"Miss": le film qui se glisse avec humour dans les coulisses du concours Miss France

Jérôme Lachasse
·6 min de lecture
Le film
Le film

Ruben Alves, réalisateur de la comédie à succès La Cage dorée (2013), revient avec Miss, une comédie qui plonge le spectateur dans l’envers du décor du concours Miss France. Il y raconte le parcours d’Alex, un homme qui rêve de remporter le célèbre concours. A l’occasion de la sortie du film, ce mercredi 21 octobre, Ruben Alves raconte la genèse et les défis de son film, et comment celui-ci a influencé Sylvie Tellier, la patronne du concours.

Votre idée, au début, n’était pas de faire un film sur les Miss...

En effet. Le sujet qui me tient à cœur est le positionnement du genre, comment on vit quand on ne se sent pas en phase complètement avec son corps. J’ai rencontré Alexandre Wetter et les choses ont évolué. Je me suis rendu compte que ce garçon vivait pleinement sa féminité, qu’il performait avec sa féminité sans pour autant vouloir effectuer une transition. J’ai trouvé ça terriblement d’époque. Il ne veut pas se soumettre aux codes de cette société patriarcale. C’était intéressant d’aborder ce sujet ensemble à travers un concours très normé et très codifié: Miss France.

Alexandre Wetter a plus ou moins le même parcours que son personnage: son rêve était de défiler en femme pour Jean-Paul Gaultier.

Alexandre est libre. J’ai vu en lui toute l’envie, le rêve. C’est un gamin d’un petit village du Var et il a réussi. Il a une force en commun avec le personnage que je voulais développer. Après l’avoir rencontré, j’ai affiné le scénario que j’avais déjà écrit. J’ai écrit en pensant à lui. Je lui ai quand même fait passer un casting pour lui mettre la pression. C’était surtout pour montrer aux financiers et aux producteurs que c’était la bonne personne.

Comment s’est passé la rencontre avec EndemolShine et l'Organisation Miss France?

Très bien, bizarrement. J’étais persuadé qu’ils diraient non, qu’ils auraient peur d’avoir des problèmes. Endemol est dirigé par Nicolas Copperman, un cinéphile. Il comprend la fiction. Il a tout de suite trouvé l’idée super. Il nous a demandé de voir avec Sylvie Tellier. Quand j’ai présenté le projet à Sylvie Tellier, il y a eu un petit blanc au début. Elle m’a ensuite posé beaucoup de questions. Elle était très curieuse du traitement et n’avait pas de problème avec l’idée.

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Vous avez pu suivre les Miss?

Oui. J’y suis allé avec ma co-scénariste [Elodie Namer, NDLR]. On a fait le concours régional. J’ai ensuite amené mon équipe au filage et aux répétitions du prime-time. C’était l’année où Vaimalama Chaves a remporté le concours. On observait, puis on faisait des séances de travail. On a aussi eu deux déjeuners avec Sylvie où on lui posait toutes nos questions.

Vous avez été conseillé par des Miss?

Il y a dans le film de vrais Miss et des actrices qui jouent des Miss. Stéfi Celma (Dix pour cent, Les Profs), son problème, c’était le body. Certaines Miss avaient 18-20 ans. Stéfi était en stress pour le maillot de bain. Elle ne mangeait plus rien. Je lui ai dit d’arrêter, qu’elle était sublime. Baya Rehaz (Grâce à Dieu) était aussi plus âgée. Claire Chust (Problemos, Scènes de ménages) joue une Miss un peu godiche obsédée par le concours. J’en ai vu des comme ça. J’adore cette comédienne. C’est la seule à être venue aux essais avec une robe, une couronne, une écharpe de Miss! Elle m’a fait rire. Elle a vraiment plongé dans le personnage. Elle a beaucoup improvisé.

Comment ont réagi les vrais Miss sur le tournage?

Elles disaient que c’était incroyable, qu’elles avaient l’impression de revivre le concours. À la fin, Sylvie m’a dit qu’elle adorait les répliques de Pascale Arbillot [qui joue la cheffe du comité Miss France dans le film, NDLR] et qu’elle allait en ressortir certaines! Elle a adoré cette phrase notamment: "Comment voulez-vous vous faire apprécier par 60 millions de Français si vous êtes incapables de vous faire apprécier par quinze personnes?"

Comment avez-vous reconstitué l’émission?

Pour beaucoup de membres de mon équipe, c’était la première fois. Ils n’avaient jamais vu de prime de Miss France. Chacun - du chef déco à la cheffe costumière - allait s’informer auprès de son homologue pour que ce soit le plus crédible possible. On a eu toute la liberté que nous voulions, parce que c’est un film: je n’ai rien demandé artistiquement à Miss France. C’était un boulot de malade. Ma hantise était qu’on n’y croie pas. Sylvie, après avoir vu le film, est venue me voir pour me demander de faire la direction artistique du prochain prime!

Quand avez-vous décidé de faire jouer à Sylvie Tellier son propre rôle?

On avait un rapport privilégié pendant l’écriture. Un jour, elle me lance la vanne: "Je ferai quoi?" J’avais déjà dans l’idée de lui donner un petit caméo. Comme elle porte le concours, c’est elle qui présente l’émission dans le film. On me demande pourquoi je n’ai pas pris Jean-Pierre Foucault, mais je ne peux pas prendre tout le monde! Sylvie suffisait. Et il fallait qu’il n’y ait que des femmes!

Vaimalama Chaves aussi a un rôle bref...

Ce n’était pas prévu du tout, mais quand j’ai découvert le personnage et que je l’ai écoutée parler de féminité, j’ai cru qu’elle avait lu mon scénario: "La féminité, [...] c'est un état d'esprit qui peut être incarné par une personne du genre féminin ou masculin." Je me suis dit qu’elle devait faire un clin d’œil dans mon film. Elle a été très émue par le scénario. Ce qu’elle fait dans le film est très important. C’est ce qu’elle m’a inspiré.

Avez-vous regardé le concours Miss France l’année dernière?

Oui. J’ai souri quand j’ai vu Sylvie demander à ses Miss de ramasser des déchets sur une plage, comme dans le film, mais à Tahiti! Je me suis dit que tout allait bien, qu’elle leur avait même donné des gants Mapa. Elle parlait de conscience écologique. Je sais où elle a chopé cette idée! Mais bon, c’est pour la bonne cause.

Vous avez parlé avec Sylvie Tellier de la possibilité d’intégrer des personnes transgenres dans le concours Miss France? Elle l’a évoqué l’année dernière...

Oui, mais je n’en ai pas parlé avec elle. Ce n’est pas mon rôle. Mon rôle, c’est de faire du cinéma, de provoquer des émotions et de constater, dans mon époque, un état de faits pour faire évoluer les mentalités. Et le concours, qui est très normé, est-il prêt?

Et les Français?

Je suis époustouflé par notre tournée à travers toute la France. Les retours du public me réconfortent. Il y a beaucoup d’espoir. J’ai des salles avec des gens qui osent dire qu’ils étaient très réticents au sujet. Ils ont été traînés par d’autres et ont été happés par l’émotion. Ils ont réussi à s’identifier à un personnage auquel ils ne pensaient pas pouvoir s’identifier. Beaucoup d’hommes ont pris la parole. Ce n’est pas tout le monde, évidemment, mais c’est une belle victoire. Ils comprennent l’université du propos.

Article original publié sur BFMTV.com