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Comment mieux construire ? Voici un nouveau guide qui assure la durabilité et la résilience des infrastructures

Les nouveaux projets d’infrastructure se font rares au Québec ces dernières décennies. Le troisième lien entre Québec et Lévis semble au point mort, tout comme le « REM de l’Est », en raison de ses coûts qui dépassent l’entendement.

Comme dans la majorité des pays occidentaux, on ne peut plus construire des infrastructures sans se questionner sur les meilleures pratiques à adopter et en respectant les critères de développement durable.

Comment pouvons-nous concevoir de telles infrastructures qui vont durer dans le temps, et qui répondent aux besoins des parties prenantes et de la communauté ?

Professeure agrégée à HEC Montréal, experte de la gouvernance et l’innovation des grands projets et de leur acceptabilité sociale, je m’intéresse à un système d’évaluation conçu pour améliorer la durabilité et la résilience des infrastructures au moyen d’indicateurs standardisés. Il s’agit d’Envision, qui existe depuis 2012. Je remercie pour sa contribution à cet article Hélène Dubé, experte de ce système chez SNC-Lavalin et très impliquée dans le projet du pont Samuel-De Champlain. Elle est actuellement dans l’équipe du Calgary Green Line.

Envision cible tous types et tailles d’infrastructure telles que les routes, les ponts, les ports, les aéroports, les gares et les réseaux de transport. C’est un outil intéressant à prendre en compte pour développer des infrastructures de façon harmonieuse, en respectant le milieu naturel et les collectivités.

Il est administré par l’Institute for Sustainable Infrastructure (ISI), un organisme à but non lucratif dont la mission est d’aider les communautés à construire des infrastructures civiles durables, résilientes et équitables par le biais de l’éducation et la recherche. Au Canada, Envision est en partenariat avec la Société canadienne d’ingénierie civile.

Le pont Samuel-De Champlain, première Reconnaissance Envision

Le nouveau pont Samuel-De Champlain, inauguré en 2019, a été le premier projet vérifié Envision au Québec et le premier pont d’envergure au Canada à recevoir cette distinction.

Les enjeux du projet étaient nombreux puisqu’il se trouve à la fois au cœur du milieu urbain et d’un milieu naturel sensible. Le projet incluait la reconstruction et l’élargissement de l’autoroute, la reconfiguration des échangeurs et voies d’accès, un corridor réservé au transport en commun et une piste multifonctionnelle offrant un nouveau lien pour le transport actif entre Montréal et la Rive-Sud.

Bien que l’arrivée du REM ait impliqué la fin de la voie réservée aux autobus, il faut souligner en amont les efforts de développement et de concertation avec les nombreux paliers gouvernementaux qui ont été réalisés pour permettre l’intégration de ce mode collectif de transport au pont.

En plus de maintenir un lien avec les communautés tout au long du processus, plusieurs initiatives, telles que la communication des enjeux et l’intégration du développement durable à la gestion environnementale du projet, ont été mises en place afin de favoriser l’acceptabilité sociale du projet.

Soixante-quatre critères pour concevoir des infrastructures durables

Envision est un guide pour évaluer 64 critères de développement durable, appelés crédits, et répartis en cinq catégories : qualité de vie, leadership, utilisation des ressources, milieu naturel ainsi que changements climatiques et résilience.

La qualité de vie : Il s’agit de l’impact d’un projet sur les communautés, depuis la santé et le bien-être des individus jusqu’à celui de l’ensemble de la communauté et incluant l’intégration de l’infrastructure à son milieu.

Il s’agit d’évaluer si les projets d’infrastructure sont conformes aux objectifs et besoins de la communauté, à court et long terme, et s’ils sont intégrés dans les réseaux communautaires existants. Cette catégorie couvre la mobilité, le transport actif, l’amélioration de l’espace urbain ainsi que l’équité et la justice sociale. Les représentants des communautés concernées sont des parties prenantes importantes dans le processus décisionnel.

Le leadership : Un projet durable exige une nouvelle façon de le concevoir et le mettre en œuvre. Les équipes sont plus performantes si elles collaborent dès le début, si elles impliquent une équipe multidisciplinaire et si elles comprennent une vision holistique à long terme du projet. Cette catégorie couvre la gouvernance, les parties prenantes, les analyses de cycle de vie et la maintenance.

L’utilisation des ressources : Les ressources sont nécessaires à la construction et au fonctionnement des infrastructures. Il s’agit de la quantité et des caractéristiques de ces ressources et de leur impact sur la durabilité du projet. En plus de couvrir les pratiques d’approvisionnement responsables, le recyclage, la gestion des matières résiduelles, l’utilisation de l’eau et de l’énergie, Envision s’assure du suivi de la performance et de la disponibilité des ressources lors de l’exploitation.

Le milieu naturel : Les infrastructures peuvent avoir des effets indésirables sur l’environnement, notamment sur les habitats fauniques et floristiques et sur les services écosystémiques. Ceux-ci sont liés aux fonctions essentielles du milieu qui nous fournissent de l’air pur, de l’eau propre et contribuent à l’atténuation des risques. Par exemple, les plaines inondables jouent un rôle pour la régulation des niveaux d’eau.

Envision permet de rehausser la performance des projets avec différentes actions mesurables et permettant de prévenir la pollution et d’améliorer la biodiversité, en plus de renforcer les mesures d’atténuation selon le principe d’évitement, réduction, atténuation et compensation.

Les changements climatiques et la résilience : Cette catégorie vise à réduire les émissions susceptibles de contribuer au changement climatique et à d’autres risques à court et à long terme, et à veiller à la résilience des infrastructures.

Ainsi, les vulnérabilités doivent être identifiées et permettent de développer un plan pour s’adapter aux risques pour la durée de vie de l’ouvrage. Envision propose aussi le calcul des GES et du carbone intrinsèque, soit la somme du carbone requis tout au long du cycle de vie du projet, pour guider la réduction de l’empreinte des matériaux et du projet et optimiser les méthodes de construction.

Vérification officielle et reconnaissance Envision : Un pointage est associé lorsque les crédits Envision sont atteints. Il peut être confirmé par une tierce partie, indépendante et formée avec rigueur, au moyen de documents déposés en ligne et démontrant la conformité. Un pourcentage du pointage est ainsi atteint et quatre niveaux de reconnaissance sont possibles : vérifié, argent, or et platine.

Les bons projets, de la bonne manière

Les critères Envision sont alignés avec les critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) dont les entreprises doivent tenir compte. Ils permettent de concrètement reconnaître des initiatives et de proposer des améliorations à l’empreinte de durabilité, de résilience et de gouvernance des organisations et des infrastructures.

Et au-delà de bien réaliser les projets, conformément aux principes de développement durable, Envision permet essentiellement de se demander si nous réalisons les bons projets… et de la bonne manière, ce qui offre un outil de réflexion intéressant pour modifier nos pratiques.

Bien que le système Envision commence à se faire connaître par les principaux donneurs d’ouvrage locaux, et que des projets pilotes sont envisagés ou amorcés, une meilleure compréhension de ses avantages permettra à terme de générer plus de valeur sociétale.

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un site d'actualités à but non lucratif dédié au partage d'idées entre experts universitaires et grand public.

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