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Motion de censure: qui sont ces députés Liot qui veulent faire tomber le gouvernement ?

Bertrand Pancher, Charles de Courson et Benjamin Saint-Huile du groupe Liot à l'Assemblée nationale le 15 mars 2023  - Ludovic MARIN / AFP
Bertrand Pancher, Charles de Courson et Benjamin Saint-Huile du groupe Liot à l'Assemblée nationale le 15 mars 2023 - Ludovic MARIN / AFP

Quatre petites lettres méconnues du grand public qui donnent des sueurs froides au gouvernement. Le groupe Liot, qui signifie Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires, va déposer une motion de censure pour essayer de renverser Élisabeth Borne dans les prochains jours et estime pouvoir convaincre largement, de la Nupes, au RN en passant par les LR.

Centristes, socialistes et ex-macronistes

Il faut dire que la vingtaine d'élus de ce groupe de députés brasse très large. On y compte d'abord des anciens UDI qui n'ont plus de groupe depuis 2017 et qui s'étaient déjà réunis au sein de Libertés et territoires dans la dernière mandature.

Parmi eux, la tête d'affiche Charles de Courson, un spécialiste des finances publiques très respecté de l'Assemblée nationale, qui a pris beaucoup la lumière ces derniers jours en annonçant plancher sur cette motion transpartisane.

Aux côtés de ce taulier du Parlement, élu pour la première fois en 1997, on trouve également d'anciens macronistes comme le Breton Paul Molac ou le Guadeloupéen Olivier Serva, qui s'était fait remarquer en lançant "tu vas la fermer", à son ex-collègue Sylvain Maillard sur les soignants non-vaccinés.

D'ex-socialistes sont aussi Liot, comme Jean-Louis Bricout ou Benjamin Saint-Huile. Par ailleurs, la plupart des élus ultramarins du Palais-Bourbon y siègent, composant pas moins d'un quart des troupes, souvent novices à l'Assemblée.

Macron et sa proposition "d'alliance"

Trois élus de Corse en font également partie, facilitant les relations avec le groupe Horizons dirigé par Laurent Marcangeli, élu d'Ajaccio. De quoi offrir quelques espoirs à la macronie en début de mandature, à la recherche d'alliés en l'absence de majorité absolue. En octobre dernier, Emmanuel Macron ne les cite pas moins de deux fois dans une longue interview sur France 2.

"Ils ont envoyé un message clair en ne votant pas les motions de censure déposées sur les budgets", avait noté le président, y voyant une possibilité de "travailler" ensemble sur les réformes à venir, au point même, de vouloir bâtir "une alliance".

C'est que là, où la Nupes et le RN avaient déjà essayé de faire tomber le gouvernement lors des premiers 49.3 sur le budget à l'automne, les Liot étaient restés très en retrait, ne votant aucune d'entre elles. De quoi offrir un peu d'optimisme au gouvernement.

"Bonne chance pour anticiper leur vote"

Pourtant, en regardant dans le détail des votes, force est contester que dans un groupe où la liberté de vote est totale, ces députés ont été très loin de soutenir les projets de loi de la majorité. Sur la réforme de l'assurance chômage, 12 ont ainsi voté contre, 8 se sont abstenus et seuls 2 ont voté pour.

Même constat pour le projet de loi pouvoir d'achat, le premier texte de la mandature, où 15 d'entre eux n'avaient pas pris part au vote.

"Les Liot, on n'y comprend rien. C'est illisible. Bonne chance pour anticiper leur vote", grinçait d'ailleurs une figure de la macronie en janvier dernier auprès de BFMTV.com.

"Une menace de dissolution inacceptable"

Bertrand Pancher, le président du groupe, avait d'ailleurs annoncé la couleur dans les colonnes de L'Opinion en novembre dernier. "Si un jour on vote une motion de censure, ça sera la nôtre", avait alors avancé cet ancien proche de Jean-Louis Borloo.

Le groupe pointe désormais du doigt "une menace de dissolution inacceptable" pour justifier cette motion de censure. Emmanuel Macron avait agité la possibilité de convoquer de nouvelles législatives mercredi soir en cas de rejet de la réforme par les députés, sans manifestement aller au bout de sa démarche ce jeudi après-midi avec un 49.3.

"On peut pas nous dire qu'on va dissoudre dès que l'Assemblée nationale ne vote pas comme le souhaite l'Élysée. Sinon, le Parlement ne sert à rien", explique-t-on dans l'entourage du numéro 1 du groupe.

"C'est une réforme profondément injuste" qui s'illustre par "un déni de démocratie", a avancé de son côté Charles de Courson sur BFMTV ce vendredi.

Séduire des LR et des macronistes déçus

Pour réussir à renverser le gouvernement, la motion de censure du groupe Liot doit désormais réunir 287 voix (et non 289, 2 sièges de députés étaient vacants NDLR). Pour y arriver, il faudrait que la motion soit votée par l'ensemble des députés Nupes, RN et au moins une trentaine d'élus LR, un chiffre très important pour la droite.

Si le mouvement s'est beaucoup divisé sur l'opportunité de la retraite à 64 ans, Olivier Marleix, le président du groupe, a brandi la menace de l'exclusion pour les élus qui la voteraient.

Au sein de Liot, on se projette déjà dans l'après. "Tout le monde est le bienvenu dans nos rangs", affirme ainsi un collaborateur du groupe. Dans le viseur: des députés LR mais aussi des déçus de Renaissance.

Article original publié sur BFMTV.com