Mort de Steve Maia Caniço: le parquet réclame un procès pour le commissaire et le sous-préfet de l'époque

Mort de Steve Maia Caniço: le parquet réclame un procès pour le commissaire et le sous-préfet de l'époque
La fresque murale en hommage à Steve, à Nantes, photographiée en août 2019. - JEAN-FRANCOIS MONIER
La fresque murale en hommage à Steve, à Nantes, photographiée en août 2019. - JEAN-FRANCOIS MONIER

Il y a eu des "fautes commises" avant et pendant l'édition 2019 de la Fête de la Musique à Nantes, soirée au cours de laquelle Steve Maia Caniço a trouvé la mort en tombant dans la Loire. Alors que le juge d'instruction en charge de ce dossier a terminé ses investigations, le parquet de Rennes vient de requérir le renvoi du commissaire et l'ancien directeur de cabinet du préfet de l'époque devant le tribunal correctionnel pour "homicide involontaire".

Steve Maia Caniço a trouvé la mort le 22 juin 2019 après être tombé dans la Loire lors de l'intervention policière qui visait à mettre fin à la soirée électro qui se déroulait quai Wilson, à un endroit où aucune barrière de sécurité n'avait été mise en place. Le corps du jeune animateur périscolaire de 24 ans, qui ne savait pas nager, avait été retrouvé un mois plus tard.

"Faute caractérisée"

L'intervention policière avait été vivement critiquée. Un premier rapport de l'Inspection générale de la police nationale n'établissait pas "de lien direct entre l'intervention policière et la disparition de Steve Maia Caniço". Deux mois plus tard, en septembre 2019, l'Inspection générale de l'administration estimait toutefois que le commissaire de police, responsable de l'intervention, avait manqué de "discernement".

Pour le parquet de Rennes, qui requiert un procès pour "homicide involontaire" du commissaire Grégoire Chassaing, qui dirigeait les opérations cette nuit-là, "l'intervention des forces de l'ordre (...) n’apparaît pas susceptible de constituer une faute de nature à caractériser une responsabilité pénale, il n'en demeure pas moins qu'elle s'inscrit dans la liste des évènements ayant conduit au décès de Steve Maia Caniço".

Le parquet estime que "des moyens inappropriés" ont été utilisés cette nuit-là par les policiers, et notamment l'usage de grenades à gaz lacrymogènes, qui faisaient face à des jets de projectiles, "alors même que les investigations permettaient de démontrer que d'autres solutions étaient possibles, notamment celle d'un repli". Ce qui constitue pour le parquet "une faute caractérisée" imputable au commissaire qui dirigeait les opérations ce soir-là.

Mise en examen contestée devant la justice

Il en va de même pour le directeur de cabinet du préfet de l'époque, Johann Mougenot, qui "disposait d'une délégation de signature" pour l'organisation de la Fête de la Musique. "Il avait ainsi une parfaite connaissance tant de la situation spécifique du quai Wilson et des risques inhérents qui en découlaient que de l'implantation qui aurait lieu de nombreux murs de son sur ce quai lors de la Fête de la musique 2019.", rappelle le parquet de Rennes dans un communiqué.

"En dépit de ce haut degré d'information et des pouvoirs de police administrative dont il disposait, aucune décision n'avait été prise quant à la sécurisation du quai Wilson et la pose d'un barrierage provisoire sur la partie du quai qui n'en disposait pas", poursuit le parquet qui évoque "l'existence de fautes indéniables".

Contactée par BFMTV.com, la famille de Steve Maia Caniço estime que "ces réquisitions correspondent aux attentes des parties civiles". Elle "souhaite que le procès requis puisse se tenir dans un délai raisonnable au regard du décès tragique" du jeune homme.

"Il reste des étapes judiciaires à franchir avant de pouvoir envisager cette audience", rappelle Me Cecile De Oliveira, l'avocate de la famille de la victime.

Au cours de l'instruction, la mise en examen de l'ancien préfet de Loire-Antlantique avait été annulée après que la nullité de l'expertise par l'agence Index, qui a réalisé une reconstitution vidéo de l'intervention policière versée au dossier d'instruction, a été prononcée par la cour d'appel de Rennes. Il avait alors été placé sous le statut de témoin assisté. La mise en examen, contestée, de Grégoire Chassaing et de Johann Mougenot, avait elle été maintenue. Un pourvoi en cassation avait été formulé par les deux hommes.

Le parquet a requis un non-lieu pour les autres personnes placées sous le statut de témoin assisté.

Article original publié sur BFMTV.com