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Mort de Robert Badinter : Roger Bontems et Patrick Henry, les deux procès qui ont façonné son combat

JUSTICE - Décédé ce vendredi 9 février à 95 ans, Robert Badinter a porté l’abolition de la peine de mort en France. Une « passion militante », comme il l’écrira lui-même, qui est née au début des années 70 dans un procès marquant pour le célèbre avocat.

Mort de Robert Badinter : 1981, l’année où le ministre de la Justice entre dans l’Histoire

Les faits ayant amené à ce procès remontent à septembre 1971, quand Roger Bontems et Claude Buffet, détenus à la maison centrale de Clairvaux, dans l’Aube, prennent en otage une infirmière et un surveillant, retrouvés égorgés après l’assaut des forces de l’ordre.

Brillant avocat d’affaires mais qui ne plaide qu’occasionnellement aux assises, Robert Badinter est alors sollicité par son confrère Philippe Lemaire pour défendre avec lui Roger Bontems.

À la fin du procès, la cour d’assises juge Claude Buffet coupable des deux meurtres et Roger Bontems complice, et les condamne tous les deux à mort.

La grâce que Bontems a espérée jusqu’à la dernière minute est rejetée par le président Georges Pompidou. Une première depuis son accession à la présidence en 1969. Et au matin du 28 novembre 1972, Robert Badinter assiste à l’exécution de Roger Bontems dans la cour de la prison parisienne de la Santé. Le couperet de la guillotine n’avait pas fonctionné depuis plus de trois ans en France, rappelle Sud-Ouest.

Ce moment marque un tournant dans la vie de Robert Badinter. « J’étais passé de la conviction intellectuelle à la passion militante », écrira-t-il plus tard. Il a ainsi raconté la révolte et la culpabilité ressenties dans ses livres L’Exécution (1973), L’Abolition (2000) et dans de nombreux entretiens. « Les jurés ont dit “il n’a pas tué”, ils l’ont condamné à mort et il a été exécuté. À partir de ce moment-là (...), j’ai dit que tant que je vivrais, je combattrais la peine de mort », affirmera-t-il.

Une plaidoirie restée dans l’histoire de la justice

Moins de cinq ans plus tard, Robert Badinter est de retour devant les assises de l’Aube pour défendre Patrick Henry dans un procès emblématique de sa carrière. Patrick Henry est jugé pour l’enlèvement et le meurtre du petit Philippe Bertrand, sept ans, une affaire qui a soulevé une émotion considérable dans le pays. « La France a peur », lançait notamment le présentateur du JT Roger Gicquel au soir de la découverte du cadavre de l’enfant.

Dans sa plaidoirie, en janvier 1977 à Troyes, Robert Badinter mêle la ferveur humaniste aux arguments sur l’absence de valeur dissuasive de la peine capitale, qui a été requise par le ministère public. Il en appelle aux jurés : « si vous votez comme M. l’avocat général vous le demande (...), vos enfants sauront que vous avez un jour condamné à mort un jeune homme. Et vous verrez leur regard ! ».

Afin de toucher au plus près ces jurés, il cherche encore l’image la plus simple pour décrire ce qu’est la guillotine, qu’il traduit par cette formule choc : « On prend un homme vivant et on le coupe en deux morceaux, c’est cela guillotiner. »

« L’essentiel était de les atteindre, ces femmes et ces hommes (du jury, NDLR), et d’arriver à ce qu’ils comprennent, qu’ils sentent, qu’ils éprouvent jusqu’au fond d’eux-mêmes que ce qu’il se jouait là, ce n’était pas seulement la vie de Patrick Henry, c’était une part d’eux-mêmes, qu’ils engageaient là pour le reste de leurs jours leur responsabilité par leur choix », commentera Robert Badinter 25 ans plus tard, comme le rapporte France Culture.

Victoire pour Badinter, qui évite à son client la peine de mort. Patrick Henry est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. L’avocat reçoit alors de nombreuses lettres d’insultes et de menaces. Mais, jusqu’en 1980, il retourne cinq fois plaider pour des hommes déjà condamnés à mort, rejugés après cassation. Et à chaque fois, il sauve leur tête.

Devenu ministre de la Justice en 1981, à l’arrivée de la gauche au pouvoir, Robert Badinter portera le projet de loi d’abolition mettant en œuvre une promesse de campagne du président François Mitterrand. Le projet de loi sera adopté le lendemain par les députés, et le 30 septembre par les sénateurs. La loi « portant abolition de la peine de mort » sera promulguée dans la foulée, le 9 octobre 1981.

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