagne compte en effet 700 000 chasseurs, l’Italie 400 000, l’Espagne 330 000. En Angleterre, la prati[...]

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