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Mort de Frédéric Mitterrand : Après les hommages, ces élus expriment leur malaise

Alors que certains politiques louent la mémoire de l’ancien ministre de la Culture, d’autres ne cachent pas leur malaise. En cause, ses confessions sur le tourisme sexuel et son soutien à Gabriel Matzneff.

POLITIQUE - Peut-on fermer les yeux sur les écrits d’un ancien ministre de la Culture, et ne reconnaître que son engagement au service de l’État ? Non, répondent plusieurs parlementaires, qui expriment à haute voix leur malaise après la pluie d’hommages qui a suivi l’annonce de la mort de Frédéric Mitterrand. Un concert de louanges auquel Emmanuel Macron a pris part, tout comme son Premier ministre Gabriel Attal, qui a regretté « un homme de culture total ».

Pourtant, y compris dans le camp présidentiel, ces envolées lyriques passent mal. « Faire un hommage à Frédéric Mitterand… Non, sincèrement, je n’y arrive pas », admet la députée MoDem Maud Petit. « Mal à l’aise avec tous ces hommages… », renchérit le sénateur Renaissance Xavier Iacovelli, tandis que la députée écolo des Hauts-de-Seine Francesca Pasquini interpelle directement le chef du gouvernement : « Il ne touchait pas qu’à la culture et sa soif insatiable était et est interdite. Le savez-vous Gabriel Attal ? ».

Le malaise dépasse également le seul champ politique. Nombreux sont les internautes à rappeler que Frédéric Mitterrand avait, lors de la sortie du Consentement de Vanessa Springora, refusé de condamner Gabriel Matzneff et dénoncé « un « phénomène de meute » à son encontre.

Laurent Boyet, président de l’association Les Papillons et ancien membre de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), juge sévèrement les hommages qui émanent de l’exécutif. « Mourir ça efface tout ? Ça nous rend héroïque ? Personne dans ce déluge d’hommages ne pointera du doigt les dérives sexuelles de Frédéric Mitterrand ? Personne ne rappellera son penchant pour les jeunes, les trop jeunes garçons ? Ces hommages me gênent… », a-t-il déploré dans une référence, cette fois, au livre de Frédéric Mitterrand, « La Mauvaise vie » publié en 2005.

Attrait pour « les garçons »

Dans ce roman autobiographique, Frédéric Mitterrand se livrait sur le tourisme sexuel, racontant sans détour ses aventures à Patpong, quartier de Bangkok. Un extrait parmi d’autres : « La profusion de garçons très attrayants, et immédiatement disponibles, me met dans un état de désir que je n’ai plus besoin de refréner ou d’occulter. L’argent et le sexe, je suis au cœur de mon système ; celui qui fonctionne enfin car je sais qu’on ne me refusera pas. Je peux évaluer, imaginer, me raconter des histoires en fonction de chaque garçon ; ils sont là pour ça et moi aussi ». Après sa nomination au ministère de la Culture en 2009, Marine Le Pen utilise ces écrits pour l’accuser de faire l’apologie de la pédocriminalité.

Rapidement, la polémique dépasse l’extrême droite. Alors porte-parole du PS, Benoît Hamon sonne la charge. « C’est au président de la République de savoir si oui ou non, en étant impliqué dans la lutte contre la prostitution enfantine, on accepte de constater qu’un ministre, dans un livre qui est présenté comme une autobiographie, justifie le commerce sexuel », dénonce-t-il en conférence de presse, avant d’ajouter : « S’il faut tout relativiser, si on excuse tout parce que M. Mitterrand est connu, et bien moi je n’excuse pas ». Pour se défendre, Frédéric Mitterrand était allé s’expliquer sur le plateau du 20 heures de TF1, en expliquant que sous sa plume, « garçon » ne signifiait pas mineur.

« Oui, j’ai eu des relations avec des garçons, on le sait, je ne le cache pas, il ne faudrait pas confondre, ou alors on serait revenu véritablement à l’âge de pierre, l’homosexualité et la pédophilie. J’étais à chaque fois avec des gens qui avaient mon âge et qui étaient consentants, ou qui avaient cinq ans de moins. Mais enfin il n’y avait pas la moindre ambiguïté ! », avait-il justifié, affirmant qu’il condamnait « absolument le tourisme sexuel qui est une honte ». Reste que quinze ans plus tard, cette exégèse ne suffit pas à convaincre.

Conseillère écolo à la mairie de Paris, Raphaëlle Rémy-Leleu ne décolère pas. « Célébrer Frédéric Mitterrand c’est tellement indigne. Nous avons des responsables politiques qui glorifient encore un pédocriminel et feront ensuite semblant de s’interroger sur la culture du viol et de l’impunité », a-t-elle grondé sur le réseau social X. Dans la matinée, l’Élysée a publié un communiqué en hommage au défunt. « Le Président de la République et son épouse saluent un serviteur de l’État et un grand conteur du siècle, qui savait faire vivre les imaginaires qui nous constituent, et qui nous relient », peut-on lire. 568 mots. Aucune mention à cette facette de son parcours.

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