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La maladie d’Alzheimer se « transmet » comme le prion d’après une nouvelle étude

Une nouvelle étude établit comment se « transmet » la maladie d’Alzheimer
Catherine Falls Commercial / Getty Images Une nouvelle étude établit comment se « transmet » la maladie d’Alzheimer

SANTÉ - Ils ont été contaminés par leur médicament. L’hormone de croissance extractive, prélevée dans l’hypophyse des cadavres pour être utilisée en traitement, aurait transmis des cas d’Alzheimer à plusieurs patients, d’après une étude britannique. L’hypothèse ne fait pas que rouvrir une page de l’un des plus grands scandales sanitaires français et européens, elle redéfinit une maladie que l’on estimait non transmissible.

L’étude, parue dans la revue Nature Medicine ce lundi 29 janvier, a été menée en Grande-Bretagne. L’objet de la recherche est le sort de huit patients, qui ont reçu des hormones de croissance extractive dans les années 80 (comme des milliers de petits Français à l’époque). Trois décennies plus tard, tous sont malades, et sept sur huit ont développé plusieurs symptômes de la maladie d’Alzheimer. Coïncidence ? Très improbable.

Le parallèle du prion

Les examens ont ainsi montré que les malades n’avaient rien, dans leur ADN, qui les prédisposait à développer la maladie. Ensuite, leurs parcours, les maladies qu’ils ont développées, les traitements qu’ils ont reçus ne sont en rien homogènes : pour le dire autrement, la seule source identifiée pour développer la maladie sont ces hormones de croissance extractives. Les mêmes par qui est arrivé le scandale de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, tant en France qu’outre-Manche. Et pour cause.

À l’origine de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, il y a le prion, qui n’est pas un virus mais une protéine. Naturellement présente dans le corps humain, elle est - comme toute protéine - repliée sur elle-même, et c’est de là que vient le danger. Le prion devient extrêmement destructeur lorsqu’il se replie mal. Cette forme pathogène occasionne alors l’encéphalopathie spongiforme transmissible, une maladie dégénérative du système nerveux centrale. C’est la maladie de Creutzfeldt-Jakob chez l’homme, chez les bovins, la vache folle, chez le mouton, la tremblante.

Quel rapport avec Alzheimer ? Au cœur de la maladie, c’est également une protéine mal repliée que l’on trouve, le peptide amyloïde bêta (aussi écrit β-amyloïde). Depuis les années 90, on s’est aperçu qu’il était présent en excès dans le cerveau des malades d’Alzheimer, aux côtés d’une autre protéine qui va elle aussi dysfonctionner et s’accumuler (après un temps d’incubation plus ou moins long), baptisée Tau.

On ne peut pas « attraper » Alzheimer… Mais le transmettre

Or les chercheurs de l’University College de Londres (UCL) sont formels : l’accumulation de protéines β-amyloïde, et chez certains patients de Tau, ne sont compatibles qu’avec une transmission dite « iatrogénique », c’est-à-dire via un médicament. Ici ce sont les extraits d’hypophyse, dont certains étaient probablement contaminés. Autrement dit, Alzheimer serait « transmissible », non comme un virus, mais à la manière du prion.

Cela n’étonnera pas les plus en pointe sur la question : en 2015, une étude de la même équipe démontrait que chez plusieurs morts de la maladie de Creutzfeldt-Jakob ayant reçu des hormones de croissance, une accumulation de β-amyloïde s’était produite. À l’époque, il y avait donc une hypothèse sérieuse qu’Alzheimer pouvait se transmettre. Mais il restait un doute, étant donné qu’il n’existait aucune preuve que la maladie se soit bien déclarée. Pour les patients étudiés en 2023, c’est désormais chose faite.

Est-ce un nouveau dossier sanitaire brûlant pour autant ? Pas sûr. D’abord, la découverte ne concerne que quelques cas sur des milliers étudiés. La transmission de la maladie d’Alzheimer par ce biais, plutôt que par hérédité, semble donc extrêmement rare. De plus, l’hormone de croissance tirée de l’hypophyse de cadavres est interdite en France, comme au Royaume-Uni, depuis la fin des années 80, à la suite du scandale de Creutzfeldt-Jakob. Mais la compréhension de la pathologie, qui se rapproche énormément du prion, vient de faire un grand pas.

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