Meurtre de Mireille Knoll: la cour d'assises face aux versions "peu crédibles" des accusés

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Deux hommes accusés du meurtre antisémite de Mireille Knoll sont jugés à partir de ce mardi devant la cour d'assises de Paris. Près de quatre ans après les faits, tous deux continuent de se renvoyer la culpabilité.

Mireille Knoll a été tuée "parce que juive". En 2018, le président de la République s’était ému du sort réservé à cette octogénaire, rescapée de la Shoah, retrouvée morte poignardée et brûlée dans son appartement du XIè arrondissement de Paris. Après deux ans d’enquête, la caractère antisémite de ce crime a bien été retenu par les juges d’instruction, qui ont décidé de renvoyer Yacine Mihoub et Alexandre Carrimbacus pour "meurtre commis en raison de la race, l’ethnie, la nation ou la religion" devant la cour d’assises de Paris.

Leur procès débute ce mardi matin, pour un verdict attendu le 10 novembre. Et l’exercice s’annonce complexe pour les magistrats et les membres du jury, confrontés à deux accusés qui se renvoient chacun la responsabilité du meurtre de Mireille Knoll. Une chose est claire: Yacine Mihoub, 32 ans, et Alexandre Carrimbacus, 25 ans, se trouvaient chez la victime le jour du crime. 

"La rage"

Le 23 mars 2018, Yacine Mihoub lui rend visite après sa récente sortie de prison pour agression sexuelle. Sa mère habite dans le même immeuble que Mireille Knoll, il la connaît depuis tout petit. Il passe une partie de la matinée dans l’appartement de la vieille dame, atteinte de la maladie de Parkinson. Gentiment mis dehors par la belle-fille de l’octogénaire en fin de matinée, il revient en début d’après-midi et continue de vider la bouteille de Porto entamée plus tôt. 

À ce moment-là, Alexandre Carrimbacus le rejoint. Selon Mihoub, c’est lui qui a proposé à son ami - rencontré en détention - de venir car ils avaient prévu de se voir. Il lui dit qu’il est "bien installé [chez Mireille Knoll, ndlr] avec des cigarettes et une bouteille". Une justification qui diffère de celle présentée par Carrimbacus. D’après lui, Mihoub l’a contacté pour "se faire de la thune" en dérobant des affaires chez l’octogénaire. Mais, sur place, Alexandre Carrimbacus aurait vu la situation se détériorer entre son ami et leur hôte. 

Il avait "la rage contre cette femme qui l’avait dénoncé pour trafic d’arme", explique-t-il durant l’instruction, rapportant également les propos antisémites tenus par Yacine Mihoub: "Il a reproché aux juifs 'd’avoir des moyens financiers et une bonne situation.'"

La situation s’envenime encore et, toujours selon la version de Carrimbacus, son ami porte Mireille Knoll "comme une princesse" jusqu’à sa chambre avant de l'égorger aux cris de "Allah Akbar". L'enquête a en effet montré "l'ambivalence de Yacine Mihoub vis-à-vis du terrorisme islamiste qui prône notamment l'antisémitisme", soulignent les magistrats. Yacine Mouhib aurait ensuite regardé Carrimbacus, les mains autour du cou de la victime, persiflant: "Regarde, elle est morte, elle ne nous cassera plus les couilles." 

Une histoire d'argent ?

Un récit en totale contradiction avec celui soutenu par ce dernier. Lui affirme que dès son arrivée à l’appartement, Alexandre Carrimbacus - qu’il surnomme "le Marseillais" à cause de son accent - lui a immédiatement demandé si la vieille femme était "blindée". Il aurait ensuite fouillé dans les placards de la chambre, déclenchant la méfiance de Mireille Knoll. Le Marseillais se serait alors saisi d’un couteau. 

"J’ai vu le premier coup, le deuxième…", relate l’ancien habitant de l’immeuble aux enquêteurs. Pour sa défense, il affirme par ailleurs que Mireille Knoll était "une sorte de grand-mère spirituelle" pour lui. "C’est la première qui m’a donné du travail et un lien affectif s’est créé. Elle m’appelait régulièrement pour lui tenir compagnie", explique-t-il.

Mais le doute plane sur cette version car rien ne permet de démontrer qu’il avait repris contact avec elle depuis sa sortie de prison en 2017. Il a également tenu des propos assez crus la concernant, lors d’échanges téléphoniques avec sa mère, interceptés par la police. 

"Quand tu réfléchis bien, elle avait 85 ans, elle allait bientôt crever", lui lançait-il en septembre 2019, lors de sa détention provisoire.

Versions "peu crédibles"

Malgré ces contradictions, tous deux s’accordent à dire qu’après le meurtre ils sont montés au 7è étage avec des objets dérobés et un couteau tâché de sang, chez la mère de Mihoub, qui est quant à elle poursuivie pour avoir nettoyé cette arme ayant potentiellement servi au crime. Ils ont ensuite passé la soirée ensemble. Un choix qui étonne les enquêteurs alors que tous deux expliquent avoir eu "peur" de l'autre après ce crime. 

Les écoutes, le suivi du bornage de leurs téléphones, les examens médico-légaux, les interrogatoires n'ont permis de privilégier aucune de ces deux versions, livrées par des hommes connus pour leur propension à mentir et manipuler, et condamnés à maintes reprises pour des vols et violences. Les deux récits sont jugés "peu crédibles". Au final, la mère de Yacine Mihoub est peut-être celle qui résume le mieux cette affaire qui semble inextricable: 

"Mireille, je ne sais pas qui l’a tuée parce qu’ils étaient deux, il n’y a qu’eux qui savent ce qui s’est passé."

Alexandre Carrimbacus "restera sur sa position. Contrairement à Yacine Mihoub, il n'avait aucune raison d'en vouloir" à Mireille Knoll, plaide son avocat, Me Karim Laouafi, contacté par l’AFP. Quant à Me Gilles-William Goldnadel, l’avocat de la famille Knoll interrogé par BFMTV.com, "tout ce que dit Mihoub, ce sont des mensonges. Le dossier parle de lui-même", estime-t-il. 

Pour les fils de la victime, Daniel et Alain Knoll, au-delà de la peine, l’incompréhension pèse. "Je ne comprends pas qu’on ait tué ma mère parce qu’elle était juive", avait déploré Alain Knoll lors de l’enquête.

Article original publié sur BFMTV.com

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