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Le panier anti-inflation du gouvernement vire à la cacophonie

Bruno Le Maire, photographié lors d’une conférence de presse à Washington le 7 février (illustration)
BRENDAN SMIALOWSKI / AFP Bruno Le Maire, photographié lors d’une conférence de presse à Washington le 7 février (illustration)

POLITIQUE - Le problème avec les annonces, c’est qu’elles doivent être suivies d’effet. Exemple avec le « panier anti-inflation » annoncé mi-janvier par l’exécutif pour faire face à la flambée des prix. L’idée, demander à la grande distribution d’agir sur 50 articles du quotidien afin de ménager le portefeuille des Français, déjà fortement éprouvé depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine.

L’échéance, prévue initialement pour le début du mois de mars, a été décalée de quinze jours. Or, à l’approche de la date fatidique, le flou demeure quant à sa réelle mise en place. Mardi 21 février, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a avoué ignorer si les discussions avec les distributeurs déboucheront bien sur ce dispositif. « Je ne sais pas si sera un panier anti-inflation. Ce sera ce que les distributeurs trouveront de plus utile et de plus efficace », a-t-il admis, ouvrant ainsi la porte à son abandon.

« Ça m’a l’air d’être enterré »

C’est en tout comme cela que le député Renaissance Éric Woerth, ex-ministre du Budget et ancien président de la Commission des Finances a compris la chose. « Il y a des limites au possible, et c’est particulièrement inefficace », a déclaré l’élu de l’Oise ce mercredi 22 février sur Sud Radio, s’en remettant au volontarisme des enseignes. Mais s’agissant du panier anti-inflation, « en tant qu’outil national promu par le gouvernement, ça m’a l’air d’être enterré », a-t-il poursuivi.

Or, au même moment, la ministre déléguée en charge des PME, Olivia Grégoire, qui travaille sur ce dossier, affirme que l’initiative est toujours en réflexion. « Nous n’abandonnons pas l’idée. Bruno Le Maire et moi-même sommes en pleine discussion avec les acteurs de la grande distribution », dément-elle ce mercredi dans les colonnes de L’Opinion, alors que son cabinet avait déjà fait savoir à l’AFP que le projet n’était pas enterré, et que l’exécutif continuait à agir pour limiter l’envolée des prix.

Pour autant, difficile de savoir ce qu’il en sera vraiment. « Nous devons trouver des solutions efficaces pour que les Français ne voient pas leur pouvoir d’achat rogné mais cela ne doit se faire ni sur le dos de nos agriculteurs ni sur celui de notre tissu industriel. Si c’est un panier anti-inflation, très bien. Mais nous sommes à l’écoute des éventuelles propositions alternatives portées par les distributeurs », explique Olivia Grégoire, sans plus de précisions.

Des acteurs critiques

Du côté des agriculteurs, l’idée est en tout cas très loin d’emballer. « Nous sommes contre », affirmait il y a quelques jours la présidente de la FNSEA, dans une interview accordée au journal économique La Tribune. « Comment un distributeur peut-il proposer plus de 700 produits issus de l’agriculture biologique à moins de 2 euros alors que la filière traverse une grave crise ? Ou proposer de la viande de porc trois fois moins chère que de l’alimentation pour chien ? », interrogeait-elle.

Même réticence chez certains acteurs de la grande distribution. Ce panier anti-inflation « a un petit risque d’être technocratique », estimait mi-février dans Le Figaro le PDG de Carrefour Alexandre Bompard, considérant que son groupe avait déjà pris « des mesures pour accompagner les clients » face à l’inflation. De son côté, l’association de consommateurs UFC-Que Choisir grinçait contre un dispositif « gadget » pouvant manquer sa cible.

« Comment 50 produits pourraient répondre à la diversité des besoins selon les types de consommateurs ? », s’interrogeait, début février, Olivier Andrault, chargé de mission alimentation au sein de l’association, auprès de l’AFP. Pour l’heure, quelques enseignes affirment vouloir avancer sur la hausse des prix, comme Lidl ou encore Système U. Sans forcément attendre la mise en place d’un hypothétique « panier anti-inflation » du gouvernement, dont personne ne connaît véritablement les contours.

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