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Une "nation épuisée" ? Le Royaume-Uni est confronté à des niveaux élevés de stress au travail

Une "nation épuisée" ? Le Royaume-Uni est confronté à des niveaux élevés de stress au travail

En essayant d'obtenir un diplôme en psychologie tout en s'occupant de ses deux enfants, Rose, 29 ans, s'est sentie dépassée. C'est à ce moment-là qu'elle s'est rendue compte qu'elle était en train de faire un burn-out.

"J'étais souvent débordée. J'ai dû demander plusieurs prolongations pour mon travail universitaire. Au fil du temps, cela m'a épuisé et m'a conduite au burn-out. Je me sentais débordée et abattue au quotidien", déclare-t-elle.

"Pire encore, l'épuisement a affecté ma motivation, ce qui signifie que j'ai du mal à fonctionner et à accomplir mes tâches quotidiennes, ce qui me fait prendre encore plus de retard", ajoute-t-elle.

La Britannique explique que son état d'esprit a modifié sa relation avec ses enfants, au point qu'elle a l'impression de ne plus pouvoir être la mère attentionnée qu'ils attendent d'elle.

Selon le dernier rapport de Mental Health UK, plus de 90 % des adultes au Royaume-Uni ont subi "des niveaux élevés ou extrêmes de pression ou de stress à un moment donné au cours de l'année écoulée".

Le nombre de travailleurs contraints de s'absenter du travail pour préserver leur santé mentale est "inquiétant". Selon l'organisation caritative, un travailleur britannique sur cinq a dû prendre un congé en raison de la pression ou du stress qu'il subit.

"En résumé, cette évaluation du bien-être de la nation suggère que le Royaume-Uni est en train de devenir une nation épuisée, un nombre inquiétant de personnes prenant des congés en raison de troubles de la santé mentale causés par le stress", déclare Brian Dow, directeur général de Mental Health UK.

Les chiffres du rapport montrent de plus en plus clairement que le Royaume-Uni est confronté à des niveaux élevés d'absentéisme au travail et aux coûts associés pour les individus, les employeurs et le contribuable.

L'organisation caritative estime qu'il faut s'attaquer à ce problème et demande au gouvernement britannique de le reconnaître, de s'efforcer de créer des lieux de travail sains et de soutenir les personnes qui luttent contre le stress et les problèmes de santé mentale.

L'enquête suggère que les lieux de travail sont peut-être mal préparés à soutenir les employés qui subissent des niveaux élevés de stress.
L'enquête suggère que les lieux de travail sont peut-être mal préparés à soutenir les employés qui subissent des niveaux élevés de stress. - Canva

L'épuisement au travail nuit à notre bien-être

Le rapport de Mental Health UK se fonde sur les chiffres d'une enquête YouGov menée auprès de 2 060 adultes, dont 1 132 travailleurs. Les résultats montrent que les lieux de travail peuvent être mal préparés à soutenir les employés qui subissent des niveaux élevés de stress.

Près de la moitié des travailleurs interrogés ont déclaré que leur employeur n'avait pas mis en place de mesures pour identifier les signes de stress chronique et prévenir le burn-out chez les employés.

"L'expérience du burn-out m'a vraiment montré à quel point il peut nuire à notre bien-être et pourquoi les employeurs doivent donner la priorité à des mesures concrètes pour le prévenir", déclare Deidre Bowen, directrice des programmes nationaux de Mental Health UK.

Pour elle, le travail était au centre de sa vie et le burn-out l'a prise par surprise. Dans son ancienne entreprise, elle devait assurer plusieurs rôles et avait l'impression de travailler 24 heures sur 24, tout en faisant face à l'incertitude causée par la pandémie.

"Physiquement, j'étais épuisée, constamment nerveuse et j'avais des maux de tête. Je m'endormais rapidement, mais je me réveillais la nuit avec des pensées qui m'accaparaient. J'avais du mal à me concentrer et j'étais souvent distraite", ajoute Deidre Bowen.

"Je vivais dans un état d'accablement, les limites entre le travail et la vie en dehors du travail devenant de plus en plus floues", précise-t-elle.

Lorsqu'elle a finalement réalisé qu'elle souffrait de burn-out, elle a décidé de prendre trois semaines de congé et de suivre une thérapie, mais il lui a fallu plus de temps que prévu pour s'en remettre. Elle explique qu'elle a dû changer sa façon d'aborder le travail.

"Maintenant, je montre ouvertement ma vulnérabilité, ce n'est pas une faiblesse", explique-t-elle.

L'enquête a également révélé qu'en raison de la hausse des prix, près de 38 % des travailleurs ont été stressés parce qu'ils ont dû assumer un surcroît de travail en raison de la crise du coût de la vie.

Cependant, même si les niveaux élevés de stress semblent être la norme, un adulte sur quatre (24 %) se sent incapable de faire face au stress dans sa vie.

"Il n'y aura jamais de solution simple et universelle, mais si nous ne parvenons pas à comprendre et à relever les défis auxquels nous sommes confrontés, notre santé et notre réussite à long terme en tant que nation seront menacées", conclut Brian Dow.

Une situation également préoccupante en France

Tous les pays européens sont concernés par le problème du stress au travail, et la France ne fait pas exception. Selon un rapport publié par Psychodon et Opinionway en septembre 2023, portant sur 1002 salariés français, 40 % d'entre eux disent être "dans un état d'esprit négatif" en commençant leur journée de travail, et 81 % "ressentent une fatigue mentale due aux exigences et aux pressions de leur travail".

Si l'épidémie de COVID-19 a eu de nombreux effets négatifs sur la santé mentale de la population, 91 % des salariés interrogés considèrent en revanche que le développement du télétravail est bénéfique pour leur santé mentale.

Un employé sur 6 déclare être suivi par un psychologue, et le pourcentage des entreprises proposant des outils internes pour le bien-être de leurs salariés (psychologue d'entreprise, formations à la santé mentale...) a augmenté de 6 % par rapport à l'année dernière, pour s'établir à 36 %.

Par ailleurs, une étude menée par Santé publique France révèle une nette dégradation de la santé mentale chez les adolescents (11-17 ans) et les jeunes adultes (18-24 ans). Ces derniers étaient 20,8 % à se dire concernés par la dépression en 2021, contre 11,7 % en 2017, tandis que l'étude mentionne une augmentation inquiétante des pensées suicidaires chez les adolescents.