Une militante des droits des femmes condamnée à une peine de prison par un tribunal saoudien

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UNE MILITANTE DES DROITS DES FEMMES CONDAMNÉE À UNE PEINE DE PRISON PAR UN TRIBUNAL SAOUDIEN

DUBAI (Reuters) - Un tribunal saoudien a condamné lundi la militante des droits des femmes Loudjaïne al Hathloul à cinq ans et huit mois de prison, ont rapporté des médias locaux, à l'issue d'un procès critiqué par la communauté internationale.

Loudjaïne al Hathloul était détenue depuis deux ans après avoir été arrêtée avec au moins une douzaine d'autres activistes.

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) a appelé lundi à la "libération anticipée" de la militante, quelques heures après sa condamnation.

"La condamnation et la peine de 5 ans et 8 mois de prison prononcées contre l'éminente militante des droits des femmes #LoujainAl-Hathloul, déjà détenue arbitrairement depuis 2 ans et demi, est également profondément troublante. Nous comprenons qu'une libération anticipée est possible, et nous l'encourageons vivement et de toute urgence", peut-on lire sur Twitter.

Le verdict, rapporté par le média en ligne Sabq et le quotidien al-Shark al-Awsat, risque d'envenimer les relations entre le prince héritier Mohammed ben Salmane et le président américain élu Joe Biden, qui a décrit Riyad comme un "paria" en matière de droits de l'Homme.

Cette condamnation intervient près de trois semaines après celle du médecin américano-saoudien, Walid al-Fitaihi, par un tribunal de Riyad pour six ans, malgré les pressions américaines pour sa libération, dans une affaire que des groupes de défense des droits ont qualifiée de politiquement motivée.

Selon des diplomates étrangers, ces deux procès visaient à envoyer un message à l'intérieur et à l'étranger selon lequel l'Arabie saoudite ne céderait pas aux pressions sur les questions de droits de l'Homme.

Riyad pourrait également utiliser les sentences comme levier dans de futures négociations avec l'administration Biden, a déclaré un diplomate.

Loudjaïne al Hathloul, 31 ans, s'est fait connaître en 2013 quand elle a commencé sa campagne pour le droit des femmes à conduire en Arabie Saoudite. Elle a été accusée de chercher à changer le système politique saoudien et de nuire à la sécurité nationale, ont déclaré les médias locaux.

Le tribunal a déduit de sa sentence les deux ans et dix mois passés en détention depuis son arrestation le 15 mai 2018, ont précisé les journaux.

La militante pourrait donc être libérée vers la fin février 2021, avec un retour possible en prison si elle commet un quelconque crime.

Le comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination à l'égard des femmes (CEDAW) a appelé à sa libération en novembre, soutenu en décembre par le rapporteur spécial de l'ONU contre la torture, Nils Melzer, qui a dénoncé de "fausses" accusations contre Loudjaïne al Hathloul.

Selon les groupes de défense des droits et sa famille, Loudjaïne al Hathloul a été victime d'actes de torture par l'eau, de chocs électriques, de flagellation et d'agression sexuelle. Les autorités saoudiennes ont nié ces accusations.

Une douzaine de militantes féministes ont été arrêtées en 2018. Les Saoudiennes ont été autorisées à conduire cette année-là, mais celles qui militaient pour cette mesure ont ensuite fait l'objet d'une sévère répression.

Une autre militante, Nassimah al-Saadah, a été condamnée fin novembre à cinq ans de prison, dont deux avec sursis, selon l'ONG Human Rights Watch (HRW).

TRIBUNAL ANTITERRORISTE

La famille de Loudjaïne al Hathloul a rendu public son acte d'accusation après le transfert de son dossier au tribunal pénal spécialisé de Riyad, créé à l'origine pour juger les personnes soupçonnées de terrorisme, mais qui a été utilisé au cours de la dernière décennie pour poursuivre des dissidents présumés.

Les principales accusations portées contre Loudjaïne al Hathloul, qui encourrait une peine pouvant aller jusqu'à 20 ans de prison, sont les suivantes : chercher à changer le système politique saoudien, demander la fin de la tutelle masculine, tenter de postuler à un emploi aux Nations unies, suivre une formation sur la protection de la vie privée, communiquer avec des groupes de défense des droits internationaux et d'autres militants saoudiens.

Elle a également été accusée d'avoir parlé à des diplomates étrangers et des médias internationaux sur les droits des femmes dans le royaume, y compris Reuters, qui a refusé de commenter.

"L'affaire contre Loudjaïne, basée uniquement sur son activisme en faveur des droits de l'Homme, est une parodie de justice et révèle les profondeurs vers lesquelles ils iront pour déraciner les voix indépendantes", a déclaré Adam Coogle de Human Rights Watch.

Le service de presse du gouvernement saoudien n'a pas répondu immédiatement à une demande de commentaires de Reuters.

(Raya Jalabi et Aziz El Yaakoubi à Dubaï, Marwa Rashad à Londres; version française Kate Entringer)