"Des marchepieds vers Matignon ou l'Élysée": quels sont les ministères particulièrement convoités?

Le premier Conseil des ministres du gouvernement Castex, à Paris le 7 juillet 2020 - Ian LANGSDON © 2019 AFP
Le premier Conseil des ministres du gouvernement Castex, à Paris le 7 juillet 2020 - Ian LANGSDON © 2019 AFP

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À chaque remaniement gouvernemental, les palais de la République bruissent de spéculations. Avec la réélection d'Emmanuel Macron à l'Élysée le 24 avril, le changement promet d'être d'ampleur pour amorcer le nouveau quinquennat. Le chef de l'État "n'a pas d'états d'âme": "À partir du moment où il dit qu'il va changer de politique, il va changer de gouvernement", indique un soutien de premier plan d'Emmanuel Macron à BFMTV.com.

Si aucun nom ni date n'est sorti du chapeau, une chose est certaine: au jeu des chaises musicales gouvernementales, certains sièges sont plus prisés que d'autres.

Les ministères régaliens convoités

"Les Affaires étrangères, la Justice, l'Intérieur, l'Économie et les Finances", ça me semble être les quatre grands" portefeuilles particulièrement courus, jauge l'historien Jean Garrigues, spécialiste d'histoire politique, contacté par BFMTV.com.

Dans le contexte actuel, "beaucoup voudraient la Justice, l'Intérieur, les Affaires étrangères", selon le soutien précité d'Emmanuel Macron, au diapason.

Pour Jean Garrigues, auteur de La Tentation du sauveur (Ed. Payot, mars 2022), "le ministère des Affaires étrangères est celui qui a trait au prestige de la France dans le monde".

Aujourd'hui, c'est le transfuge socialiste Jean-Yves Le Drian qui est aux manettes, depuis 2017. L'historien cite les noms de Roland Dumas (sous Mitterrand), d'Hubert Védrine, (en période de cohabitation sous Jacques Chirac), de Dominique de Villepin (sous Jacques Chirac), et d'Alain Juppé (sous Nicolas Sarkozy) comme locataires qui ont - entre autres - marqué l'histoire du Quai d'Orsay.

Mais à la tête de ce ministère, "on n'a pas d'autonomie", note toutefois Dominique Bussereau, ancien ministre de l'Agriculture sous Jacques Chirac, qui rappelle que la politique étrangère dépend avant tout du président de la République.

À l'Intérieur, la nécessité d'une personne "de confiance"

De l'autre côté de la Seine, se dresse l'Intérieur, à quelques dizaines de mètres de l'Élysée. Un poste particulièrement exposé et sensible, aujourd'hui occupé par Gérald Darmanin. "Il le voulait à tout prix, il l'a eu", lâche le macroniste proche du chef de l'État.

"Il faut que ce soit un homme de confiance du président de la République. Giscard, c'était son bras droit Poniatowski, Chirac c'était Pasqua, et Hollande Valls et Cazeneuve qui ensuite sont devenus Premiers ministres", souligne Jean Garrigues.

Ces postes sont "souvent des marchepieds vers Matignon ou l'Élysée", ajoute Jean Garrigues. Nicolas Sarkozy avait notamment été "premier flic de France" avant de devenir chef de l'État. Mais "c'est aussi un peu le cas de l'Économie": "Giscard avait préparé son accession au pouvoir (1974-1981) au ministère des Économies et des Finances, en se crédibilisant en grand argentier", observe le chercheur. Un ministère qui est, aux yeux de Dominique Bussereau, "l'un des plus importants".

Actuellement, c'est l'ex-LR Bruno Le Maire, ancien ministre de Nicolas Sarkozy et candidat à la primaire de la droite et du centre en 2016, qui y opère. "Quand on met Bercy entre les mains de Bruno Le Maire, on cherche un homme politique qui rassure sur le domaine qu'il porte", analyse un ancien ministre d'Emmanuel Macron, qui classe les aspirants en deux catégories: "Les profils poids lourds politiques", comme Bruno Le Maire, et "les profils techniques".

