"Ce n'est pas un sujet chaud": Éric Dupond-Moretti reporte "son plan d'action" pour la justice

"Ce n'est pas un sujet chaud": Éric Dupond-Moretti reporte "son plan d'action" pour la justice
Eric Dupond-Moretti à l'Assemblée nationale le 24 novembre 2022 - Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP
Eric Dupond-Moretti à l'Assemblée nationale le 24 novembre 2022 - Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP

Un report qui étonne. Éric Dupond-Moretti devait annoncer ce mercredi en grande pompe un très attendu "plan d'action" issu des États généraux de la justice. De quoi y voir d'éventuels arbitrages que le garde des Sceaux n'aurait pas remporté auprès de Matignon et de l'Élysée. Son entourage dément.

"Les arbitrages sont calés. On reporte juste d’un mois. Il y a d’autres sujets en ce moment, on aura une meilleure lisibilité", avance son cabinet auprès de BFMTV.

Un contexte politique inflammable

Ce retard semble surprenant alors que les conclusions de cette grande consultation lancée l'an dernier par le président et révélée en juillet dernier pointe du doigt "le délabrement avancé de la justice".

Le tableau s'est encore obscurci ces dernières semaines avec le record du nombre de détenus atteints en France le 1er novembre dernier (72.809) et un taux de surpopulation carcérale au plus haut (120%).

"Un report purement technique"

De quoi laisser imaginer que, face à l'urgence de la situation, le report pourrait bien être dû au contexte politique. L'exécutif doit faire face depuis plusieurs jours à plusieurs affaires judiciaires.

Déjà mis en examen en septembre dernier pour "prise illégale d'intérêt", Alexis Kohler, le secrétaire général de l'Élysée, est désormais soupçonné d'avoir participé à des décisions relatives à l'armateur MSC qui est lié à sa famille. La ministre des Collectivités territoriales, Caroline Cayeux a quant à elle a annoncé sa démission lundi dernier du gouvernement, suspectée d'avoir sous-évalué sa déclaration de patrimoine. Le gendarme de la transparence a saisi la justice.

"Tout le monde fantasme... Ce report est purement technique", assure pourtant l'entourage du ministre.

En guise d'explication de ce retard à l'allumage, la place Vendôme avance la multiplication des dossiers chauds sur lesquels planche le gouvernement, ne laissant finalement que peu de place à "son plan d'action". Et de citer l'inflation au plus haut, le débat sur l'immigration le 6 décembre prochain à l'Assemblée nationale qui sera traduit dans un texte et la réforme sur les retraites au début de l'année.

Priorité aux retraites

Autant dire que dans un calendrier politique très chargé, "les États généraux de la justice peuvent bien attendre", traduit un ministre.

"Ce n'est pas un sujet chaud. Décaler était plus cohérent pour donner de la visibilité", répond encore Matignon.

Le gouvernement a également eu à cœur de ne pas ouvrir un nouveau front syndical des magistrats à l'approche de la réforme des retraites et une semaine après une journée de grève nationale des professionnels de la justice.

"Pas en première ligne"

Les ministres sont par ailleurs tous appelés à mouiller la chemise pour convaincre sur les retraites. Il y a urgence: 48% des Français se disent "tout à fait défavorables" au report de l'âge légal de départ à la retraite à 65 ans d'après un sondage YouGov.

Certains voient également dans ce report du grand plan d'action pour relancer la justice un signe que l'aura d'Éric Dupond-Moretti faiblit au gouvernement. L'ancien avocat n'est guère favorable à la réforme de la politique migratoire portée par Gérald Darmanin et Olivier Dussopt.

Un ministre le reconnaît d'ailleurs à mi-mot: "depuis la rentrée, il n'est pas en première ligne. Ses dossiers ne sont pas prioritaires, il a du mal à imposer son agenda. C’est d’autant plus frustrant pour lui qu’il n’a aucun enthousiasme vis-à-vis de la loi immigration".

Des annonces prévues le 5 janvier prochain

"Que les retraites écrasent tout, passe encore, mais l’immigration...", s'agace encore ce membre du gouvernement.

L'entourage du garde des Sceaux tente de faire contre mauvaise fortune bon cœur, assurant que les annonces auront lieu lors d'une conférence de presse à la Chancellerie le 5 janvier prochain. Pile au moment où le projet de loi immigration pourrait arriver dans l'hémicycle. De quoi les faire passer sous les radars

Article original publié sur BFMTV.com