Manifestations en Irak; roquettes sur l'aéroport de Bassorah

par Aref Mohammed et Raya Jalabi
A Bassorah. L'aéroport de Bassorah, deuxième ville d'Irak, a été la cible de tirs de roquettes samedi après une nouvelle nuit de manifestations contre la classe politique irakienne lors de laquelle le consulat d'Iran a été incendié. /Photo prise le 8 septembre 2018/REUTERS/Alaa al-Marjani

par Aref Mohammed et Raya Jalabi

BASSORAH/ERBIL, Irak (Reuters) - L'aéroport de Bassorah, deuxième ville d'Irak, a été la cible de tirs de roquettes samedi après une nouvelle nuit de manifestations contre la classe politique irakienne lors de laquelle le consulat d'Iran a été incendié.

Trois roquettes Katioucha ont été tirées, apprend-on auprès des forces de l'ordre. L'identité des auteurs de l'attaque n'a pu être déterminée. Les tirs n'ont apparemment fait ni blessés ni dégâts. Le consulat des Etats-Unis est adjacent à l'aéroport de Bassorah.

Un responsable de l'aéroport irakien a déclaré qu'il n'y avait pas de perturbation des opérations et que les vols décollaient et atterrissaient normalement.

L'attaque a eu lieu peu après la levée du couvre-feu et quelques heures après la réouverture d'Oum Kasr, principal port irakien, dont des manifestants avaient un temps bloqué l'entrée et contraint à l'arrêt toutes les opérations.

Le calme régnait dans les rues de Bassorah. Les organisateurs des manifestations ont déclaré qu'ils feraient une pause samedi après les événements de la veille. Le couvre-feu a été rétabli à 16h00 (13h00 GMT).

La ville, qui compte plus de deux millions d'habitants, est en proie depuis cinq jours à des manifestations violentes contre la déliquescence des services publics, la corruption et les coupures d'électricité. Les heurts qui en ont résulté ont fait pas moins de 13 morts depuis lundi et des dizaines de blessés. Des bâtiments gouvernementaux ont été saccagés et incendiés par des manifestants.

Le mouvement contre la corruption et l'incurie de l'administration a commencé en juillet pour s'intensifier cette semaine.

Vendredi, les manifestants ont fait irruption dans les locaux du consulat d'Iran et y ont mis le feu pour protester contre l'influence présumée de la République islamique sur la vie politique irakienne. L'Iran et l'Irak ont fermement condamné cette action.

D'autres manifestants sont entrés à l'intérieur d'un site de traitement de l'eau relié au gisement pétrolier de West Qurna 2, ont retenu en otage deux employés irakiens pendant environ une heure avant de quitter les lieux de manière pacifique. La production n'a pas été interrompue, a déclaré un responsable du gisement pétrolier.

Lors d'une réunion du conseil des ministres samedi, le gouvernement décidé d'envoyer une délégation à Bassorah.

Le Premier ministre Haïdar al Abadi a déclaré avoir ordonné une enquête sur les forces de sécurité pour avoir "manqué à leur devoir" en ce qui concerne la protection des bâtiments gouvernementaux et du consulat d'Iran.

Les chefs de la police de Bassorah et du commandement des opérations de Bassorah et ont tous deux été démis de leurs fonctions samedi.

Ces troubles ont plongé l’Irak dans une crise majeure alors que le nouveau gouvernement issu des élections du mois de mai n'a toujours pas été constitué. Le nouveau parlement s'est réuni pour la première fois lundi, mais n'a pas réussi à élire son président, encore moins à nommer un nouveau Premier ministre.


(Pierre Sérisier et Danielle Rouquié pour le service français)