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OL: une source d'inspiration, un parcours atypique..., comment Pierre Sage a grimpé les échelons

"Je ne savais pas qu’il fallait avoir été cheval pour devenir jockey." Cette formule, Gérard Houllier l’utilise souvent en "off" quand il s’agit de contrer, au cœur de la guerre feutrée qu’il se livre, entre 2005 et 2007 avec Bernard Lacombe, alors conseiller spécial du président Aulas à l’OL.

Avec en filigrane, cette question: un professeur d’anglais, simple joueur amateur peut-il mener une grande équipe sans l’expérience de joueur professionnel et international comme le fut le buteur de l’OL et des Girondins de Bordeaux ? Et encore, à l’époque, Gérard Houllier, disparu en décembre 2020 rappelle à dessein, qu’il possède un titre de champion de France avec le PSG. Et il n’oublie jamais de rappeler son exceptionnel cru avec Liverpool en 2001, où il garnit son palmarès de cinq trophées en une saison.

Le parcours de Pierre Sage

Imaginez donc, vingt ans après, l’arrivée de Pierre Sage, au CV symbole de la France d’en bas qui monte patiemment: gardien de but au CS Belley où il évoluera jusqu’en 2003 ; éducateur, toujours dans l’Ain à Oyonnax jusqu’en 2007, puis à Bourg Péronnas pendant cinq ans où il occupe de nombreuses fonctions jusqu’à adjoint.

Ensuite, le Français franchit la "frontière" vers la Savoie où il sauve en 2013 le SOC (devenu Chambéry Savoie Football) d’une descente en régional. Il passe en coup de vent à Annecy, avant de tenter de structurer Aix Football Club en 2015-2016. Puis, il grimpe d’un échelon avec une pige à Sedan en National, suivi d'un retour en Rhône-Alpes sur le plateau de la Duchère à Lyon, en 2018-2019, aux côtés de Karim Mokeddem, avant un premier passage à la formation de l’OL. Après, place à un crochet au Red Star en tant que n°2 d’Habib Beye. Et enfin, le poste de boss de la formation en juillet 2023, puis celui des professionnels, un semestre plus tard.

"Il n’a jamais hésité à changer de région, à s’éloigner de sa famille. Cela montre sa détermination"

Pierre Sage doit donc compenser pour, en quelque sorte, rattraper son "retard". Un qualificatif que réfute Hervé Yvars, aujourd’hui entraîneur de Chambéry Savoie Football en National 3, et proche de longue date. À tel point que l’actuel coach lyonnais est son tuteur pour ses diplômes: "J’ai un ami qui m’en parle, il y a plus de 18 ans", dit-il.

"Présent dans le même cursus de formation, il repère en lui qu'il a un temps d’avance. Tout jeune, il montre qu’il est fait pour ce métier avec cette soif d’apprendre. Ainsi, il a passé un diplôme dernièrement pour s’inspirer un peu du football espagnol du portugais. Il cherche constamment à améliorer, à apprendre." Le techncien résume: "C’est quelqu’un d’autodidacte, il apprend vite. Il a pu progresser vraiment d’année en année, ça fait peut-être 25 ans, 30 ans bientôt qu’il entraîne. Forcément, on ne voit que la finalité, mais il y a du travail derrière."

Un épais CV en termes d’expériences mais avec très peu "d’élite" à surligner ! Qu’importe d’ailleurs pour Cédric Rullier, son adjoint à Chambéry en 2013 et aujourd’hui à Rumilly: "Il n’a jamais hésité à changer de région, à s’éloigner de sa famille (installée dans le sud, NDLR). Cela montre sa détermination et sa persévérance. L’avion décolle. À lui maintenant de le laisser en l’air, et de continuer pour aller encore plus loin."

"Il a la possibilité de recadrer les joueurs sans s'énerver"

Tout petit déjà, Pierre Sage a 25 ans, cumule emploi jeune dans son club de Belley, éducateurs de jeunes à longueur de mercredi et de samedi. Sébastien Pomel, l’un de ses joueurs à Chambéry en 2013 raconte: "Ce n’est pas quelqu’un qui connaît le football dans les livres, il a un passé, avec les jeunes et les amateurs. Il a pu à mon avis "tester" des pratiques, dans un monde un peu moins "visible" médiatiquement parlant. D’une certaine manière, si cela rate, c’est moins impactant qu’en professionnel."

"Ça s’est bien construit à Chambéry cette année-là, où il a pu mettre en pratique la théorie", se souvient encore Sébastien Pomel, l’ex-joueur et actuel dirigeant de Chambéry, et notaire de profession. Cette année-là, post épopée du SOC en Coupe de France en 2011 (triple élimination de clubs de Ligue 1), le club de Savoie patauge à la dernière place de son championnat de CFA 2. Pierre Sage prend en main l’équipe en février et la sauve. "Me revient en mémoire cette sérénité en fait qu’il dégage. Même dans les moments difficiles, je ne me rappelle pas l’avoir entendu crier sur le banc de touche. Chose que l’on voit beaucoup en amateur. Il a, en une phrase, la possibilité de recadrer les joueurs sans s’énerver."

