Pap Ndiaye regrette qu'en France il soit "difficile" d'évoquer avec "nuance" les inégalités raciales

Le ministre français de l'Éducation Pap N'Diaye à l'Université Howard de Washington, le 20 septembre 2022.
 - OLIVIER DOULIERY / AFP
Le ministre français de l'Éducation Pap N'Diaye à l'Université Howard de Washington, le 20 septembre 2022. - OLIVIER DOULIERY / AFP

En France, il est difficile de parler "de questions ethno-raciales de manière nuancée", a regretté mardi le ministre français de l'Éducation Pap Ndiaye lors d'une allocution dans une université historiquement noire de Washington. Face à un panel d'étudiants majoritairement afro-américains, le ministre, en visite aux États-Unis en marge de l'Assemblée générale de l'ONU, a repris ses habits d'universitaire, décrivant les différences entre la France et les États-Unis en matière de lutte contre le racisme.

"L'État français est officiellement indifférent à la couleur de peau", a rappelé cet historien, spécialiste des minorités américaines, qui est lui-même de père sénégalais et de mère française.

"C'est une belle idée, bien sûr, (...) mais la réalité impose une approche plus concrète", a-t-il poursuivi en relevant, dans un anglais courant, que "les inégalités, les discriminations et différentes formes de racisme existent en France".

"Le concept de race reste très sensible en France"

Pour s'y attaquer "efficacement" dans le monde de l'éducation, il faut "identifier les quartiers les plus pauvres et investir davantage dans leurs écoles", a-t-il estimé. Cette réponse "met clairement l'accent sur les inégalités sociales" parce que "le concept de race reste très sensible en France", a-t-il relevé, face à des étudiants habitués, à l'inverse, aux politiques ciblées sur la base de statistiques ethniques.

Une pratique impensable en France, où "les organisations d'extrême droite sont puissantes actuellement" et où il est, selon lui, "difficile d'affronter de manière nuancée les questions ethno-raciales". "Je peux attester du prix à payer quand on ose en parler", a poursuivi le ministre, qui a été accusé par le Rassemblement national d'être "un militant racialiste".

Mais, a-t-il assuré, "cela ne nous empêchera pas de travailler activement pour développer une culture plus inclusive dans nos écoles, pour que personne ne s'y sente exclu à cause de son genre ou de sa couleur de peau".

"Les Français ne sont pas racistes !"

Après l'intervention de Pap Ndiaye, la droite et l'extrême droite ont fermement critiqué les propos du ministre de l'Éducation. Parlant de "délire communautariste", le député européen Les Républicains François-Xavier Bellamy écrit que "le 'concept de race' n’est pas 'sensible' en France, il est tout simplement contraire à ce qui fonde notre pays".

Pap Ndiaye "ferait mieux de s'occuper des lycéens qui, en France, n'ont pas de cours de Français depuis janvier", fustige de con côté le député européen Reconquête Gilber Collard.

"Il parle de race" alors que "la France est universaliste, elle méconnaît et ignore superbement les races, ce monsieur tient un discours qui relève les races, c'est un discours au minimum racialiste", a de son côté déclaré sur CNews le président de Reconquête Éric Zemmour. "Non, monsieur le Ministre, les Français ne sont pas racistes !", écrit sur Twitter le sénateur LR Bruno Retailleau, demandant à la Première ministre de désavouer le ministre de l'Éducation.

Article original publié sur BFMTV.com