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NUPES ou pas, la gauche tente de se reconstruire sur l’immigration sans la direction de la France insoumise

De gauche à droite : Raquel Garrido (LFI), Cyrielle Chatelain (EELV), Elsa Faucillon (PCF), Olivier Faure (PS), Clementine Autain (LFI), Karim Bouamrane maire de Saint-Ouen, Yannick Jadot (EELV), Lea Filoche (Génération.s), Dominique Sopo et Corinne Narassiguin (PS) le 7 décembre 2023 à Saint-Ouen.
GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP De gauche à droite : Raquel Garrido (LFI), Cyrielle Chatelain (EELV), Elsa Faucillon (PCF), Olivier Faure (PS), Clementine Autain (LFI), Karim Bouamrane maire de Saint-Ouen, Yannick Jadot (EELV), Lea Filoche (Génération.s), Dominique Sopo et Corinne Narassiguin (PS) le 7 décembre 2023 à Saint-Ouen.

POLITIQUE - Une scène, des représentants des quatre partis de (feu) la Nupes et un objectif commun sur la dénonciation du projet de loi immigration. C’est une gauche unie qui s’est retrouvée en meeting à Saint-Ouen jeudi 7 décembre pour afficher son opposition au texte du gouvernement. Unie, mais pas tout à fait au complet : ni Jean-Luc Mélenchon ni aucun membre de la direction de la France insoumise n’y ont participé.

C’est la deuxième fois en une semaine que des représentants écologistes, communistes, socialistes et insoumis partagent une scène. Lundi 4, une « soirée de la fraternité » organisée par Génération.s avait déjà réuni le socialiste Boris Vallaud, la communiste Elsa Faucillon, l’écologiste Cyrielle Chatelain et l’insoumis Andy Kerbrat, chef de file LFI sur ce texte. « Que la Nupes soit morte ou pas morte, ce n’est pas la question, la question c’est : Est-ce que nous serons à la hauteur de nos valeurs ? Nous ne céderons rien, et oui nous resterons unis », avait affirmé Cyrielle Châtelain sous les applaudissements.

Rebelote à Saint-Ouen, devant 200 personnes et en présence de forces associatives et syndicales, du Premier secrétaire du PS Olivier Faure, du sénateur EELV Yannick Jadot et des ex-ministres socialistes Benoît Hamon et Najat Vallaud-Belkacem. Quid des insoumis ? Nulle trace du numéro un du mouvement Manuel Bompard, de la présidente du groupe à l’Assemblée Mathilde Panot et encore moins de Jean-Luc Mélenchon. En revanche, les députées Raquel Garrido et Clémentine Autain, en froid avec la direction, étaient bien présentes.

« Cause commune » et « serment de Saint-Ouen »

La participation des députées LFI a fait tiquer au sein du mouvement. « C’est quoi ce truc ? Le logo LFI sans que le mouvement n’ait été sollicité », a par exemple grincé Paul Vannier, député du Val-d’Oise et proche de Jean-Luc Mélenchon, voyant dans ce meeting « le retour de la Hollandie. »

Mais qu’importent les absents. Les présents ont appelé à mener la bataille culturelle au nom d’une « cause commune » : défendre une autre vision de l’immigration que celle renvoyée par le texte de Gérald Darmanin qui sera examiné à partir de lundi à l’Assemblée. « La gauche a trop longtemps évité le débat. Nous aurions dû accepter la confrontation quand Nicolas Sarkozy a mis sur la table le débat sur l’identité nationale », a jugé Olivier Faure.

Malgré quelques nuances, tous se retrouvent sur la volonté d’instaurer une véritable politique d’intégration et réclament une régularisation de tous les travailleurs sans-papiers. Régulariser uniquement dans les métiers en tension constitue « un socle minimal », mais « c’est loin d’être suffisant », estime Boris Vallaud, président du groupe PS à l’Assemblée. L’ensemble des partis de gauche devraient au final voter contre le texte, même si le leader communiste Fabien Roussel a laissé planer le doute sur une possible abstention, suscitant l’ire de LFI.

Pour garantir l’unité, Olivier Faure n’a donc pas hésité à appeler au « serment de Saint-Ouen ». « Jamais nous ne nous séparerons tant que nous n’aurons pas vaincu ces idées rances », a-t-il lancé, tout en saluant le leader de LFI « et les insoumis absents », comme dans une tentative de renouer les relations avec ses ex-partenaires de la Nupes.

Rassembler « sans exclure »

Avec le conflit au Proche-Orient, l’acte de décès de la Nupes a été prononcé, avec plus ou moins de clarté par plusieurs cadres de la gauche dont Jean-Luc Mélenchon lui-même. Malgré tout, chacun continue à afficher son désir d’union dans la perspective de 2027. « C’est vrai qu’une certaine idée du rassemblement a vécu », a concédé Olivier Faure, « mais l’envie de faire ensemble demeure, sans caporalisation, sans mise au pas, égalitaire et fraternelle ».

Il semble en tout cas dessiner les contours d’une nouvelle alliance entre « la gauche et les écologistes » que certains responsables de gauche appellent de leurs vœux, refusant la conflictualisation permanente du leader insoumis. « Ma hantise, c’est de voir réapparaître le spectre des deux gauches irréconciliable, car ce serait donner les clés du pays au diable », à savoir l’extrême droite. « Quand on veut rassembler, on ne commence pas par exclure », a mis en garde Clémentine Autain.

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