Toute ressemblance avec des faits existants dans la capitale régionale à 100 km plus à l’ouest n’est pas totalement fortuite. Quand il reprend l’OL en décembre, le club est dernier de Ligue 1, 100 jours plus tard, il est sauvé. "Quand il est arrivé, nous n’étions pas très bon tactiquement", avoue Sébastien Pomel. "Il a mis en place une méthode:  en premier, c’est "reprenez confiance", parce qu’aujourd’hui, si vous n’avez pas confiance de toute façon vous serez pas bon ; et ensuite, il met en place un schéma tactique à respecter. C’est une méthode "globale". Résultat, le week-end, nous étions meilleurs." Et Chambéry se sauva pour finir 7ème…

Plaisir, intensité et enseignement

En amateur, un laboratoire à l’ombre ? Cédric Rullier, son comparse dans le staff explique: "C’est un théoricien, qui sait l’adapter à la pratique. Et ça, ce n’est pas donné à tout le monde. Son point fort est là. Et les joueurs sont vraiment à l’écoute. Il arrive à mêler le triangle: "plaisir, intensité et enseignement". Il est bien au milieu de ce triangle."

Qu’il soit formé de joueurs professionnels ou amateurs, ce "triangle" fonctionne avec les mêmes leviers. Cédric Rullier abonde: "Le ressort psychologique, il fonctionne de la même façon "là-haut" (chez les pros NDLR) car cela reste des hommes, animés par le stress du ballon. Si vous arrivez à le mettre en place en amateur, il n'y a pas de raison que l’on n’arrive pas à le mettre en place en professionnel." Hervé Yvars, qui a conduit Chambéry en janvier dernier en 16es de finale de Coupe de France face à Toulouse résume: "Quand on a un principe de jeu, j’ai l’impression qu’on peut y arriver aussi là-haut. Après, oui, c’est pas du tout la même dimension: il n’y a pas autant de médias avec nous, pas autant d’enjeux financiers, mais un match reste un match, il faut gagner."

Question alors: est-ce le monde des entraîneurs professionnels qui régresse ou son pendant en amateur qui progresse ? Cédric Rullier a sa petite idée: "Je pense que les deux mondes se rapprochent de plus en plus, explique le technicien à la tête du GFA Rumilly, un autre récent héros de la Coupe de France "covidée" en 2021 avec un accès en demi-finale. Il y a 10-15 ans, les amateurs s’entraînent le soir, trois fois par semaine."

"Maintenant, même à notre niveau, nous avons un rythme qui ressemble aux professionnels. Les joueurs travaillent de moins en moins à côté, et se concentrent sur le foot. Donc, nous nous entraînons comme des professionnels: nous avons les mêmes ressources humaines, avec un staff médical, une salle d’activation, un préparateur physique, des analystes vidéos."

Hervé Yvars ajoute l’argument imparable et récent, en Rhône-Alpes: "Il y a des gens très compétents au niveau amateur", coupe l’entraîneur de Chambéry en N3. "D’ailleurs dans notre poule de championnat, quatre équipes sont arrivées en 32ème, puis trois en 16ème et une a fini en 8ème. Cela n’est pas anodin et cela prouve qu’il y a du bon travail qui se fait aussi à notre niveau."

Pierre Sage comme source d'inspiration ?

De là à inspirer les techniciens ?  Cédric Rullier fait claquer un "OUI" sans réfléchir: "Il est passé crescendo par pas mal de clubs, de "totalement" amateur à "semi pro ", puis après il arrive à l’OL. C’est inspirant forcément." Hervé Yvars ajoute: "Je sais que de nombreuses personnes du monde amateur sont aussi contentes. C’est un joli miroir de ce que l’on fait. Et peut-être que certains se disent qu’un jour, si on y travaille bien, peut-être qu’il y aura une opportunité. Mais ce sera rare quand même".

Un plafond de verre se casse ? Selon Hervé Yvars, il y a eu "longtemps une cassure avec les professionnels". "Mais je sens que cela se "réunit", un peu, l’un inspire l’autre. Pierre, il rentre pile au moment où on travaille ensemble d’ailleurs. On peut tendre vers un seul football alors qu’avant, je pense qu’il y avait vraiment une cassure entre les entre les deux." Mais n’allez pas évoquer une quelconque "revanche". Sebastien Pomel corrige: "J’y vois plutôt la récompense du monde amateur: aujourd’hui, à mon regard, il y a la place pour tout le monde "là-haut", et ceux qu’il mérite peuvent y arriver."

A l’instant T, de Rumilly à Chambéry, de Cédric Rullier à Hevré Yvars en passant par Sébastien Pomel, tous se rejoignent sur un terme: "Fierté". Sebastien Pomel, qui a eu la chance d’avoir un autre "débutant" (David Guion, du temps de l’épopée du SOC en 2011) comme coach a pu la découvrir et la mesurer récemment, quand il revient d’un match de l’OL au Groupama Stadium avec ses enfants: "On connaît l’entraîneur de Ligue 1 qui entraînait papa !", raconte-t-il. Effectivement, installé dans les tribunes, Sébastien Pomel a pu savourer: " Ca fait toujours plaisir", conclut Sébastien Pomel. "C’est une double fierté: de l’avoir côtoyé et d’avoir ce ressenti des gamins. Et oui, j’ai été entraîné par un coach aujourd’hui en Ligue 1."

De son côté, Pierre Sage est sur le point de réaliser un joli pied nez, puisqu'il est au bord d'offrir à l'OL, sa neuvième finale de Coupe de France dans son histoire. Il ferait ainsi mieux que les deux champions du monde, Laurent Blanc et Fabio Grosso qui l’ont précédé sur le banc de l’OL. Pour confirmer cela, les Gones devront battre Valenciennes ce mardi (à 20h45), lors de la demi-finale de la compétition.

Article original publié sur RMC Sport