"On n'a plus vraiment notre mot à dire": après le retour d'Adrien Quatennens, malaise à La France insoumise

Adrien Quatennens le 11 janvier 2023 à l'Assemblée nationale  - JULIEN DE ROSA / AFP
Adrien Quatennens le 11 janvier 2023 à l'Assemblée nationale - JULIEN DE ROSA / AFP

De la discrétion. Depuis le retour ce mercredi d'Adrien Quatennens à l'Assemblée nationale, La France insoumise qui l'a exclu de son groupe jusqu'au 13 avril prochain, fait profil bas sur le sujet. Seuls deux députés l'ont accompagné à sa sortie du Palais-Bourbon.

Mathilde Panot, la patronne du groupe a fait passer le message à ses troupes.

"Surtout, si on vous interroge, merci de ne pas ouvrir le feuilleton (…). Si on pouvait éviter les avis personnels de chacun, alors que la bataille des retraites commence, ça serait bien", a expliqué l'élue du Val-de-Marne sur la boucle Telegram des députés d'après des informations du Monde.

"On n'a plus vraiment notre mot à dire"

Il faut dire que sa présence au Parlement tombe au plus mal pour le mouvement, le lendemain de l'annonce de la réforme des retraites par Élisabeth Borne, largement rejetée par le mouvement de Jean-Luc Mélenchon.

"Ce serait une erreur" de revenir aujourd'hui à l'Assemblée nationale au regard du "moment médiatique" lié aux retraites avait ainsi avancé Alexis Corbière la veille de son retour sur LCI.

"On a fait le nécessaire pour l'exclure. Le reste, après, n'est plus vraiment de notre ressort et on n'a plus vraiment notre mot à dire. On l'a bien vu ce mercredi", répond encore, lapidaire, un poids lourd du mouvement auprès de BFMTV.com

"S'il ne revenait pas, on l'accuserait de ne pas faire son travail"

À sa sortie de la commission des affaires étrangères - le nouvel organe intégré par le député désormais non-inscrit et qui a dû quitter la commission des affaires sociales -, Adrien Quatennens, qui a dit "appliquer et respecter la décision prise par son groupe politique", était entouré de deux insoumis, notamment Carlos Martens Bilongo.

L'élu du Val-d'Oise qui avait organisé en septembre un meeting dans sa circonscription avec Adrien Quatennens - avant de l'annuler une fois que ce dernier avait reconnu avoir giflé son épouse - s'est dit "pas disponible" pour répondre à nos questions.

"S'il ne revenait pas, on l'accuserait de ne pas faire son travail. Et en revenant, on lui reproche de travailler", nous explique de son côté le député LFI Arnaud Le Gall, également présent aux côtés d'Adrien Quatennens à sa sortie de la commission des Affaires étrangères.

"Il a tenu des propos qui nous interrogent tous collectivement"

Avant d'ajouter: "je respecte sa décision et il respecte la décision de son groupe. Il exerce sa liberté constitutionnelle de député".

Si le choix d'Adrien Quatennens n'est pas une surprise - l'élu du Nord avait annoncé sur notre antenne qu'il reviendrait "probablement en janvier"-, elle fait grincer des dents.

"Notre problème, c'est qu'on avait pris la décision de l'exclure temporairement une fois qu'on avait eu connaissance de sa condamnation. Mais depuis, il a tenu des propos qui nous interrogent tous individuellement et collectivement avec les choix que nous avons fait", décrypte une députée insoumise.

"Repenser" la décision de son exclusion

Ses prises de parole, dans la foulée de sa condamnation, ont jeté le trouble dans son propre camp. L'ancienne tête d'affiche de LFI s'était d'abord dite victime d'un "lynchage médiatique" à La Voix du Nord.

Sur BFMTV, Adrien Quatennens avait ensuite évoqué une relation amoureuse qui n'était "pas violente" mais "difficile depuis environ deux ans". Le député était également revenu sur le jour où il avait giflé son épouse, parlant d'"une dispute sérieuse avec des menaces réciproques".

Plusieurs têtes de proue du mouvement s'étaient alors désolidarisées de ses propos de Manon Aubry à Clémentine Autain en passant par Sarah Legrain qui dirige la cellulle de lutte contre les violences sexuelles et sexistes du mouvement. Plusieurs évoquent désormais en interne la nécessité de "repenser" la décision prise avant les interviews d'Adrien Quatennens, une hypothèse qui semble peu probable.

"Se faire discret tout en étant bosseur"

Mais le texte signé par plus de 1000 militants de LFI ou de la Nupes appelant à "l'exclusion d'Adrien Quatennens", le lendemain de Noël, a refroidi même ceux qui le soutenaient toujours en interne.

"Il n'y a personne de connu qui l'a signé. Mais à un moment, on se dit qu'on est peut-être aller au bout de ce que nous, nous pouvions faire pour à la fois le sanctionner et lui permettre d'être réhabilité politiquement", reconnaît un cadre du mouvement.

Pour tourner la page, Adrien Quatennens devrait se consacrer dans les prochaines semaines au fond des dossiers.

"Son objectif maintenant pour tourner la page, c'est de se faire discret tout en étant bosseur, peut-être d'écrire un livre pour raconter ce qu'il a vécu", décrypte un collaborateur parlementaire.

Des soutiens locaux

Si plusieurs de ses proches comme Ugo Bernalicis, son voisin de circonscription dont Adrien Quatennens disait de lui en 2018 qu'il était "son alter ego en politique", gardent le silence, il faut désormais se tourner vers son territoire lillois pour trouver des soutiens francs.

Parmi ceux-ci, on compte Patrick Proisy, le maire LFI de Faches-Thumesnil, l'une des communes dans la circonscription du député, qui était présent à sa sortie du tribunal de Lille en décembre dernier ou encore sa suppléante aux législatives en 2017 Agnès Pinson. Elle a assuré ce jeudi auprès de La Voix du Nord qu'Adrien Quatennens "n’est pas l’homme violent qu’on présente".

Sur les bancs de la majorité présidentielle à qui n'a pas échappé la gêne des insoumis, une proposition de loi pour rendre inéligible les députés dans le cas de certaines violences sera examiné à l'Assemblée probablement en mars.

Article original publié sur BFMTV.com