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"Il n'a pas de palier de stagnation": Alain Bernard et Fabien Gilot charmés par le phénomène Léon Marchand

À Indianapolis (États-Unis), Léon Marchand ne déroge pas à son quotidien: battre des records. Depuis le début des championnats universitaires, où il représente son université d'Arizona, Marchand (21 ans) en a déjà décroché deux. Celui des NCAA du 200 yards nage libre lors du relais 4x200 ce mercredi et celui du 500 yards en améliorant sa propre marque de près de 4 secondes (3''81). RMC Sport a sollicité Alain Bernard et Fabien Gilot, deux champions olympiques, pour avoir leur regard sur le prodige français.

Alain Bernard (champion olympique du 100m nage libre en 2008 et du 4x100m nage libre en 2012):

"Il n'arrête pas de nous surprendre même si on le sait très assidu. Il le dit lui même, il a assez peu d'occasions dans une saison de briller. Les NCAA est une compétition phare aux États-Unis. Certains nageurs américains y accordent plus d'importance que les JO. J'ai du mal à juger ses performances, même si c'est un record. C'est un bassin en yards, auquel on est assez peu coutumier. Mais quand on voit les temps qu'il fait et la manière, avec un maximum de distance de coulées autorisées. Cela nécessite énormément de souffle. On a beau avoir des conditions athlétiques subaquatiques, c'est à dire d'être très efficace sur les coulées, il faut aussi le souffle. Sur ça, il nous épate.

La comparaison avec Phelps va lui courir après. Heureusement ou malheureusement. Il est en train de se faire un nom. Mais il fait son bout de chemin. Il exploite au maximum ses points forts de nage en petit bassin avec beaucoup de coulées répétées. Techniquement, il est aussi très bien placé. Il a fait des supers temps en crawl, en nage libre. On attend de voir les courses en quatre nages, en papillion et en brasse. Il a un programme, peut-être pas autant que Michael Phelps fut un temps."

Bernard: "On ne connaît pas ses limites"

Le double champion olympique poursuit: "Il est en constante progression, il n'a pas de palier de stagnation. C'est vraiment rassurant en cette saison olympique. Niveau préparation, son staff et lui savent très bien ce qu'ils font je pense. Il y a une échéance à ne pas louper: les championnats de France à Chartres fin juin. Il faut qu'il soit dans les deux premiers des finales concernées pour se qualifier aux Jeux.

Il a encore une marge de progression. On ne connaît pas ses limites, c'est ça qui est excitant. C'est une immense fierté aussi, qu'il soit un nageur tricolore, pur produit du Sud-Ouest et qui a appris à nager à Toulouse."

Fabien Gilot (champion olympique du 4x100m nage libre en 2012 et triple champion d'Europe en grand bassin):

"Il reste dans la lignée de ses 24 derniers mois. Il n'y a entre guillemets plus rien de surprenant chez Léon. Nager sur le yard va lui amener de la vélocité sur le 400m 4 nages en grand bain, en 200m 4 nages voire même en 200m papillon. Je le trouve assez surprenant sur sa faculté technique dans sa qualité dans les virages. Je sens qu'il s'amuse. Il est vraiment dans une natation performance, découverte et recherche. Léon est plutôt sur le 4 nages, après s'il y a un programme favorable aux Jeux... Il vient de le prouver avec le 500 yard, il sera rapidement performant sur le 400m crawl. Paris 2024 va être intéressant, mais dans quatre ans il est encore capable de faire quelque chose d'autre.

À Paris, je pense qu'il va jouer sa carte sur le 200m, 200m papillion et le 400m 4 nages. À la grande époque de Phelps, sur les 8 médailles, il y avait trois relais. Léon est en train d'écrire la même qualité de palmarés que l'Américain. Ce qui lui manque, ce sont les relais. Mais ce n'est pas impossible sur certaines distances.

En NCAA, certes il y a beaucoup d'enjeux, mais l'approche de la haute performance est différente. Je pense que c'est une très bonne chose qu'il s'entraîne aux États-Unis, il bosse avec le préparateur mental que l'on avait à l'époque au Cercle des nageurs de Marseille. S'entraîner en France aurait été une très grosse erreur. Je ne parle pas de la qualité des entraîneurs français mais là-bas, c'est un sportif parmi tant d'autres. Son plaisir passe par le fait de s'essayer sur de nouvelles courses.

Il est dans la partie la plus épanouissante de sa carrière car il progresse constamment. J'aime voir son sourire, je vois le plaisir qu'il prend. Il est concentré mais sans être en mission commando. Il est dans une dimension de kiff.

Léon est un gamin qui a besoin de s'éclater en dehors des bassins. Le mettre uniquement dans les bassins est une erreur. Cet équilibre avec les études qu'il a trouvé aux États-Unis, je suis sûr que ça enrichit sa natation.

Article original publié sur RMC Sport