Non, il n'y aura pas de "files d'attentes" particulières pour les victimes de viol au commissariat d'Orléans

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Image d'illustration commissariat - Jacques Demarthon - AFP
Image d'illustration commissariat - Jacques Demarthon - AFP

"Une signalétique différente et deux files d’attente distantes". Dans un tweet ce vendredi, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a annoncé la mise en place d'un nouveau système dans le commissariat d'Orléans (Loiret), afin de prendre en charge les victimes de viol, de violences conjugales ou intrafamiliales. Il s'agit du "Tableau d'accueil confidentialité" (TAC).

Le ministre évoque "une signalétique différente et deux files d’attente distantes: une avec un rond orange pour les personnes victimes de viol, de violences conjugales ou intrafamiliales, et une avec un rond bleu pour les victimes d’une autre infraction."

Cette déclaration a été vivement critiquée, les commentateurs de cette annonce pointant du doigt le fait qu'avec la mise en place en deux files d'attente, les victimes perdent un certain anonymat, et que leur motif de visite devienne visible par tous.

"Dans un commissariat bondé demander à des victimes de se mettre dans la file orange pour bien montrer qu'elles viennent pour un !! VIOL !! Mais vous vivez où? Les victimes se respectent", a par exemple répondu Sandrine Rousseau, candidate à la primaire écologiste pour la présidentielle.

Deux files d'attente?

Mais il semble que cette polémique vienne d'une mauvaise compréhension du système du TAC, qui n'inclut en réalité pas différentes files d'attente, malgré les mots employés par Gérald Darmanin. Cette information avait également été relayée par le journal La République du Centre, au sujet du commissariat d'Orléans, qui a dans la journée modifié son article.

Une photo du journal, retirée par la suite, montrait ce qui ressemblait à une file d'attente différenciée dans le commissariat, d'autant qu'elle était sous-titrée: "une file d'attente spéciale pour les victimes d’agression sexuelle ou violences conjugales au commissariat d'Orléans". Interrogé à ce sujet par Le Figaro, le Service d'information et de communication de la police nationale (Sicop) assure que le cliché "ne correspond pas à la réalité du dispositif".

"Contrairement à ce qui nous avait été indiqué au préalable, il ne s'agit pas de files d'attente dans les commissariats mais d'une indication à donner oralement par les victimes, à l'accueil", a rectifié le journal vendredi.

Contacté par BFMTV.com vendredi soir, le commissariat d'Orléans confirme ce mode opératoire oral, assurant que le but est bien d'offrir plus de discrétion aux victimes qui utiliseraient le code couleur orange. Un tableau expliquant le principe et le code couleur est exposé au commissariat, et les personnes à l'accueil devront en principe le rappeler, afin que le visiteur puisse avoir le choix dans sa façon de présenter les choses.

"Pouvoir exposer le motif de sa venue, en toute confidentialité"

Le TAC a été créé au commissariat du Mans (Sarthe) fin 2019, pour "préserver totalement la confidentialité des victimes de violences conjugales, intrafamiliales, ou d'agressions sexuelles", expliquait en octobre 2020 la Direction Interministérielle de la transformation publique. L'établissement a même reçu le prix "accueil et prise en charge de victimes" en septembre 2020 pour ce système, par Marlène Schiappa, ministre déléguée à la Citoyenneté.

"Avant, c'était compliqué pour une victime de violences conjugales ou de viol de venir au commissariat du Mans et de pouvoir exposer le motif de sa venue, en toute confidentialité", explique le capitaine de police Olivier Menchon, à l'origine du TAC. "Vu que le problème était de déclarer le motif de la venue" plusieurs fois à différents interlocuteurs, "peut-être le désigner (ainsi) était beaucoup plus simple pour ces victimes".

Ainsi au Mans déjà, une affiche expliquant le code couleur est placée devant le commissariat, et une fois dans l'établissement, les personnes doivent désigner à l'accueil, sur un papier, la couleur bleue ou orange. A priori, pas besoin dans cet établissement d'exprimer à haute voix de quelle couleur il s'agit.

Libération raconte que le TAC a été utilisé dans cet établissement pendant la pandémie de Covid: les requérants bleus étaient alors "invités à prendre rendez-vous via la plateforme de pré-plainte" et les oranges étaient "reçus en priorité dans les bureaux", explique le journal.

Ce système doit être progressivement généralisé aux différents commissariats de France.

Article original publié sur BFMTV.com

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