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Mobilisation des agriculteurs : Marc Fesneau n’aurait pas dû conseiller à Mathilde Hignet « d’aller sur le terrain »

Marc Fesneau photographié lors des Questions au gouvernement ce mardi 23 janvier.
BERTRAND GUAY / AFP Marc Fesneau photographié lors des Questions au gouvernement ce mardi 23 janvier.

POLITIQUE - De l’utilité de se renseigner avant d’attaquer. Lors des questions au gouvernement de ce mardi 23 janvier, le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau n’a pas échappé à une question portant sur la colère du monde paysan, endeuillé par la mort d’une mère de famille en marge des mobilisations. Parmi les orateurs qui l’ont interpellé figurait la députée insoumise Mathilde Hignet, qui a vertement pris à partie le ministre.

« Depuis des mois, nous vous alertons sur le mal-être et la grogne qui montent dans les campagnes », s’est indignée l’élue bretonne, qui accuse le gouvernement de « complicité » avec des industriels qui « se gavent » sur le dos des exploitants. « Nos agriculteurs sont en compétition avec le reste du monde, et vous continuez à signer des accords de libre-échange », a-t-elle poursuivi, avant d’asséner : « Ça suffit vos discours creux, les paysans veulent vivre de leur travail ».

Une attaque en règle à laquelle le ministre a répondu à s’en prenant ad hominem à son interlocutrice. « Moi je vais vous dire ce que j’entends des agriculteurs : qu’ils en ont marre qu’à longueur de plateaux, qu’à longueur de reportages, qu’à longueur d’expressions, on vienne dénigrer leur travail. Qu’on fasse croire que leur agriculture ne serait pas la plus vertueuse, la plus qualitative, la plus respectueuse de l’environnement », s’est-il enflammé, demandant à la députée d’Ille-et-Vilaine de faire son « examen de conscience » sur le sujet.

« Honte » et « mépris »

Alors que sa réponse provoquait le chahut des bancs de la gauche, Marc Fesneau a encore appelé la députée à « écouter » le monde agricole. « Allez sur le terrain », a-t-il insisté. Une réplique qui lui est revenue comme un boomerang. Car la députée qu’il visait, Mathilde Hignet donc, est agricultrice de profession, comme ceci est renseigné sur le site de l’Assemblée nationale. « C’est une honte ! J’étais travailleuse agricole. Le terrain je le connais. Croyez-moi, la colère des paysans est légitime », s’est indignée la députée sur le réseau social X (anciennement Twitter).

« À Mathilde Hignet qui demande au gouvernement qu’il mette en place des prix planchers pour que les agriculteurs puissent vivre de leur travail, et un moratoire sur les traités de libre-échange, le ministre Marc Fesneau lui répond… d’aller sur le terrain ! Avant d’être élue députée La France Insoumise, Mathilde Hignet était ouvrière agricole. Ravalez votre mépris et agissez ! », a grondé sur le même réseau social la présidente du groupe insoumis à l’Assemblée, Mathilde Panot.

« Seul Marc Fesneau est totalement déconnecté pour dire à une ouvrière agricole d’aller sur le terrain ! Quel mépris ! », a renchéri le député de Seine-Saint-Denis Bastien Lachaud. Même critique formulée par François Ruffin : « Quand on a signé des traités de libre-échange avec le Canada, la Nouvelle-Zélande, le Vietnam, le Mexique et bientôt, le Brésil, on essaye de garder un peu de dignité, Monsieur Fesneau. On ne fait pas la morale à une ouvrière agricole élue députée », a-t-il taclé. Interrogée par la presse à la sortie de l’hémicycle, l’élue LFI ne cachait pas son émotion. « Je vis dans ce milieu, je suis fille de paysans, je travaillais dans la ferme avant d’être élue », a-t-elle répondu, invitant le ministre à « revoir ses fiches ».

Dans un portrait consacré par Le Monde en 2022, on apprenait que Mathilde Hignet entendait reprendre l’exploitation familiale dans plusieurs années. « Sur le terrain », donc.

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