"Tous (les ministères) sont politiques, la différence, c'est le niveau politique pour y entrer", voit cette même source. 876450610001_6305358604112

Ministères "techniques" et tremplins

Pour l'ancien président de l'Association des départements de France (ADF), Dominique Bussereau, les ministères les moins demandés sont les Relations avec le Parlement ou encore le Numérique, "très technique". Il y a aussi l'Outre-Mer, "passionnant politiquement mais très compliqué", estime-t-il.

Le Budget, dans le giron de Bercy, représente "les clés du coffre", et peut propulser son occupant au premier plan. Ça a été le cas pour Gérald Darmanin, nommé à l'Intérieur directement après, ou pour Bernard Cazeneuve, passé à l'Intérieur puis à Matignon sous François Hollande. Par le passé, Dominique Bussereau a détenu ce portefeuille, à l'instar de François Baroin ou Valérie Pécresse.

Comme le Handicap, l'Égalité femmes-hommes, l'ancien ministre d'Emmanuel Macron perçoit prosaïquement le Budget comme un "ministère d'accès", constituant souvent de "premiers pas au gouvernement". Aussi, "il y a des ministères plus obscurs, comme le Travail, capital mais beaucoup moins prestigieux" que d'autres administrations, note Jean Garrigues.

La Culture, du prestige mais peu de moyens?

Rue de Valois, le ministère de la Culture suscite aussi les convoitises. En octobre 2020, l'actuelle ministre déléguée chargée de la Citoyenneté, d'abord secrétaire d'État chargée de l'Égalité femmes-hommes, n'en avait guère fait mystère: "Il y a des ministères sur lesquels j'ai des compétences, c'était le cas sur l'égalité femmes-hommes, sur la Culture, je pense que c'est le cas aussi", avait lâché Marlène Schiappa au micro d'Europe 1.

"C'est prisé, mais plus comme un ministère de premier plan", juge Jean Garrigues, qui voit toujours André Malraux (sous de Gaulle) et Jack Lang (sous Mitterrand) comme des figures tutélaires de ce ministère. Roselyne Bachelot, en poste depuis l'été 2020, en est la lointaine successeure.

"C'est un ministère de prestige dans le nom, mais qui n'a pas beaucoup de moyens", note quant à lui Dominique Bussereau.

"L'enfer de Matignon"

S'il y a des coups à prendre dans chaque ministère, certains sont particulièrement réputés en la matière. L'Éducation nationale "a ceci de commun avec l'Intérieur que tu as des emmerdes tous les jours", estimait la semaine dernière auprès de Politico un conseiller de l'actuel locataire de la rue de Grenelle, Jean-Michel Blanquer. Ce qui n'empêche pas certains d'y songer.

"Je crois que Gabriel Attal (porte-parole du gouvernement, NDLR) rêve beaucoup de l'Éducation nationale", avance le proche soutien d'Emmanuel Macron contacté par BFMTV.com.

Pour Jean Garrigues, "Blanquer a presque accompli un exploit en tenant cinq ans, tout en étant très chahuté" à la tête du "mammouth". Le chercheur considère qu'il s'agit d'un des postes sans doute "parmi les plus exposés, et pourtant assez demandé. (...) Il y a des ministres de l'Éducation nationale qui ont fait des carrières importantes, comme Jospin ou Bayrou."

Si les appétits s'aiguisent, alors que le remaniement est imminent, les nominations dépendront aussi forcément de la personnalité qui sera nommée à Matignon. La semaine passée, Le Parisien indiquait que Véronique Bédague, l'une des dirigeantes de Nexity et ancienne directrice de cabinet de Manuel Valls, aurait été approchée sans donner suite à l'offre.

Par petites touches, Emmanuel Macron a distillé des éléments de la fiche de poste du futur ou de la future cheffe du gouvernement, évoquant notamment quelqu'un d'"attaché à la question sociale et environnementale". En 2007, la grand reporter au Monde Raphaëlle Bacqué avait consacré un ouvrage au premier des ministères. Le titre, L'Enfer de Matignon, laissait déjà présager des recherches ardues de la personne idoine.

Article original publié sur BFMTV.com

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