Massacre d'Algériens à Paris: que s'est-il passé le 17 octobre 1961?

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Des gerbes de fleurs déposées sur les bords de Seine en la mémoire des Algériens disparus le 17 octobre 1961 à Paris - THOMAS SAMSON / AFP
Des gerbes de fleurs déposées sur les bords de Seine en la mémoire des Algériens disparus le 17 octobre 1961 à Paris - THOMAS SAMSON / AFP

L'hommage, inédit, fera date dans l'histoire de France. Ce samedi après-midi, Emmanuel Macron s'est rendu au niveau du pont de Bezons, situé à hauteur de la commune de Colombes dans les Hauts-de-Seine, afin d'assister à la cérémonie officielle en mémoire du massacre des Algériens du 17 octobre 1961 à Paris.

À l'occasion des 60 ans de ce funeste événement, le président de la République a dénoncé des "crimes inexcusables pour la République", et est ainsi allé plus loin que la "sanglante répression" admise par François Hollande en 2012.

Répression mortelle

Le choix de ce lieu hautement symbolique n'a pas été laissé au hasard. Il avait été emprunté par les manifestants algériens, entre 20.000 et 40.000 ce jour-là, qui arrivaient du bidonville voisin de Nanterre à l'appel de la branche du FLN installée en France. Au début des années 1960, les tensions liées à la guerre d'Algérie, qui s'achèvera l'année suivante en 1962, étaient de plus en plus exacerbées entre le Front de Libération Nationale et la police française.

Sous l'autorité de Maurice Papon, alors préfet de police de Paris et condamné en 1998 pour complicité de crimes contre l'humanité pour son rôle dans la collaboration avec le régime Nazi lors de la Seconde guerre mondiale, les forces de l'ordre vont extrêmement brutalement réprimer ces rassemblements pourtant annoncés comme pacifiques.

"Des tirs à balles réelles se sont produits à cet endroit et des corps ont été repêchés dans la Seine", rappelle l'Elysée pour expliquer le choix de ce lieu de commémoration de la répression dont le nombre de morts est estimé par les historiens à au moins plusieurs dizaines, le bilan officiel n'en dénombrant que trois. En parallèle, plusieurs milliers de manifestants sont restés internés dans plusieurs centres de détention.

Comme le rappelle Le Monde, le drame a, dans un premier temps, été couvert par la préfecture de Paris et par le gouvernement d'alors. Le lendemain, cette dernière établit un bilan de trois morts seulement qui auraient été victimes d'affrontements entre manifestants. Dans une période où la presse était largement censurée, la version officielle, "la répression d’Etat la plus violente qu’ait jamais provoquée une manifestation de rue en Europe occidentale dans l’histoire contemporaine" selon les historiens britanniques Jim House et Neil MacMaster, n'a été connue que plusieurs années plus tard, au détour des années 1980.

Le double objectif d'Emmanuel Macron

Après la remise en janvier du rapport de l'historien Benjamin Stora sur la colonisation et la guerre d'Algérie (1954-62), le chef de l'Etat s'était engagé à participer "à trois journées commémoratives et emblématiques": la première a eu lieu autour du 25 septembre, journée nationale d'hommage aux Harkis, la seconde ce samedi et la troisième le 19 mars prochain pour les 60 ans des Accords d'Évian qui ont mis fin à la Guerre d'Algérie. Ce samedi, Emmanuel Macron a déposé une gerbe de fleurs après avoir respecté une minute de silence.

Invité à notre antenne, Benjamin Morel, Maitre de conférence à l'université parisienne d'Assas, souligne l'importance de ce rendez-vous:

"Le travail de mémoire qui est fait permet d’accentuer la cicatrisation, de montrer pour l’Etat qu’une page de l’histoire se tourne. L’objectif est double pour Emmanuel Macron, il est au départ diplomatique car les tensions entre Alger et Paris sont fortes, y compris sur des questions mémorielles. C’est également un objectif interne, reconstituer l’unité nationale car c’est un traumatisme qui divise encore. Il faut d’abord laisser parler l’histoire, les affects sont devenus des faits, et il faut faire un travail de mémoire", estime-t-il.

Un certain nombre d'événements commémoratifs sont prévus dimanche en Seine-Saint-Denis, dont Bagnolet, Montreuil, Noisy-le-Sec où une affiche de l'artiste Ernest Pignon-Ernest, représentant les mains d'un noyé et portant les mots "un crime d'État, Paris le 17 octobre 1961", doit être installée dimanche sur la façade d'un immeuble. Nanterre se joindra aux villes de Colombes, Gennevilliers, Bagneux, Malakoff et Châtillon pour une marche-souvenir qui partira de l'Esplanade de La Défense et rejoindra le Pont de Neuilly.

Article original publié sur BFMTV.com

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