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"Ce n'est pas acceptable": des proviseurs expriment leur "ras-le-bol" après des menaces de mort à Paris

C'est "l'expression d'un ras-le-bol", pour la proviseure Carole Zerbib. Environ 150 chefs d'établissements parisiens se sont rassemblés ce lundi 5 mars devant la Sorbonne à Paris en soutien au proviseur du lycée Maurice-Ravel, menacé de mort sur les réseaux sociaux après avoir demandé à une élève de retirer son voile.

"Il n'est pas admissible que dans l'exercice de nos fonctions, nous soyons menacés aussi violemment", a déploré ce mardi 5 mars sur RMC et BFMTV Carole Zerbib, membre du principal syndicat de chefs d'établissement, le SNPDEN-Unsa.

"Notre rôle c'est de rappeler la loi"

Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour "cyberharcèlement à la suite de menaces de mort sur Internet" visant le proviseur du lycée Maurice-Ravel, dans le 20e arrondissement de Paris. Celui-ci avait eu une altercation mercredi avec une élève scolarisée en BTS après lui avoir rappelé l'obligation de retirer son voile dans l'enceinte de l'établissement. Il avait ensuite reçu des menaces en ligne.

"Notre rôle, c'est de rappeler la loi", a souligné mardi Carole Zerbib. "On ne peut pas, à chaque fois qu'on fait un rappel à la règle, être menacés de la sorte".

Le proviseur de Maurice-Ravel a notamment été ciblé après des accusations de violences physiques sur l'élève. Selon un rapport de l'Académie de Paris, il a pris l'élève par l'épaule et lui a attrapé le bras. Elle a porté plainte pour "violences n'ayant pas entraîné d'incapacité de travail", d'après le parquet de Paris.

Un phénomène en hausse?

Devant la Sorbonne lundi, Karile Richard, proviseure du lycée Turgot à Paris, a estimé que les menaces sur les personnels d'établissements scolaires sont plus fréquentes aujourd'hui. "Avant, nous n'avions pas de menaces de mort, et c'est le cas aujourd'hui et ce n'est pas acceptable", a-t-elle déclaré à BFMTV.

La semaine dernière encore, Meya Akkari, proviseure du lycée Verlomme, a expliqué avoir été victime de menaces. "À l'issue d'un conseil de discipline, un parent d'élève m'a menacé de me retrouver dans mon quartier d'habitation et me traite de divers noms devant les élèves en sortant du lycée", a-t-elle témoigné.

La mort de Samuel Paty, enseignant tué en 2020 après avoir été menacé sur les réseaux sociaux, reste aussi dans tous les esprits. "Il peut y avoir quelque part, quelqu'un qui se dit qu'il peut passer à l'acte", s'inquiète aussi Meya Akkari.

Des enjeux "de plus en plus importants pour les familles"

En 2014 déjà, une note d'information de la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance rapportait que chaque année, en moyenne 12% des personnels de l’Éducation nationale (professeurs des écoles, enseignants, conseillers et assistants d’éducation, chefs d’établissement) déclaraient faire l’objet de menaces ou d’insultes dans l’exercice de leur métier. Une proportion "près de deux fois plus élevée que dans l’ensemble des autres professions", selon le service statistique public de l'éducation.

Didier Georges, élu national du SNPDEN, dit constater une augmentation de ces violences qu'il lie au fait que "les enjeux sont de plus en plus importants pour les familles". "Les familles accordent énormément d'importance aux résultats et à la scolarité de leurs enfants", explique le proviseur du lycée parisien Jean Drouant. "Quand un professeur met une mauvaise note aujourd'hui, comme ça compte pour le bac, c'est contesté. Quand on met l'élève en procédure disciplinaire, c'est contesté", illustre-t-il sur BFMTV ce mardi.

Un besoin de "confiance"

Comment les établissements peuvent-ils répondre à ce phénomène? "On pourrait expliquer aux familles qu'elles ont outrepassé leurs droits et qu'elles n'ont pas eu un comportement admissible, comme on fait avec les élèves", suggère Carole Zerbib.

"Ce que j'aimerais dire aux familles aussi, c'est qu'il faut aussi qu'ils nous fassent confiance. Nous sommes des spécialistes de l'éducation", ajoute-t-elle.

"Une sanction qui n'est pas comprise peut donner lieu à ces réactions de violence. Je crois qu'il faut qu'on continue ce dialogue permanent, même s'il est difficile", développe la proviseure adjointe du lycée Vauquelin à Paris.

Article original publié sur BFMTV.com