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Oscars 2023 : une statuette pour Cate Blanchett ne ferait pas que des heureux

L’actrice Cate Blanchett, ici en 2014, avec son Oscar de la meilleure actrice pour son rôle dans « Blue Jasmine »  de Woody Allen.
L’actrice Cate Blanchett, ici en 2014, avec son Oscar de la meilleure actrice pour son rôle dans « Blue Jasmine » de Woody Allen.

OSCARS - Le résultat de dimanche soir pourrait être lourd de sens dans une certaine catégorie. Depuis quelques jours et à l’approche de la 95e cérémonie des Oscars, qui aura lieu dans la nuit du dimanche au lundi 13 mars, une publication de l’actrice Michelle Yeoh suscite de vifs débats outre-Atlantique.

L’actrice malaisienne, nommé au même titre que Cate Blanchett, Ana de Armas, Andrea Riseborough et Michelle Williams dans la catégorie meilleure actrice a-t-elle repartagé un article qui dénigre une concurrente, quelques heures avant la clôture des votes pour les Oscars ? Difficile à dire. Mais l’affaire qui pourrait s’apparenter à du simple lobbying de dernière minute est un peu plus complexe qu’il n’y paraît.

Un faux duel Blanchett/Yeoh

Tár et Everything Everywhere All at Once font partie des grands favoris cette année. Et leurs deux actrices principales aussi. Raison pour laquelle Michelle Yeoh a partagé un post devenu polémique sur son compte Instagram mardi 7 mars. Ce post reprend des captures d’écrans d’un article du magazine Vogue, intitulé : « Cela fait plus de deux décennies que nous n’avons pas eu de gagnante de la meilleure actrice non-blanche. Cela changera-t-il en 2023 ? ».

Dans cet article, son auteur fait donc la part belle à Michelle Yeoh -longtemps sous-estimée à Hollywood- et compare ainsi les répercussions que pourrait avoir une telle récompense pour elle, contrairement à une victoire de Cate Blanchett dimanche alors qu’elle a déjà été saluée à deux reprises pour ses performances dans Blue Jasmine et Aviator. « Un troisième (Oscar) confirmerait peut-être son statut de titan de l’industrie mais, compte tenu de son œuvre expansive et inégalée, avons-nous encore besoin d’une confirmation supplémentaire ? », s’interroge l’autrice.

À l’inverse, « pour Michelle Yeoh, un Oscar changerait sa vie : son nom serait à jamais précédé de l’expression ’lauréate d’un Oscar’ et cela devrait lui permettre d’obtenir des rôles plus importants, après une décennie de sous-utilisation ’criminelle’ à Hollywood », avance l’article publié le 6 mars. Mais en toile de fond, l’autrice relayée par Michelle Yeoh cherchait surtout à mettre en évidence le manque de diversité de cette récompense aux Oscars. Surtout que Michelle Yeoh deviendrait la première femme asiatique à remporter le prix de la meilleure actrice, en cas de triomphe dimanche.

Risque de disqualification

Mais le post a été rapidement supprimé par l’actrice. La raison ? Cette publication serait contraire à un règlement de l’Académie dédié à la « régulation concernant la promotion des films éligibles aux Oscars ». Dans la partie « Références à d’autres candidats », peut être sanctionné « toutes références négatives à un autre film ou candidat ». Ce que n’ont pas manqué de faire remarquer de nombreux internautes à Michelle Yeoh sous son post, avant sa suppression.

« Les pubs, le mailing, les sites web et les réseaux sociaux ou toute autre forme de communication publique par toute personne directement associée à un film éligible tentant de jeter un éclairage négatif ou désobligeant sur un film ou une réalisation concurrente ne sera pas tolérée », peut-on lire par la suite.

Bill Kramer, directeur général de l’Académie, invité à s’exprimer sur ce post ce jeudi 9 mars, n’a pas évoqué la moindre sanction contre la comédienne, se contentant d’un laconique : « Nous étions ravis qu’il ait été retiré ». Déjà confronté à un problème similaire cette saison, le patron des Oscars a toutefois annoncé dans cette interview pour Deadline que des changements étaient à venir pour éviter les abus autour de la promotion d’œuvres nommés. Évoquant alors le cas de l’actrice Andrea Riseborough, nommée elle aussi cette année dans la catégorie meilleure actrice pour To Leslie et passée pas loin d’une annulation de sa nomination.

Le 1er février, l’Académie avait en effet acté le maintien de l’actrice dans la course aux statuettes malgré une campagne promotionnelle parfois jugée déloyale et douteuse. Sans grosse campagne marketing de la part de la production de To Leslie et avec un box-office peu brillant, le doute s’était immiscé sur un potentiel lobbying abusif du film, soutenu sur les réseaux sociaux par d’influentes stars hollywoodiennes et avec quelques piques à l’encontre de Cate Blanchett notamment.

« Cesser la course de chevaux télévisée »

À Deadline, Bill Kramer a donc annoncé du changement. L’objectif étant de tendre vers une plus équitable promotion des films en compétition pour les Oscars sur les réseaux sociaux comme TikTok et Instagram, désormais cruciaux dans la campagne marketing de presque toute production hollywoodienne. « Nous allons réfléchir à la façon de créer un langage autour de cela, qui fait toute mention d’autres candidats, qui fait référence à la façon dont vous votez très clairement », assure encore Bill Kramer.

Une étrange situation de compétition induite au sein des Oscars et plus particulièrement cette année dans la catégorie féminine qui fait écho aux récents propos d’une certaine Cate Blanchett, qui évoquait justement la compétitivité malsaine au sein des prix hollywoodiens, qu’elle qu’en soit sa source. En recevant le trophée de la meilleure actrice de la Critics Choice Association, l’actrice avait lancé : « Qu’est-ce que c’est que cette pyramide patriarcale qui fait que quelqu’un se lève ici ? Pourquoi ne pas simplement dire qu’il existe de multiples performances féminines qui forment un concert et un dialogue les unes avec les autres et cesser la course de chevaux télévisée ? ».

« Chacune des femmes, qu’il s’agisse de télévision, d’un film (...), ou d’une publicité pour les tampons, vous accomplissez toutes un travail superbe qui est pour moi une source d’inspiration continuelle », avait-elle ajouté lors de cette cérémonie mi-janvier.

Nul doute que Cate Blanchett sera dimanche soir la première heureuse si Michelle Yeoh devient la première actrice asiatique récompensée aux Oscars pour un rôle de meilleure actrice. Au passage, Michelle Yeoh deviendrait la deuxième femme non-blanche à recevoir ce prix. Une première depuis Halle Berry pour À l’ombre de la haine en 2002. Signe que les lignes bougent encore doucement à Hollywood.

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