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Mort de Robert Badinter: l'homme qui avait mis fin à la peine de mort en France

"Demain, grâce à vous, la justice française ne sera plus une justice qui tue. Demain, grâce à vous, il n’y aura plus, pour notre honte commune, d’exécutions furtives, à l’aube, sous le dais noir, dans les prisons françaises. Demain, les pages sanglantes de notre justice seront tournées." Ces mots se sont ceux de Robert Badinter face aux députés de l'Assemblée nationale. Mort ce vendredi 9 février, l'ancien garde des Sceaux a été le grand artisan de la fin de la peine de mort en France.

Nous sommes le 17 septembre 1981, le ministre de la Justice de François Mitterrand, fraîchement élu président de la République, porte alors un projet de loi, celui de l'abolition de la peine de mort. Le lendemain, par 363 voix contre 117, les représentants du peuple votent en faveur de ce projet.

Le procès Patrick Henry

Hamida Djandoubi est guillotiné le 10 septembre 1977, il sera alors le dernier condamné à mort par la justice française. Quelques années plus tôt, Robert Badinter ne parvient pas à éviter la peine de mort à Roger Bontems, accusé d'un double meurtre lors de sa tentative d'évasion de la centrale de Clairvaux avec un autre détenu. Bontems n'a tué personne mais il écopera quand même de la peine maximale. Ce verdict fondera sa conviction qu'il faut mettre fin à cette sentence. Il dira d'ailleurs que c'est le fait d'avoir accompagné cet homme jusqu'aux derniers instants de sa vie qui l'a motivé à mener ce combat pour l'abolition de la peine de mort.

En 1977, Robert Badinter, avocat qui a passé ses années de barreau à défendre l'indéfendable, sauve la tête de Patrick Henry, accusé d'avoir tué un petit garçon de 7 ans. L'affaire avait suscité un grand effroi dans l'opinion publique, valant au journaliste Roger Gicquel cette formule désormais célèbre "La France a peur".

Robert Badinter fait de ce procès celui de la peine de mort. "Vous demeurerez seul avec votre décision, lance-t-il aux jurés de la cour d'assises lors de sa plaidoirie d'une heure et demie. On abolira la peine de mort, et vous resterez seul avec votre verdict, pour toujours. Et vos enfants sauront que vous avez un jour condamné à mort un jeune homme. Et vous verrez leur regard!"

"Si vous le coupez en deux, ça ne dissuadera rien ni personne", martèle-t-il.

Une mission

A la suite de ce procès, il est nommé garde des Sceaux par le président socialiste François Mitterrand. "Il sait que cette idée est minoritaire mais il va se battre pour ça", relate Laurent Neumann, éditorialiste politique BFMTV, qui rappelle que Robert Badinter rédigera les 110 propositions, socle du programme du candidat. "François Mitterrand avait eu des relations compliquées avec la peine de mort, pour Robert Badinter c'était une mission dont il se sentait le dépositaire, c'était à la fois une obsession, c'était son critère et je pense que quelque part très loin c'était lié à la Shoah", analyse Alain Duhamel, éditorialiste politique BFMTV.

"À cet instant plus qu'à aucun autre, j'ai le sentiment d'assumer mon ministère, au sens ancien, au sens noble, le plus noble qui soit, c'est-à-dire au sens de 'service'. Demain, vous voterez l'abolition de la peine de mort. Législateur français, de tout mon cœur, je vous en remercie", avait lancé aux députés Robert Badinter ce 17 novembre 1981 dans "l'un des plus beaux discours de la Ve République", selon Alain Duhamel.

De par ce combat, de par cette victoire personnelle, de par son humanité, Robert Badinter est devenu la figure tutélaire des avocats. "Il était l'avocat des plus grands, des plus puissants mais il n'oubliait pas l'homme seul dans sa geôle attendant qu'on lui coupe la tête", souffle Me Alain Jakubowicz, proche de Robert Badinter qui salue son "supplément d'âme".

"Je suis pour la deuxième fois de ma vie orphelin, le barreau est orphelin, c'est tout l'honneur de notre robe du barreau qui part avec lui", conclut-il.

Article original publié sur BFMTV.com