Moscou inflexible sur la Syrie avant le sommet du G20

MOSCOU/AMMAN (Reuters) - A la veille du sommet du G20 à Saint-Pétersbourg, où la Syrie devrait occuper une large place, Vladimir Poutine est resté inflexible face à la volonté des Occidentaux de "punir" unilatéralement le régime syrien pour le bombardement à l'arme chimique du 21 août dernier dans les faubourgs de Damas.

Sur le terrain, des opposants ont annoncé la défection en Turquie de l'ex-ministre syrien de la Défense et ancien chef d'état-major de l'armée Ali Habib, défection démentie par la télévision nationale.

A Stockholm, où il faisait escale avant de gagner jeudi la Russie, Barack Obama a continué de faire campagne en faveur d'une action militaire "limitée" visant à sanctionner l'attaque au gaz du 21 août, que les Etats-Unis imputent au gouvernement syrien et qui aurait fait selon eux plus de 1.400 morts.

"Ma crédibilité n'est pas en jeu. C'est la crédibilité de la communauté internationale qui est en jeu. Et la crédibilité de l'Amérique et du Congrès", a déclaré le président américain.

La commission des Affaires étrangères du Sénat américain a adopté dans la soirée par dix voix contre sept une résolution autorisant l'usage de la force armée en Syrie, ouvrant ainsi la voie à un vote de l'ensemble du Sénat, sans doute la semaine prochaine.

En pleines tractations au Capitole, Vladimir Poutine a lancé une mise en garde aux élus du Congrès contre le vote de toute initiative unilatérale contre Damas.

"Tout ce qui est hors du Conseil de sécurité est une agression, exceptée l'autodéfense. Ce que le Congrès et le Sénat américain font maintenant revient par essence à légitimer une agression. C'est par principe inadmissible", a-t-il affirmé en reprenant les arguments invoqués la veille par le secrétaire général de l'Onu Ban Ki-moon.

Le maître du Kremlin a également accusé le secrétaire d'Etat John Kerry, qui s'est exprimé pendant trois heures la veille devant les sénateurs américains, d'avoir menti en minimisant le rôle d'Al Qaïda dans le conflit.

"PAS DE CONFLIT AVEC LA RUSSIE"

Devant la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, John Kerry a cependant jugé mercredi très improbable que des frappes militaires contre la Syrie puissent entraîner un conflit avec la Russie.

"Le ministre des Affaires étrangères (Sergueï) Lavrov l'a dit clairement (...) la Russie n'a pas l'intention de partir en guerre à propos de la Syrie", a-t-il assuré.

Par la voix de Jean-Marc Ayrault, la France, seule alliée des Etats-Unis pour l'heure, a défendu le principe d'une opération "ponctuelle", "proportionnée" et "collective" contre des objectifs "significatifs" en Syrie.

Le Premier ministre français, lors d'un débat à l'Assemblée nationale sur la crise syrienne, a invoqué la nécessité de donner un "coup d'arrêt" à toute velléité d'utiliser des armes de destruction massive, en Syrie et ailleurs. Il n'a cependant pas convaincu l'opposition de soutenir une démarche qui a peu de chance d'avoir le feu vert de l'ONU.

La Turquie s'est déclarée prête à rejoindre une coalition internationale contre la Syrie, mais sans dire si cela implique une participation à une opération militaire.

Après les Etats-Unis la semaine dernière et la France lundi, l'Allemagne a rendu publics des éléments laissant penser que Damas est responsable du bombardement chimique du 21 août. Mais les services de renseignement, qui présentaient leurs conclusions aux députés du Bundestag, ont souligné qu'il ne s'agissait pas là de preuves absolues.

PREUVES

Berlin s'appuie notamment sur une conversation téléphonique interceptée entre un haut responsable du Hezbollah libanais et l'ambassade d'Iran à Damas. Durant cette communication, le responsable du Hezbollah chiite dit que le président Bachar al Assad a commis une erreur et perdu son sang-froid en ordonnant le lancement de cette attaque. L'Iran comme le Hezbollah soutiennent le régime syrien.

Dans un entretien accordé à l'agence de presse AP et à la première chaîne de télévision russe, Vladimir Poutine a indiqué qu'il n'excluait pas de donner son accord à une opération militaire en Syrie via le Conseil de sécurité de l'Onu s'il était démontré que Damas a utilisé des armes chimiques.

Mais il a de nouveau manifesté son scepticisme sur les preuves de la culpabilité du régime de Bachar al Assad avancées par les Occidentaux. Moscou soupçonne ouvertement les rebelles d'avoir eux-mêmes eu recours à des armes chimiques pour déclencher une intervention étrangère.

Moscou a ainsi cité des conclusions d'experts russes selon lesquels les armes chimiques utilisées en mars près d'Alep seraient similaires à des armes fabriquées par un groupe rebelle.

La défection du général Ali Habib a été annoncée par un haut responsable de la Coalition nationale syrienne (CNS, opposition), Kamal al Labouani. La télévision nationale syrienne affirme qu'il se trouve toujours chez lui.

Si cette défection était confirmée, le général Ali Habib serait la plus haute personnalité alaouite (branche du chiisme dont est issu le clan au pouvoir) à rompre avec Bachar al Assad depuis le début du soulèvement en mars 2011.

Né en 1939, il a été ministre de la Défense pendant un peu plus de deux ans, de juin 2009 à août 2011. Il l'était encore durant les tout premiers mois du soulèvement contre le régime. Habib, qui a rang de général, est originaire de Tartous, dans la frange alaouite des rivages de la Méditerranée.

Eric Faye et Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Tangi Salaün

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