MICI : la piste des émulsifiants

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Les maladies inflammatoires chroniques intestinales (MICI) comme la maladie de Crohn et les rectocolites hémorragiques touchent environ 200 000 personnes en France et 20 millions dans le monde. Ces maladies se caractérisent par une inflammation de la paroi d’une partie du tube digestif, qui peut être localisée de la bouche à l’anus dans le cas de la maladie de Crohn, au niveau du côlon et du rectum dans le cas de la rectocolite hémorragique.

Parmi les facteurs pouvant expliquer l’apparition de ces maladies très invalidantes (lors des poussées inflammatoires, elles provoquent diarrhées, violentes douleurs abdominales, fatigue…), figurent des facteurs génétiques et environnementaux, dont l’alimentation.

Facteur favorisant

C’est précisément sur cette piste que travaille depuis plusieurs années une équipe de chercheurs de l’Inserm, du CNRS et de l’Université de Paris. Elle s’intéresse tout particulièrement au rôle de certains additifs alimentaires dans le déclenchement de ces inflammations. Comme les émulsifiants, utilisés dans les produits transformés pour permettre par exemple à l’eau et l’huile de rester mélangées.

Les derniers travaux de cette équipe viennent d’être publiés dans la revue Cell Reports. A la suite d’autres études s’intéressant à l’effet des émulsifiants sur le microbiote intestinal, les chercheurs ont voulu identifier le mécanisme « par lequel les émulsifiants alimentaires peuvent favoriser l’inflammation intestinale chronique », explique Benoît Chassaing, qui a coordonné l’étude.

Microbiote spécifique

Pour ce faire, l’équipe a utilisé des souris. Les chercheurs ont colonisé le microbiote de certaines avec une souche de la bactérie Escherichia coli associée à la maladie de Crohn (bactéries AIEC). Puis deux émulsifiants ont été administrés aux rongeurs.

Résultat : seules les souris dont le microbiote a été colonisé par les bactéries associées à la maladie de Crohn ont développé inflammation et dérèglements métaboliques. Conclusion des chercheurs : les émulsifiants alimentaires peuvent favoriser l’inflammation intestinale chronique « chez les personnes abritant certaines bactéries, telles que les bactéries AIEC, dans leur tractus digestif », souligne Benoît Chassaing.

Tout le monde n’est donc pas concerné. Mais « les modèles et les méthodologies que nous avons développés ici vont aussi nous permettre de tester l’action de plusieurs types d’agents émulsifiants sur le microbiote », poursuit le chercheur. Ceci afin d’identifier ceux qui n’auraient pas d’effets délétères, « et ainsi encourager leur usage ».