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"Michel Fourniret m'a utilisée": ce qu'il faut retenir du premier jour du procès de Monique Olivier

Si Monique Olivier se retrouve pour la première fois seule devant les assises, nul doute que l'ombre de Michel Fourniret, son ex-époux mort en 2021, planera encore longtemps sur l'audience. Au premier jour de son procès pour complicité dans les dossiers Estelle Mouzin, Marie-Angèle Domèce et Joanna Parrish devant le tribunal de Nanterre (Hauts-de-Seine), l'accusée s'est vue ce mardi après-midi longuement interroger sur sa personnalité et son passé.

Parce que leurs parcours sont indissociables, Monique Olivier a notamment dû répondre aux questions du président de la cour et des avocats des parties civiles sur sa relation avec celui que l'on surnomme "l'ogre des Ardennes".

Après avoir vécu plusieurs années avec son premier compagnon, le propriétaire d'une auto-école rencontré à Nantes (Loire-Atlantique), avec qui elle a eu deux enfants, puis s'être mariée dans le Gard avec un Américain, elle finit par divorcer en 1987. "Parce que j’ai fait la connaissance de…", explique-t-elle sans prononcer le nom de Michel Fourniret, se contentant de hausser les épaules.

"Je pensais arriver à le sortir de là"

En 1987, hébergée chez une femme dans le Gard, Monique Olivier s’ennuie. Sa pensionnaire est abonnée au journal Le Pèlerin. C’est entre ces pages qu’elle découvre l’annonce d’un prisonnier cherchant à "correspondre avec personne de tout âge pour oublier solitude". Elle y répond et échangera environ 200 lettres en quelques mois à peine avec le détenu en question, Michel Fourniret, incarcéré à l’époque pour viol.

Si les premiers courriers témoignent de la naissance d’une relation amoureuse, peu à peu, Michel Fourniret commence à évoquer de manière très précise ses goûts sexuels et les moyens criminels qu’il envisage d’utiliser pour les assouvir. Il affiche une obsession pour la virginité et exprime son désir d’associer Monique Olivier à la recherche de jeunes filles à enlever pour assouvir ses fantasmes.

"C’est avec plaisir que j’exécuterai tes ordres. Je veux travailler auprès de mon fauve, le seconder, cela me ferait tellement plaisir", écrit-elle alors.

Une réponse "complètement stupide", commente-t-elle ce mardi, racontant avoir tout de même trouvé les propos de son interlocuteur "choquants". "J’ai peut-être pensé que je pourrais réussir à le sortir de là", déclare-t-elle, interrogée sur sa connaissance du passé criminel de Michel Fourniret.

Le "pacte criminel" en question

L’obsession de Michel Fourniret pour la virginité? Pour Monique Olivier, a posteriori, ce n’était rien d’autre qu’un "prétexte". "Finalement, que ce soit une jeune fille vierge ou pas, il avait l’air de s’en moquer. Il s’en est pris à des personnes plus âgées. Donc pour moi, c’était un prétexte."

Malgré tout, rappelle le président Didier Safar, Monique Olivier passera au cours de cette correspondance un "pacte criminel" avec celui qui deviendra deux ans plus tard son mari.

Au cours d’un échange poussif, où l’accusée refuse de répondre précisément au président sur la promesse faite à Michel Fourniret de l’aider à enlever des jeunes filles, elle finit par avouer que celui-ci lui avait fait part de son intention de "supprimer" son ex-mari. En retour, elle lui assure qu’elle l’aidera à "rencontrer une jeune personne", bredouille-t-elle depuis son box ce mardi.

Mais, réfute-t-elle fermement, "il n’y a jamais eu de pacte de quoi que ce soit". "Vous savez des fois on fait des promesses qu’on ne tient pas." "Sauf que dans votre cas…", nuance Didier Safar. "Oui, ça s’est réalisé." Elle ajoute par ailler "regretter" ses actes, et affirme ne pas être "dangereuse".

"Utilisée comme un objet"

Au total, elle passera 16 années aux côtés de Michel Fourniret, l’accompagnant dans ses expéditions criminelles, avant l’arrestation de ce dernier en 2003, puis leur divorce en 2011. Revenant sur leur passé commun, elle le décrit comme "sévère" et "violent verbalement". "Fourniret était assez sévère avec Sélim (leur fils, né en 1988). Et lorsqu’il y avait du monde à la maison, il aimait bien nous rabaisser."

Peu à peu, explique-t-elle encore, leur relation commence alors à se dégrader. "Quand je réfléchissais à tout ce qui avait été fait, toutes ces horreurs… Finalement, il m’a utilisée comme un objet."

"Il savait que j’avais peur de lui. Il devait être content de voir que j’avais peur. Je lui obéissais parce que j’avais peur qu’il fasse quelque chose”, explique-t-elle encore, tout en niant toute violence physique de Michel Fourniret envers elle. “Une peur qui ne repose sur rien de tangible, finalement?”, demande le Président. “Non.”

Si elle a attendu près d’un an avant de dénoncer les multiples crimes de Michel Fourniret, en 2004, après son arrestation pour tentative d'enlèvement, c’est "par peur d’aller en prison". "J’en avais assez, il fallait que ça s’arrête. Il fallait que je sois aussi en prison. Parce que je ne suis pas innocente, je ne dis pas que je ne mérite pas la prison. C’est mérité."

Le procès de Monique Olivier se poursuit jusqu’au 15 décembre prochain.

Article original publié sur BFMTV.com