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Olivier Dacourt dans La Face Katché : “On m’appelait Schwarzkopf. En allemand, cela signifie tête noire”

Désormais réalisateur et consultant, Olivier Dacourt est un véritable touche-à-tout. Révélé à Strasbourg à l’adolescence, l’ex-footballeur a toujours eu le sport comme passion, une passion débordante et dévorante qui l’a toujours animé et qui lui a permis d’atteindre les sommets. Invité par Manu Katché dans son émission "La Face Katché", le quadragénaire est notamment revenu sur son enfance et sur son plus grand rêve, devenu réalité.

Légende de la batterie et juré emblématique de "Nouvelle Star", Manu Katché joue avec les plus grands (Sting, Peter Gabriel, Jonasz, Cabrel, Youssou N'dour, Souchon, etc.). Pour Yahoo, et en exclusivité dans la "Face Katché", il a voulu partir à la rencontre de personnalités issues de la diversité, célèbres ou anonymes. Leurs histoires, bouleversantes, inspirantes, leurs parcours de vie : ils se livrent au plus célèbre batteur de France.

"À Aulnay-sous-Bois, depuis qu’on est petit, on se bat, on n’a pas le choix"

À force de persévérance et de travail, Olivier Dacourt a fait de sa passion son métier. L’ex-footballeur, dont la carrière a de quoi en impressionner plus d’un, aurait pourtant pu abandonner ses projets dès son plus jeune âge. “Ce n’est pas un métier”, lui disait-on. “Les footballeurs ne sont bons qu’à taper dans un ballon et n’ont pas grand chose dans la tête”. Pour autant, Olivier n’écoute que lui. Il est déterminé à réaliser son rêve et part à l’âge de 13 ans en Sport-étude. “À l’époque, il fallait avoir 15 ans pour partir. Apparemment, je devais être doué et Strasbourg ne voulait pas me perdre. Donc ils m’ont pris deux ans en avance”.

Mais la solitude le pèse. C’est la première fois qu’il se retrouve seul. “Je voyais tout le monde rentrer chez eux et moi je restais à l’internat. Ça a été compliqué la première année”. En plus d’un sentiment d’isolement, Olivier se bat souvent. “À Aulnay-sous-Bois, depuis qu’on est petit, on se bat, on n’a pas le choix. Il y avait des rixes tout le temps. J’ai même vu des gens se faire planter”, explique-t-il tout en se remémorant quelques situations. “Souvent, les grands embêtaient les petits. Ils avaient peur et donc je prenais leur défense”. Sans grande surprise, le racisme fait également partie de son quotidien. “Quand je suis arrivé à Strasbourg, il n’y avait pas de black donc c’était compliqué. Je me rappelle, on m’appelait Schwarzkopf. En allemand, cela signifie tête noire” (Retrouvez l'intégralité de l'interview en fin d'article).

"Ici je ne suis pas chez moi. Là-bas, je ne suis pas chez moi. Où c’est chez moi ?"

Pour lui, il est difficile de trouver sa place. Ce Français d’origine guadeloupéen, né à Montreuil en Seine-Saint-Denis, est trop blanc pour là-bas et trop foncé pour la métropole. “Ici, je ne suis pas chez moi, là-bas, je ne suis pas chez moi, alors où c’est chez moi”, se questionne-t-il. Victime de discrimination, Olivier est souvent ciblé mais parvient à relativiser, à prendre du recul sur cette réalité. Dévoré par son amour du football, son ambition prend alors le dessus sur tout le reste. “Je ne sais pas si c’était de l’ignorance ou du racisme. Ils avaient parfois des mots racistes mais ne l’étaient pas dans leur comportement”.

À l’origine du documentaire “Je ne suis pas un singe”, Olivier Dacourt a tenté d’obtenir des réponses à ses questions. Pour cela, il est parti à la rencontre d’un supporter fasciste de Vérone, tatoué du visage de Mussolini, et lui a demandé pourquoi. “Je veux savoir pour quelles raisons ces gens-là n’aiment pas les personnes de couleur. Si tu veux savoir pourquoi ils ne t’aiment pas, tu dois leur poser la question”, rappelle-t-il.

"Quand on n'a rien, on rêve"

Malgré cette dure réalité qui perdure, Olivier ne garde de son enfance que de merveilleux souvenirs. “Il n’y avait pas de Playstation, on ne pensait à rien d’autre qu’à jouer au foot”, se remémore-t-il tout en expliquant n’avoir pas été bercé par l’argent ni par les réseaux sociaux. “À cet âge-là, on est insouciant, on ne pense pas au pire”. Grand rêveur, Olivier se rappelle avoir toujours voulu devenir footballeur professionnel. “Je ne pensais qu’à ça, je ne jouais qu’à ça, il n’y avait que cela dans mon esprit”.

Une passion, presque une obsession, qui ne cessera jamais de l’animer. Pour lui, le football est un sport qui parle à tous, quelque soit le sexe, la génération, la religion ou le degré de sportivité. Comme en témoignent les nombreuses images d’enfants jouant au football sur un terrain de fortune, le foot est un sport populaire. “On a juste à mettre une paire de chaussures et à faire des buts. On a besoin de rien d’autre”, explique-t-il, rappelant à tous la possibilité de construire un ballon avec seulement du scotch et du papier. Nul besoin également de parler la même langue pour tirer dans un ballon. “Imaginez-vous à l’étranger. Il y a souvent des gamins en train de faire du foot. On peut jouer, échanger, partager un moment sans même prononcer un mot”. Comme il le martèle, le sport en général, et notamment le football, enseigne les valeurs universelles comme la solidarité et la fraternité. C’est notamment pour cela qu’il a donné autant d’énergie, autant de temps à ce sport, devenu au fil des décennies l’opium du peuple.

Interrogé sur la manière dont il est parvenu à réaliser ses rêves, Olivier a tenu a rappelé l’importance de ne rien lâcher et d’oser. “Le sentiment d’échec, ça arrive. La question ce n’est pas de savoir comment vous allez tomber. C’est la manière dont vous allez vous relever”, conclut-il.

Retrouvez en intégralité l'interview d'Olivier Dacourt