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Naturalisée monégasque, Lisa Pou peut offrir sa première médaille olympique à la Principauté aux JO de Paris 2024

Six secondes. Voilà ce qui sépare la Monégasque Lisa Pou, neuvième, de la Néerlandaise Sharon Van Rouwendaal, sacrée championne du monde du 10km le 3 février dernier. Un écart infime après quasiment deux heures d’effort. Pour autant, la frustration n’a pas eu sa place après cette performance synonyme de rendez-vous pris dans la Seine en août prochain. Quarante ans après son père, Michel Pou, Lisa va découvrir, elle aussi, les joies des Jeux olympiques.

"Un accomplissement après beaucoup de travail et de résilience"

L’appétit vient en mangeant. Pour Lisa, pâtissière à ses heures perdues, il en est de même en compétition. Elle le reconnaît, elle songe de temps en temps à arrêter et sa motivation à s'entraîner est à géométrie variable. Notamment quand les séances représentent des dizaines de kilomètres de nage durant quatre voire six heures par jour. Alors quand ces efforts sont récompensés de la sorte, “ça soulage", admet-elle tout sourire. "La préparation n'a pas été idéale. Je ne me sentais pas très bien dans l’eau, je n'avais pas de bonnes sensations. Donc c'est un accomplissement après beaucoup de travail et de résilience."

Un championnat du monde jugé comme "extrêmement stressant" par Michel, à la fois père et entraîneur de Lisa: "C’était complexe notamment en raison de la préparation. Les athlètes de l'hémisphère nord avaient un petit désavantage par rapport à ceux du sud qui terminent leur préparation en février quand nous on est en plein dedans." De quoi donner à cette neuvième place mondiale une saveur particulière.

"Je me suis dit: 'Imagine si tu te qualifies aux Jeux...' J'ai eu la larme!"

Si Lisa Pou ne réalise pas encore complètement qu’elle prendra part au plus grand événement sportif au monde, elle l’avait dans un coin de sa tête à Doha: "Pendant la course, je ne sais pas pourquoi mais à un moment donné j'ai ressenti beaucoup d'émotion. Ça a duré peut-être dix secondes. Je me suis dit: 'Imagine si tu te qualifies aux Jeux...' J'ai eu la larme à ce moment-là, pas après. J’ai besoin d'extérioriser mes émotions mais ce n’est pas encore sorti.”

Si elle reconnait manquer cruellement de confiance en elle, pour son père cette qualification est un cap de franchi: "Ça n'a rien de facile de finir dans les meilleurs mondiaux sur une course couperet comme ça. C’était très complexe émotionnellement. Il a fallu rester extrêmement zen dans l'approche et pendant la course…" Une nouvelle étape franchie, quelques mois après une autre très importante dans sa vie.

Naturalisée monégasque en 2023, Lisa Pou a aussi représenté la France en compétition

Membre du relais français médaillé de bronze en 2018 aux championnats d’Europe de Glasgow (Écosse), Lisa Pou est Monégasque depuis octobre 2023. Un choix qu’elle assume: "Ça faisait un moment que de nombreuses personnes de la Principauté me soutenaient. Il y avait une chance de me qualifier aux Jeux, même infime, et c'était une façon de les remercier. C'est un drapeau mais aussi des personnes derrière moi qui me soutiennent depuis pas mal d'années." La licenciée de l’AS Monaco natation depuis 2012 peut ainsi rêver d’obtenir la première médaille olympique de l’histoire de la Principauté. Julien Médecin a certes obtenu le bronze en architecture en 1924, mais ces médailles d’art ne sont pas incluses dans le décompte officiel des JO…

Nager dans la Seine? "Ça ne me fait pas peur!"

Appelé "Michel" à l'entraînement et "papa" à la maison, son père a déjà goûté à la fièvre olympique à Los Angeles en 1984 et Séoul en 1988: "Il faut qu’elle s'approprie cette fête pour avoir le plaisir d'y être et d’y participer… Mais aussi ne pas se détourner et courir pour elle-même."

Huitième puis septième du relais 4x200 mètres nage libre, il espère voir sa fille briller dans une Seine qui peut paraître peu reluisante pour certains, mais pas pour Lisa: "Ça ne me fait pas peur. En général, on prend des probiotiques pour diminuer les chances de problème gastrique. En eau libre on a tendance à nager dans des plans d’eau qui sont vraiment très limites." Loin d'être méfiante, elle se réjouit même d’y concourir: "Je suis excitée de nager dans la Seine, pour notre discipline c’est très important. Forcément là on en parle par rapport à la qualité de la Seine, mais en général l’eau libre, on n'en parle pas. Je vois donc plus ça comme une chance.” Une chance pour la discipline et la concernant, une chance de médaille pour la Principauté.

Article original publié sur RMC Sport