Pékin garde le silence sur la disparition du président chinois d'Interpol

Les autorités chinoises n'ont toujours pas commenté officiellement la disparition du président d'Interpol, Meng Hongwei (photo), et les médias d'Etat samedi ne mentionnent pas l'affaire. /Photo prise le 8 mai 2018/REUTERS/Jeff Pachoud

PEKIN/LYON (Reuters) - Les autorités chinoises n'ont toujours pas commenté officiellement la disparition du président d'Interpol, Meng Hongwei, et les médias d'Etat samedi ne mentionnent pas l'affaire.

Le ministère chinois de la Sécurité publique n'a pas donné suite à des demandes répétées d'information.

Une enquête pour disparition inquiétante a été ouverte en France concernant Meng Hongwei, qui n'a plus donné signe de vie depuis son départ en Chine fin septembre.

Citant une source non identifiée, le South China Morning Post écrivait vendredi qu'il avait été pris en charge à son arrivée par les autorités pour être interrogé mais le quotidien de Hong Kong ajoutait ignorer le lieu de sa détention et les motifs des investigations le visant.

Les raisons pour lesquelles il s'est rendu en Chine n'ont pas été établies à ce stade.

Dans un message posté samedi sur le site internet d'Interpol, le secrétaire général de l'organisation, l'Allemand Jürgen Stock, demande "des clarifications de la part des autorités chinoises sur la situation du président Meng Hongwei".

"Le secrétaire général d'Interpol est impatient de recevoir une réponse de la part des autorités chinoises en réponse aux inquiétudes sur le bien-être du président", ajoute-t-il.

Une source au ministère français de l'Intérieur a déclaré vendredi que "la France s'interroge sur la situation du président d'Interpol et est préoccupée par les menaces dont son épouse a fait l'objet".

"Interrogées par le bureau de liaison d'Interpol à Pékin, les autorités chinoises n'ont pour l'heure pas apporté de précisions" mais les échanges "se poursuivent", a-t-on dit de même source.

Le parquet de Lyon, où se trouve le siège d'Interpol, a annoncé vendredi l'ouverture de l'enquête pour disparition, des sources policières précisant quant à elles que Meng Hongwei n'avait donné aucun signe de vie depuis son départ fin septembre.


SON ÉPOUSE SOUS PROTECTION POLICIÈRE

Son épouse a été entendue par la police judiciaire, ajoutent ces sources, confirmant les informations diffusées dans un premier temps par Europe 1.

C'est elle qui, faute de nouvelles depuis le 25 septembre, a alerté la police jeudi soir, dit-on au ministère de l'Intérieur. Elle a également fait état de menaces reçues par téléphone et par le biais des réseaux sociaux.

Elle a depuis été placée sous protection policière, précise-t-on de même source.

"Nous sommes au courant des informations de presse en lien avec la disparition présumée du président d'Interpol Meng Hongwei. C'est une question qui relève des autorités françaises et chinoises", a simplement réagi Interpol dans un communiqué, précisant qu'elle ne ferait aucun autre commentaire.

Meng Hongwei a été élu en novembre 2016 pour quatre ans à la tête d'Interpol, qui compte 192 pays, et permet notamment aux polices des Etats membres de partager des informations.

La nomination de cet ancien vice-ministre de la Sécurité publique en Chine et pilier du Parti communiste chinois avait été critiquée par les associations de défense des droits de l'homme en 2016.

Ces dernières années, plusieurs hauts responsables chinois ont disparu sans explication pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, avant que Pékin n'annonce qu'ils faisaient l'objet d'investigations, souvent dans le cadre d'affaires de corruption.

Sur le site internet du ministère chinois de la Sécurité publique, Meng apparaît avec le titre de vice-ministre, mais a perdu en avril dernier son siège au sein du Comité du Parti communiste, écrit le South China Morning Post.


(Yawen Chen et Michael Martine à Pékin, Catherine Lagrange à Lyon, Sudip Kar-Gupta et Elizabeth Pineau à Paris avec service France, Mark Hosenball à Londres, édité par Yves Clarisse et Henri-Pierre André)